TÉMOIGNAGE. "Il a traversé le terrain pour en découdre", un entraineur de football agressé lors d'un match entre jeunes dans le Nord

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L'éducateur de l'Olympic Marchiennes, agressé samedi 14 mai par deux parents lors d'une rencontre entre joueurs de moins de 10 ans, souffre de contusions (5 jours d'ITT). Cet incident illustre la recrudescence des violences dans le football amateur.

Samedi dernier, le stade Jean Rolland, a été le théâtre d'un bien triste spectacle, lors de la rencontre entre les équipes U10 (moins de 10 ans) de l'Olympic Marchiennois et de l'ES Lambres-les-Douai. Deux parents s'en sont pris à l'entraîneur de Marchiennes, lui infligeant de multiples contusions et cinq jours d'ITT. "Tout cela s'est passé sous les yeux d'une vingtaine d'enfants, déplore la victime, qui a porté plainte contre ses agresseurs, ce lundi. C'est choquant."

La scène se déroule quelques minutes avant la fin du match entre les deux clubs nordistes. L'ambiance est déjà tendue au bord du terrain, où sont présents plusieurs parents de joueurs. "Les supporters s'envoyaient des noms d'oiseaux", relate le coach de Marchiennes, bénévole dans le milieu du football amateur depuis 25 ans. Mais c'est quand l'arbitre décide de siffler un coup franc en faveur des locaux que la situation s'envenime."

"Il m'a sauté dessus"

"Un parent de Lambres-lez-Douai est allé voir un supporter de Marchiennes, puis un deuxième est passé par-dessus la barrière pour traverser le terrain et en découdre, raconte-t-il. Nous avons tenté de les calmer avec l'éducateur adverse, avant de repartir sur nos bancs. C'est à ce moment-là que l'un d'entre eux m'a sauté dessus. Je ne l'ai pas vu arriver, il m'a fait tomber par terre. Je me suis relevé, et un autre m'a sauté dessus plus violemment, avec un coup dans le cou et un coup dans le dos." Une version des faits que nuance l'éducateur de l'équipe de Lambres-lez-Douai, présent sur place. Ce dernier assure "qu'il n'y a eu aucun échange de coup".

Mon fils était aussi sur le terrain, il est choqué, il m'a parlé de cela tout le week-end.

Educateur sportif de l'équipe U10 de Marchienne

Témoin de la scène, un supporter appelle la police qui se rend sur place. Des constatations d'usage sont réalisées, l'identité des protagonistes est relevée. Ce sont deux parents de joueurs de Lambres-lez-Douai. Ils seront exclus du club par la suite.

Quatre jours après son agression, l'éducateur garde des séquelles de ce qu'il s'est passé. "J'ai quelques douleurs aux cervicales, à l'épaule et au dos, explique-t-il. Mais c'est surtout pour les enfants que c'est choquant." Le sien était sur le terrain ce jour-là, et comme plusieurs d'entre eux reste marqué par l'incident. "Il m'a parlé de ça tout le week-end."

Les deux clubs condamnent les actes

Les directions des deux clubs ont réagi quelques heures après les événements. "Nous condamnons fermement ces comportements inadmissibles autour d’un terrain, a déclaré le président de l'ES Lambres-lez-Douai, dans un communiqué publié sur Facebook, à 18 h, le jour du match. Nous condamnons également toutes les violences verbales qui ont pu avoir lieu autour du terrain lors de ce match." L'Olympic Marchiennes a répondu en commentaire : "tout comme notre éducateur et notre club, vous êtes également les victimes de ces comportements. Cela ne doit pas entacher tout le magnifique travail des bénévoles et de votre équipe dirigeante."

Le coach victime des violences tient à rappeler la "très bonne réaction" des dirigeants de Lambres-lez-Douai. Il reporte la seule faute sur les parents à l'origine de ces comportements ineptes. "Ils devraient rester à leur place, comme simples supporters, rappelle-t-il. Mais parfois, et même de plus en plus souvent, ils se prennent pour les entraîneurs. Ils portent trop d'importance aux résultats du match."  Rappelons qu'à ce niveau, aucun classement n'est établi entre les équipes. Seul le jeu et l'apprentissage de valeurs comptent.

"Il y a une dégradation des comportements"

Cet incident est une nouvelle illustration de la recrudescence d'actes violents dans les stades et ses abords. Samedi 2 avril, c'était un jeune arbitre de 18 ans qui se faisait passer à tabac par un joueur à l'issue d'une rencontre U17. "Il faut que ce fléau cesse", lance le coach de Marchienne.

Face à cette situation alarmante, la Fédération française de football (FFF) a adressé un courrier aux présidents de clubs français, mercredi 11 mai. Arbitres, joueurs, parents, l'ensemble des acteurs sont concernés par cette lettre de deux pages, signée Noël Le Graët et Vincent Nolorgues, le président de la FFF et celui de la Ligue de football amateur.

"Il y a une dégradation des comportements autour des terrains, atteste Steve Dupont, président de l'Olympic Marchiennes. Et si ça continue, on n'aura plus d'arbitres, ni d'éducateurs, qui sont bénévoles pour la plupart." "On donne beaucoup de notre temps, pour finalement se faire agresser", souffle l'entraîneur marchiennois.

Une journée de sensibilisation à venir

Face à ces violences, les acteurs du football amateur ne savent pas toujours comment réagir. "On se sent un peu démunis, avoue Steve Dupont. Est-ce que nous aussi on doit porter plainte ? On ne sait pas. On ne connaît pas la procédure à suivre dans ces cas-là. Je pense qu'il y a un travail à faire au niveau des Ligues et de la Fédération."

Cela dit, les deux clubs nordistes ne souhaitent pas rester les bras croisés. Ces derniers devraient organiser conjointement une journée de sensibilisation contre les violences, mercredi prochain. Les deux équipes U10 seront réunies pour un entraînement commun, ainsi que les éducateurs et les parents de joueurs.