TÉMOIGNAGES - Coronavirus en Alsace, le récit de vos courses : “la solidarité devrait primer, pas l'égoïsme”

Une centaine de personnes attend devant un Cora à Mulhouse (Haut-Rhin); et il ne reste presque plus rien à la boucherie du magasin bio Serpent vert à Mittelhausbergen (Bas-Rhin). / © Vincent Lemiesle & Valérie Ruiz-Suri, France Télévisions
Une centaine de personnes attend devant un Cora à Mulhouse (Haut-Rhin); et il ne reste presque plus rien à la boucherie du magasin bio Serpent vert à Mittelhausbergen (Bas-Rhin). / © Vincent Lemiesle & Valérie Ruiz-Suri, France Télévisions

Le coronavirus Covid-19 et le confinement qui s'en suit pousse une partie de la population alsacienne à se rendre dans les points de vente alimentaires. Le lundi 16 mars, les témoignages font état de situations calmes et de consignes respectées, d'autres de files d'attentes et de rayons vidés.

Par Vincent Ballester

La France est passée au stade 3 de son plan de lutte contre le coronavirus Covid-19. Cela veut dire que le virus circule partout sur son territoire, y compris en Alsace. Un confinement a été décidé pour endiguer la pandémie et éviter de déborder les hôpitaux.

Effrayée, une partie de la population se rue dans les supermarchés, supérettes, et autres épiceries. D'après le gouvernement, il n'y a pas de pénurie en cours. Au lundi 16 mars 2020, ces enseignes alimentaires font le plein, contrairement aux bureaux de votes la veille. France 3 Alsace a recueilli le récit de ses internautes, témoins de situations calmes... comme agitées (exemple dans le tweet d'Info Trafic Alsace ci-dessous).
 
 

Dans le Haut-Rhin

Laetitia (28 ans), à Brunstatt : "Je ne pensais pas voir autant de monde. Au Lidl, une employée régulait l’entrée; au Cora, non. J’y ai acheté normalement, pour une trentaine d’euros. Mais beaucoup de personnes remplissaient leurs caddies comme si c’était la fin du monde, qu'on n'allait plus pouvoir acheter pendant six mois ou que c'était la guerre. C'est égoïste... J’ai aussi désinfecté mes mains avant et après mes courses."

Chris (46 ans), à Colmar : "Il y a de longues files d'attente, et les parkings sont saturés. À l'Hyper U, les rayons étaient déjà dévalisés en début d'après-midi. Les files d'attente en caisse étaient respectées, avec un bon intervalle entre chacun. Mais certains caddies étaient remplis à bloc ! Il faut jouer la solidarité et le civisme, mais c'est loin d'être gagné..."
 
Une entrée au compte-gouttes à l'Hyper U de Colmar. / © Chris Oberlin
Une entrée au compte-gouttes à l'Hyper U de Colmar. / © Chris Oberlin

Susanne (54 ans), à Illtal : "J'ai dépensé mes derniers 20 euros, pour le plus urgent, en attendant le salaire du 27. Comme mon fils ne mange plus à la cantine, c'était nécessaire. Merci à ceux qui ont fait des réserves d'aliments premier prix : il ne reste que les marques les plus chères... C'est déprimant de rentrer avec un panier à moitié plein. J’ai acheté les derniers œufs, des pommes de terre et deux pains de mie. Il faut vraiment devenir plus humain."

Florent (27 ans), à Lutterbach : "J'ai pris mes dispositions et acheté avant les émeutes. Par respect pour tous, j'ai calculé au plus juste notre consommation pendant 15 jours pour deux adultes et deux enfants. J'ai donc acheté une dizaine de packs d'eau, dix kilos de pâtes, et une quinzaine de boîtes de sauce tomate. De quoi être à l'abri en cas de ruée dans les commerces, mais sans participer à la psychose."

Sébastien (36 ans), à Mulhouse : "Ma famille de quatre personnes est opérationnelle pour un confinement d'un mois. On a fait l'ouverture de l'Hyper U de Sierentz, ce lundi à 8 heures. Pas de souci car on était les premiers, mais au fil du temps, de plus en plus de monde s'est précipité dans les rayons : incroyable, du jamais vu. Je n'ai pas vu beaucoup de masques ou de gants : même les caissières n'en portaient pas."
 
Du monde devant le Cora du quartier Dornach, à Mulhouse. / © Vincent Lemiesle, France Télévisions
Du monde devant le Cora du quartier Dornach, à Mulhouse. / © Vincent Lemiesle, France Télévisions

Loredana (57 ans), à Mulhouse : "Je suis artiste : aucune rentrée d'argent à l'horizon. Je suis donc en difficulté financière... Je suis confinée depuis mercredi, donc pas de passage aux urnes - une aberration de la part de l'État - et presque plus de denrées alimentaires. Mais je tiens bon. J'irai quand je n'aurai plus de choix : je suis pour le respect des uns et des autres. Je ne vais donc nulle part tant que je n'ai pas une réelle urgence."

Marie (19 ans), à Reiningue : "Nous étions au Leclerc de Cernay ce lundi. Il était blindé : pire qu'avant Noël ! Nous n'avons pas beaucoup acheté, parce que nous ne sommes pas seuls au monde. Nous aurons de quoi tenir une semaine. Mais certaines personnes exagèrent ! Nous avons vu quelqu'un avec deux caddies : un de papier-toilette, l'autre de pâtes et de sauce tomate..."

Angela (46 ans), à Saint-Louis : "Courses ce matin comme d'habitude. J'ai mis masque et gants pour protéger les autres. J'ai été choquée du monde qu'il y avait ! Je déteste faire mes courses dans ces conditions, mais j'avais promis à mes voisins de 85 et 90 ans de faire leurs courses. C'était la cohue. Il n'y avait plus du tout de sucre et de farine (entre autres) ! Aux caisses, tout le monde s'agglutinait et les pauvres caissières n'en pouvaient plus."
 
Une file d'attente au Carrefour d'Illzach, en banlieue de Mulhouse. / © Monic Maiss
Une file d'attente au Carrefour d'Illzach, en banlieue de Mulhouse. / © Monic Maiss


Grégory (42 ans), Wintzenheim : "Nous avons des courses ce matin à Auchan, plus de monde qu'à l'accoutumée mais les gens semblaient patients et responsables. Nous avons choisi de nous confiner dans notre maison en attendant que cette crise sanitaire passe. Je suis chez d'entreprise indépendant et ma société ne tourne plus, mais l'essentiel est ailleurs : préserver ma santé et celle de mes proches."

 

Dans le Bas-Rhin

Isabelle (48 ans), à Grendelbruch : "Je suis atteinte d'une maladie auto-immune, et je ne fréquente donc quasiment plus les grandes surfaces. Je fais mes courses via le Drive, une fois par semaine. Je n’ai pas changé mes habitudes malgré la crise sanitaire. Ce lundi matin, à 10 heures, le créneau disponible le plus proche était vendredi à 18h30. Alors qu'habituellement, je commande la veille pour le lendemain. Au vu de ce que font les gens ce matin, je doute d’avoir ma liste de courses au complet. Cette semaine, il va falloir faire très attention à ne pas trop entamer mes petites réserves."
 

Anne (48 ans), à Herrlisheim : "Courses faites le soir du vendredi 13, comme d'habitude. Caddie normal, autant de monde au Super U que d'habitude avec des caddies normalement remplis, pas de queue ni de stress, rayons bien approvisionnés ! Nous sommes quatre et avons largement de quoi faire pour sept jours. Ensuite, il faudra retourner faire les courses..."

Fiona, à Illkirch : "J'ai vu que les entrées étaient régulée au Auchan Baggersee. Peu de produits de première nécessité encore disponibles. Une fois les courses faites, il fallait compter une heure-et-demie pour accéder à la caisse."
 
La régulation des entrées au Auchan d'Illkirch a causé la création d'une grande file d'attente en extérieur. / © Fiona Baquedano
La régulation des entrées au Auchan d'Illkirch a causé la création d'une grande file d'attente en extérieur. / © Fiona Baquedano

Gaëlle (29 ans), à Lingolsheim : "Je n'ai pas suffisamment à manger, je n'ai plus de pâtes ou de riz depuis la semaine dernière et je me fais actuellement mon pain maison. Mais actuellement, il ne me reste qu'un kilo de farine. J'ai cherché à en acheter samedi et ce lundi, mais impossible. Les magasins étaient pleins de monde qui achetaient trois tonnes de nourriture."

Frédérique (42 ans), à Lingolsheim : "J’ai fait mes courses au Leclerc de Geispolsheim ce samedi vers 15 heures, juste de quoi manger quelques jours. Le magasin était pratiquement désert : vu le peu de monde, les distances de sécurité étaient respectées. Les rayons pâtes, riz, lait, et papier toilette étaient vides; idem au Lidl. J’ai vu une famille faire le plein : deux caddies pleins à craquer de nourriture. "
 
Thomas (24 ans), à Mundolsheim : "Le Carrefour a été presque vidé. Trop de monde, plus de deux heures pour aller en caisse... La maladie va se propager encore plus vite avec tout ce monde en magasin. Ma copine travaille au Cora, et elle me dit que c'est l'horreur. Elle me parle de rayons presque vides et que certains se battent. On croirait la fin du monde, ça fait peur."
 
Une file d'attente s'est constituée devant le Leclerc de Geispolsheim. / © Marie Coulon, France Télévisions
Une file d'attente s'est constituée devant le Leclerc de Geispolsheim. / © Marie Coulon, France Télévisions

Cynthia (27 ans), d'Oberhaslach : "J'ai fait mes courses ce lundi matin, comme tous les lundis. C'était au Aldi de Dorlisheim. C'était plutôt calme, pas trop de monde. Par contre, plus de pâtes, de riz, de farine, de pain (de mie ou précuit), de crème...
J'ai donc essayé au Lidl à Molsheim. Il faut faire la queue devant le magasin. Un vigile nous fait entrer au compte-gouttes pour éviter trop de monde, mais là aussi, rayons vides... J'ai essayé de faire mes courses habituelles, mais j'avoue que j'ai pris un peu plus que d'habitude, au cas où..."

Yolande (72 ans), à Otrott : "J'ai fait 29.75 euros de courses ce lundi midi. Mais voir les caddies de certaines personnes était lamentable. La solidarité devrait primer, et non l'égoïsme. Pour l'instant je n'ai pas besoin d'aide. J'ai depuis toujours une petite réserve : on va se serrer un peu la ceinture... C'est pas grave, cela fera du bien à notre organisme."

Gérard (69 ans), à Romanswiller : "J’ai fait quelques courses ce matin, juste le nécessaire. Mais quand je vois les gens se remplir des caddies pleins et ne respecter ni sécurité ni personne... Ils n'en ont rien à faire de de la santé des autres. Ils se préoccupent de leur petite personne. Je suis très choqué. Un seul moyen : c’est le confinement total."
 
Une énorme file d'attente pour payer en caisse s'est constituée au Leclerc de Schiltigheim. / © Aline Massé
Une énorme file d'attente pour payer en caisse s'est constituée au Leclerc de Schiltigheim. / © Aline Massé

Aline (28 ans), à Schiltigheim : "J'ai tenté le Leclerc de Schiltigheim. Le parking était blindé ! J'ai acheté du papier toilette (car je n'en ai plus), du frais, quelques conserves et choses à congeler. Bref, de quoi tenir deux semaines : ni plus, ni moins. Il y avait autant de monde qu'à Noël : 45 minutes de courses pour une heure de queue ! J'ai laissé passer une dame de 75 ans avec seulement dix articles, mais d'autres devant  ont catégoriquement refusé..."
 
Émilie (29 ans), à Schiltigheim : "Nous avons respecté les consignes. Ce lundi matin, au Carrefour Express, nous avons pris deux-trois trucs pour le petit et nous. Les gens ne respectaient pas les consignes d'espace et de contact, beaucoup étaient blindés de courses. Et demain, nous récupèrerons notre Drive de la semaine au Cora de Vendenheim. Je ne sais même pas si j’aurai la totalité de la commande..."

Vanina (22 ans), à Strasbourg : "Je suis allée faire des courses à 12h30 au Super U de Grand'rue. J’ai fait des petites courses (du lait, des œufs, quelques légumes) et ça m'a pris une heure-et-demie. Le rayon œufs a été dévalisé ainsi que le rayon pâtes. Il ne restait quasiment plus de viande, plus de pommes de terre, ni de carottes. La seule denrée rationnée, c'est est le PQ : 12 rouleaux max. Il y avait une queue dehors quand je suis sortie."
 
Plus de pâtes ni d'oeufs au Super U de Grand'rue, à Strasbourg. / © Vanina Ramalingum
Plus de pâtes ni d'oeufs au Super U de Grand'rue, à Strasbourg. / © Vanina Ramalingum

Léa (22 ans), à Strasbourg : "Je ne suis pas allée faire mes courses parce que la cohue dans les supermarchés favorise la propagation du virus. On doit montrer l'exemple, ne pas céder à la panique parce que ce n'est pas la guerre. Il faut juste respecter les consignes quelques temps."

Sarah (25 ans), à Strasbourg : "Je suis allée faire mes courses au Auchan des Halles vers 15 heures. Il y avait pas mal de monde et une file d'attente devant. Le nombre d'entrées était limité. J'ai dû attendre 20 minutes. Il n'y avait presque plus de pâtes, de riz, ou de sauces. J'ai acheté ce dont j'avais besoin... peut être un tout petit peu plus que d'habitude car il est recommandé de ne pas sortir. Je pense que la plupart des gens ont respecté les consignes, mais probablement pas pour les pâtes et le riz."

Beverly (28 ans), à Strasbourg : "Habituellement, c'est Drive, mais impossible de se connecter depuis quelques jours. J'ai fait mes courses habituelles ce lundi au Carrefour à côté de France 3, vers 11 heures. Il n'y avait pas de file d'attente, mais les rayons étaient plutôt vides. Plus de pâtes ou de riz, très peu de conserves, de lait, d'œufs, de viande. Très peu de produits d'entretien également. Nous étions assez nombreux dans le magasin, les paniers n'étaient pas exagérés. Certaines personnes âgées portaient des masques; ce que je trouve insensé, surtout qu'il en manque dans les hôpitaux. Impossible de respecter les distances de sécurité, rayons assez étroits. Nous avons essayé de respecter les distances de sécurité au maximum à la caisse."
 
La file d'attente du Auchan des Halles à Strasbourg était soigneusement délimitée. / © Sarah Paquin
La file d'attente du Auchan des Halles à Strasbourg était soigneusement délimitée. / © Sarah Paquin

Aline (33 ans), à Strasbourg : "J'ai fait quelques courses au Carrefour City de la rue d'Obernai, à 14 heures. Un peu de file aux caisses, mais pas plus que le soir en temps normal. J'ai acheté le nécessaire pour tenir une semaine sans stress. Les gens semblaient aussi faire attention à ne pas acheter plus que nécessaire."

Marc (59 ans), à Strasbourg : "J'ai fait les courses samedi pour la semaine, comme d'habitude. Il y avait beaucoup de monde et des caddies bondés. Ce lundi, je suis allé au supermarché à côté de chez moi. Parking plein , entrée filtrée [voir tweet un peu plus bas], rayons vides... J'aurais mieux fait de rester chez moi. Je pense faire les courses prochainement en circuit court, chez les commerces de proximité et le maraîcher local. J'aurai tout le temps de faire de bons petits plats..."

Martine (62 ans), à Strasbourg : "Nous avons tenté des courses raisonnables : un peu plus de farine, d'oeufs et de levure. Pas facile pour les fruits et légumes que nous achetions au marché. Il n'était pas rare de voir des personnes avec deux chariots remplis. Il nous manquera sans doute des choses : on s'adaptera. Je suis inquiète pour ces familles qui n'ont pas pu faire de stock faute de moyens si la situation s'éternise."
 

Christiane (69 ans), à Strasbourg : "Pour l'instant, côté nourriture, ça va. À la boulangerie, mètre de sécurité, pas d'achats hors normes. Au Auchan des Halles, c'était plein de monde, avec des barrières de sécurité pour limiter les entrées... J'ai fait demi-tour et suis rentrée à la maison."

Marie (40 ans), à Surbourg : "J'ai fait les courses habituelles, surtout du frais, ce lundi matin au Leclerc de Soultz-sous-Forêts. Il y avait plus de monde que d'habitude, mais ça va : j'ai trouvé les gens très civilisés et il n'y avait pas d'abus dans les achats. Il y avait un réel manque dans les rayons pâtes et boîtes de conserve."

Aurélie (36 ans), à Wildersbach : "Comment avoir assez de nourriture quand les gens sont devenus fous ? Rupture de tout en grande surface : je fais mes courses normalement, et je suis repartie sans rien. Plus de pâtes, de riz, de conserves, de nourriture pour chat... Marre des gens qui ne pensent pas aux autres !Les grandes surfaces devraient limiter l'affluence. Avec ce monde agglutiné en magasin, comment voulez-vous que le virus ne circule pas ?"
 

Et pendant ce temps-là, à Kehl...

Comme on le voit ci-dessous, l fréquentation du DM, le grand rendez-vous de la population alsacienne pour acheter sa lessive ou son maquillage, s'effondre avec les mesures à la frontière. Désormais, il n'est plus possible de la franchir pour aller faire ses courses, et les forces de l'ordre y veillent.
 
Le parking du DM à moitié vide après la désertion de la clientèle française, le lundi 16 mars 2020. / © Florence Grandon, France Télévisions
Le parking du DM à moitié vide après la désertion de la clientèle française, le lundi 16 mars 2020. / © Florence Grandon, France Télévisions

Cependant, les travailleurs transfrontaliers et travailleuses transfrontalières ont encore le droit de franchir le Rhin.
 

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