Après le démantèlement de la "Jungle" de Calais, le sort des migrants mineurs reste en suspens

Presque deux mois après le démantèlement de la "Jungle" de Calais, et alors que la Grande-Bretagne n'a accueilli à peine plus d'un quart des mineurs dont elle s'était engagée à étudier le dossier, le sort de ces jeunes migrants inquiète les ONG.

De jeunes migrants attendent de monter dans un bus, le 28 octobre 2016 à Calais.
De jeunes migrants attendent de monter dans un bus, le 28 octobre 2016 à Calais. © PHILIPPE HUGUEN / AFP
La question des migrants mineurs présents en France qui souhaitent rejoindre un membre de leur famille en Grande-Bretagne est revenue au premier plan, mercredi, un mois et demi après la fin de l'évacuation de la "Jungle" de Calais.


Le ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux a plaidé pour un "dialogue renforcé" avec Londres afin de trouver "une solution conforme aux intérêts" des enfants migrants. Et, le même jour, Human Rights Watch a demandé à Londres d'élargir ses critères d'application pour accepter le transfert de migrants mineurs non accompagnés.

500 mineurs pris en charge sur 1950

Quelques 1.950 jeunes migrants avaient été pris en charge après le démantèlement de la "Jungle" de Calais, fin octobre, et relogés dans des centres d'accueil en France, dans l'attente de l'examen de leur demande de transfert par les autorités britanniques.

Près de 500 d'entre eux ont été transférés en Grande-Bretagne depuis cette date, selon le ministère français de l'Intérieur.

Londres s'est engagé à accueillir tous les mineurs isolés ayant de la famille en Grande-Bretagne et à "étudier" les dossiers de ceux "dont l'intérêt supérieur serait de rejoindre ce pays".

Beaucoup d'enfants migrants non accompagnés en France sont désespéré


Mais le gouvernement britannique a resserré ses critères mi-novembre: il fallait avoir 12 ans ou moins, ou être exposé à un risque élevé d'exploitation sexuelle, ou bien avoir 15 ans ou moins pour les Syriens ou Soudanais.

"Beaucoup d'enfants migrants non accompagnés en France sont désespérés et ne souhaitent rien d'autre que de rejoindre leurs familles au Royaume-Uni", a déclaré mercredi Juliane Kippenberg, directrice adjointe de la division Droits de l'enfant de HRW.

Pour HRW, Londres doit élargir ses critères d'application "pour s'assurer que les enfants plus âgés ne soient pas exclus de l'examen des dossiers".
L'association cite notamment le témoignage d'un garçon de 17 ans, originaire d'Éthiopie, transféré de Calais en Nouvelle-Aquitaine, qui attend de rejoindre son cousin en Angleterre.

Je ne mange plus, je ne dors plus, je n'arrive plus à rien faire


"Je ne mange plus, je ne dors plus, je n'arrive plus à rien faire. Je suis inquiet de ce qu'il va se passer (...). Je ne sais pas combien de temps je vais tenir. Je préfère retourner à Calais et monter dans un camion là-bas et aller mourir là-bas plutôt que de rester", assure ce jeune homme.

Mardi, le Défenseur des droits Jacques Toubon avait déjà regretté que l'intérêt des mineurs de Calais "n'(ait) pas fait l'objet d'une priorité" lors du démantèlement du bidonville, ni dans leur accueil en centres d'hébergement.


A Réalville (Tarn-et-Garonne), dix-neuf migrants afghans, âgés de 13 à 17 ans, ont observé de vendredi à lundi soir une grève de la faim dans un centre d'accueil pour protester contre le refus du Royaume-Uni de leur offrir l'asile.
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