• MÉTÉO
  • SOCIÉTÉ
  • ECONOMIE
  • POLITIQUE
  • DÉCOUVERTE
  • FAITS DIVERS

Contre les caméras dans les abattoirs, pour les lapins en cage ? Les députés champenois se défendent

Visite de la commission d'enquête parlementaire sur les abattoirs de Meaux, société Amenicov / © Jean-Nicholas Guillo / MaxPPP
Visite de la commission d'enquête parlementaire sur les abattoirs de Meaux, société Amenicov / © Jean-Nicholas Guillo / MaxPPP

Quatre élus de Champagne se sont distingués, à l'Assemblée nationale, en rejetant systématiquement les amendements relatifs au bien-être animal dans l'industrie agroalimentaire, dans le cadre du projet de loi agriculture. Pour eux, il s'agit de faire peser moins de contraintes sur les agriculteurs.

Par Valentin Pasquier

Les députés champenois seraient-ils favorables à la maltraitance animale dans la filière agricole ? Dans un article publié le 28 mai, le Parisien révélait que quatre élus locaux s'étaient distingués, lors des débats du 27 au 28 mai concernant le projet de loi dite "agriculture et alimentation", par une opposition systématique aux amendements "forts" relatifs au bien-être animal dans la filière agricole.

Les députés ont débattu jusque tard sur ce sujet, contenu dans l'article 13. Faut-il systématiser la présence de caméras dans les abattoirs, prohiber l'élevage de poules pondeuses en cage ou encore interdire la castration à vif des porcelets ? À ces trois questions entre autres, Grégory Besson-Moreau, Aina Kuric, Éric Girardin (LREM) et Lise Magnier (LR) ont répondu non. 

Des délais trop contraignants

Par son vote, le premier, élu dans la 1ère circonscription de l'Aube, a surtout souhaité dénoncer les délais, trop brutaux, des dispositions proposées. Notamment celle déposée par la députée insoumise Mathilde Panot, qui demandait l'interdiction de l'élevage en cage de poules pondeuses au 1er janvier 2020.

"Derrière les amendements qu'on vote, il y a des entreprises, des éleveurs, des centaines et des centaines d'emplois, rappelle Grégory Besson-Moreau. Les industries achètent des oeufs de poules élevées en cage. Si la France stoppe cette production du jour au lendemain, ces industriels iront voir à l'étranger."

Lorsque l'Allemagne a décidé, en 2015, d'interdire l'élevage de poules en cage d'ici 2025, sa production a brusquement diminué pour ne couvrir plus que 65% des besoins des consommateurs. "Ils ont alors importé des oeufs de l'étranger, explique Lise Magnier. L'Allemagne a été touchée par le scandale des oeufs contaminés au fipronil, alors que la France, autosuffisante, ne l'a pas été."

Nous discutons régulièrement avec la filière, et les Français, aujourd'hui, manifestent leur refus de manger de tels oeufs. Il importe donc de changer ces habitudes, mais progressivement," ajoute M. Besson-Moreau.

Car si l'amendement de Mme Panot a été rejeté dimanche, on lui a préféré celui de Monique Limon, plébiscité par 72 voix et 0 contre."L'implantation de nouvelles exploitations sera prohibée dès l'entrée en vigueur de la loi, et nous nous engageons à la diminuer de moitié [le nombre d'établissements existants] d'ici 2022." souligne Aina Kuric, députée de la 2e circonscription de la Marne.

Filmer les abattoirs

À travers des caméras cachées volontairement choquantes publiées ces derniers mois, des associations pour la protection des animaux comme L214 ont fait entrer dans les débats la question épineuse des conditions d'abattage des animaux. Lundi 28 mai, les députés ont massivement rejeté l'amendement d'Olivier Falorni (DVG), qui réquérait l'obligation pour les abattoirs à disposer des caméras sur leurs sites.

L'hémicycle a préférer adopter l'amendement porté par Loïc Dombreval (LREM), qui proposait une expérimentation sur deux ans, mais seulement auprès d'abattoirs volontaires. "Une régression et un reniement," a aussitôt regretté le premier rapporteur, élu en Charente-Maritime.

"Je suis pour la vidéosurveillance, mais pas pour l'imposer, précise M. Besson-Moreau. À quoi servent des caméras si elles ne sont pas scrutées en permanence ?" Pour l'élu aubois, un abattoir qui fait voeu de transparence a tout à y gagner : s'il signe une charte de vidéosurveillance, il en sortira grandi auprès des consommateurs. "Tous les abattoirs ne sont pas comme ceux filmés par L214, qui font honte au métier. Ce sont des établissements en majorité fréquemment contrôlés," rappelle-t-il.

Lise Magnier, députée LR de la Marne et membre du groupe Les Constructifs, est beaucoup plus sceptique. Elle s'est abstenue de voter l'amendement de M. Dombreval. "Je n'avais pas en main tous les éléments necéssaires pour donner mon accord. Les abattoirs clean, ils sont nombreux en France. La plupart vont demander à prendre part à expérimentation, et la conclusion ne pourra être que favorable."

Elle poursuit : "Qu'est-ce qu'on fera à ce moment-là ? On installera des caméras dans tous les abattoirs avec l'argent public ? J'aurais préféré qu'on impose l'expérimentation à un panel d'abattoirs défini au hasard, afin de pouvoir piéger ceux qui ne respectent pas les règles."

Disparu, le rapport à la mort?

Dans la nuit de dimanche à lundi, il était aussi question d'inscrire dans la loi l'interdiction de castrer à vif les porcelets, d'élever en cage les lapins ou encore d'imposer une limite horaire pour le transport de bétail vivant.

Pour M. Besson-Moreau, qui élève lui-même des animaux, certains élus font preuve d'angélisme vis-à-vis de l'élevage. "Aujourd'hui, on demande d'arrêter de mettre à mort, or c'est indispensable s'il l'on veut continuer à manger de la viande. Avant, on avait un autre rapport à la mort. On avait une personne dans la famille qui abattait les bêtes. On avait souvent des pertes lorsqu'on en transportait."

Il poursuit. "Lorsqu'il s'agit de castrer un animal domestique, ça ne dérange pas grand monde. Beaucoup de gens ne savent pas que si on ne réalise pas l'opération lorsque le porc est jeune, cela laisse un goût de gibier très prononcé dans la viande qui serait infâme pour de nombreux consommateurs. Ce genre d'amendement est en contradiction avec les habitudes de consommation."
Quant à la cuniculture (l'élevage de lapins), l'élu de l'Aube rappelle la nécessité de l'usage des cages. "On confond les domestiques et les lapins d'élevage. Les derniers, s'ils ne sont pas enfermés, ne prennent pas de poids et ont une tendance au cannibalisme. Ce n'est pas pour rien que nos aïeux, lorsqu'ils avaient des lapins, les conservaient dans des clapiers." En France, la consommation de viande de lapin diminue progressivement d'année en année. "La filière, je pense, disparaîtra progressivement, et cela laissera aux éleveurs le temps de se reconvertir."

La voix des grandes exploitations

Le discours des députés est plutôt représentatif de la Champagne, où règnent les grandes exploitations agricoles, plutôt végétales, et le syndicat FNSEA. Il n'est pas question des établissements plus modestes, où les pratiques sont moins industrielles. "Oui, j'ai travaillé avec la FNSEA car ils ont une expertise, contrairement à L214 qui, selon moi, préfère l'agression à la production d'études d'impact. Mais d'un autre côté, j'ai aussi travaillé avec Foodwatch," reconnaît Grégory Besson-Moreau, qui est rapporteur général de la commission d’enquête parlementaire sur le dossier Lactalis.

Les élus interrogés ont donc rejeté les amendements "forts" relatifs au bien-être animal dans l'élevage pour éviter de faire peser trop de contraintes sur les exploitants. Conscients de l'importance de la question, ils estiment que les pratiques évolueront grâce au travail des filières plutôt qu'en inscrivant dans la loi les interdictions suggerées.
"Il faut cesser de décrier nos agriculteurs (...) Le but de cette loi, c'est avant tout d'améliorer leurs revenus, et d'opérer une montée en gamme des produits agricoles français," rapelle Lise Magnier. L'Assemblée nationale a finalement adopté en première lecture, mercredi 30 mai, le projet de loi sur l'équilibre dans le secteur agricole et alimentaire, à 339 voix contre 84.

Sur le même sujet

Vincent Lambert : un appel aux dons pour aider sa femme, ses parents soutenus par la fondation Lejeune

Les + Lus