Elections américaines : le monde du Champagne en effervescence

Joe Biden ou Donald Trump ? Dans le vignoble champenois, le résultat des élections américaines attendu ce mercredi sera sabré au champagne. Mais pas pour les mêmes raisons.
En automne, les vignes champenoises se parent de douces couleurs jaunes.
En automne, les vignes champenoises se parent de douces couleurs jaunes. © Matthieu Mercier, France Télévisions (France 3 Champagne-Ardenne)
D’Epernay à Brienne-le-Château, les vignerons vont regarder d’un œil attentif le résultat des élections américaines. En quatre années de mandat, Donald Trump n’aura pas épargné les nerfs des producteurs de bulles. Dernière (é)preuve en date, l’intervention directe en octobre 2019 de Bernard Arnault, 3ème fortune mondiale et PDG de LVMH, auprès du président américain pour protéger la Champagne mais aussi ses actions d’homme d’affaires.  “On a eu la chance d’éviter la surtaxe de 25% en représailles aux aides d’Airbus. On regarde cela aussi de très près, car cela peut nous arriver sur le coin du nez”, analyse Maxime Toubart, président du Syndicat Général des Vignerons de la Champagne et président des vignerons au Comité Champagne.

"On n’est pas à l’abri d’être surtaxé à 100% un jour"

En quatre années, le marché du vin effervescent français ne s’est jamais aussi bien porté. La consommation a bondi au même rythme que la croissance des ménages. Mais à quel prix ? “Tous les six mois, les Etats-Unis peuvent prendre la décision unilatérale d’augmenter les taxes sur les produits importés, explique Jean-Marie Barillère, président de l'Union des Maisons du Champagne et président des négociants au Comité Champagne. On n’est pas à l’abri d’apparaître sur cette liste, avec pourquoi pas une augmentation de 100%. On est constamment dans l’incertitude. Il faut dire que Donald Trump est davantage connu pour son protectionnisme que pour sa politique favorable aux accords commerciaux.” 

Mais depuis mars et la crise sanitaire, rien ne va plus. 100 millions de bouteilles de champagne ne seront pas vendues en 2020 dans le monde, soit 1,7 milliard d'euros de pertes financières. Aux Etats-Unis, les ventes ont reculé de 22% depuis le début de l'année. Et les sorties médiatiques du président n’aident pas.

Le champagne a besoin d’une économie apaisée, ce qui n’est pas caractéristique de Donald Trump

Jean-Marie Barillère, co-président du Comité Champagne

Malgré ce contexte tendu, avec 25,7 millions de bouteilles pour 665 millions d’euros générés en 2019, le marché américain trône le haut du podium des pays importateurs de Champagne, devant le Royaume-Uni -où la situation se dégrade- et le Japon, en très forte croissance. 

"Avec Joe Biden, rien ne nous dit que cela sera mieux"

Stratégique, porteur, essentiel… Froisser le marché américain ne rimerait à rien. “Depuis l’hiver dernier, c’est très aléatoire, on marche un peu à vue. On est vraiment à l’écoute notamment de ces élections, nuance Maxime Toubart, qui ne se risque pas au jeu des pronostics. Tout le monde en France a pris le parti d’un candidat”, mais mieux vaut ne pas insulter l’avenir. C’est aussi la devise des négociants. “Avec Joe Biden, cela peut être différent. Mais cela reste à voir, rien ne nous dit que cela sera mieux, tempère Jean-Marie Barillère. Il ne faut pas oublier le rôle du congrès dans la politique américaine.”

Du Champagne au frais pour célébrer la défaite de Trump

Mais dans la capitale du Champagne, la modération est restée à la cave. Sur Facebook, Franck Leroy se dit “pressé de voir Donald Trump quitter la Maison Blanche”. Pour l’occasion, le maire d’Epernay a “placé au frais une bonne bouteille” afin de célébrer la libération de la consommation de vins effervescents.
 
Comment expliquer cette consommation au ralenti ? Par un cocktail d’incertitude des décisions de Trump et la crise sanitaire. “Beaucoup de vignerons se lancent dans l'export aux Etats-Unis, mais il y a un coup d’arrêt net”, détaille Maxime Toubart. Plus que le changement ou non de président américain, l’épidémie inquiète davantage. “On a l’habitude des crises, il y en a tous les 7, 8 ans. Mais d’habitude, on a la chance d’avoir une partie du monde qui continue à consommer. Là tout est fermé, confiné. Je reçois beaucoup de coups de téléphone de vignerons inquiets par cette situation, plus que par les élections américaines.” 

Joe Biden ou Donald Trump ? Les vignerons le savent, l’issue de ce scrutin aura un impact à long-terme dans le vignoble champenois. D’un côté, ils devront composer avec une personnalité connue pour ses contradictions, de l’autre, découvrir un homme politique et lui faire apprécier leur marque. Comme le résume Maxime Toubart, “on espère que l’un ou l’autre arrosera sa victoire avec du champagne”. Des bulles avant tout, le cap est fixé.
 
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