Paris-Roubaix menacé : "un véritable coup de massue" pour les acteurs de la reine des classiques

Depuis les annonces du préfet du Nord qui s’est montré pessimiste sur la tenue de Paris-Roubaix prévu le 11 avril prochain, hôteliers, maires, cyclistes et fans de la plus grande classique du monde naviguent dans l’incertitude et redoutent une nouvelle annulation.

La mythique Trouée d'Arenberg lors de la dernière édition de Paris-Roubaix, en 2019.
La mythique Trouée d'Arenberg lors de la dernière édition de Paris-Roubaix, en 2019. © Christophe Petit Tesson/MaxPPP

En ces temps troublés où la lassitude ronge le moral d’une France plus ou moins confinée depuis un an, Paris-Roubaix était un phare, une lumière, et un espoir que le préfet du Nord Michel Lalande a douché au micro de France Bleu en confiant son pessimisme sur la tenue de la reine des classiques le 11 avril prochain, en raison de la situation sanitaire dans les Hauts-de-France.

François Doulcier est le président des amis de Paris-Roubaix, ces petites mains passionnées qui œuvrent à la rénovation des pavés qui ont fait la gloire de la plus grande classique du monde, et l’annonce du préfet l’a figé. "C’est un véritable coup de massue qu’on prend sur la tête, peste-t-il. Il y a une profonde tristesse, c’est une décision incompréhensible et injuste."

"On s’y prépare, on a des plans, des solutions"

Ici et là, le long des 259 kilomètres entre Compiègne et Roubaix, l’annonce du Paris-Roubaix menacé a plongé les acteurs directs et indirects de la course dans l’incertitude. Les coureurs français Julien Bernard et Florian Sénéchal, candidat à la victoire finale, ont rappelé que le peloton cycliste vivait dans une bulle sanitaire, et que le vélo continuait, de Paris-Nice à Milan-San Remo. 

"On y croit, on y croit vraiment"

Christian Tellier, adjoint au maire de Compiègne chargé des sports

 

Compiègne navigue dans le flou. La ville de l’Oise qui accueille chaque année le départ de "l’Enfer du Nord" se prépare quand même malgré le doute qui plane. "On y croit, on y croit vraiment, répète Christian Tellier, adjoint au maire chargé des sports. On a une réunion demain (mercredi) avec la sous-préfecture et ASO (l’organisateur). On s’y prépare, on a des plans, des solutions. Tout est prêt."

L’adjoint aux sports est optimiste, et pense "souhaitable que cette course mythique se déroule". Plus au nord sur le parcours, Roubaix attend. Le maire refuse de s'exprimer, son service de communication répond à demi-mot : "l’état d’esprit, vous devez bien le deviner…"

Entre Roubaix et Compiègne, la petite bourgade de Mons-en-Pévèle, 2 000 habitants, s’anime chaque année avec Paris-Roubaix. Le secteur pavé, situé à la sortie du village, est l’un des plus exigeants de la course. Sa difficulté y ramène du monde et des passionnés. L’annonce du préfet ? "Pas une grande surprise, pour le maire Sylvain Perez. On appréhendait ça, comme l’an dernier (où la course avait été reportée puis annulée). C’est un peu la mort dans l’âme, mais il n’y a pas de révolte, on se range aux directives du préfet."

Une annulation serait un gros coup dur pour l’économie

De l’aveu de Sylvain Perez, avec les restrictions sanitaires, le confinement et la fermeture des restaurants, le contexte est un peu spécial, et la course, si elle a lieu, n’aura qu’un impact très léger sur les retombées économiques de son village. À Compiègne et Roubaix, l’enjeu est tout autre : "l’impact est important sur l’économie locale, c’est évident", glisse Christian Tellier, adjoint au maire à la mairie de Compiègne.

Paris-Roubaix est un mastodonte : coureurs, staffs, organisation, médias, fans, ça en fait des nuits d’hôtels et des ventres à nourrir pendant ce week-end saint. Dominique Mesnil tient un hôtel à trois rues du départ, et chaque année, ses 17 chambres affichent complet dès février. Cette année, c’est différent : "Les réservations ne décollent pas, j’en suis à deux chambres réservées…", ce qui fait dire à Dominique Mesnil que c’est "très mal engagé et que la course va être reportée".

Même sans public, le maintien de la course est un enjeu pour tous. "C’est le prestige, la reine des classiques", annonce fièrement Christian Tellier, "très frustré" de l’annulation de l’édition 2020 et "très positif" pour l’édition 2021.

"Le cyclisme n’est pas une religion en France, alors qu’il l’est en Belgique"

François Doulcier, président de l’association des amis de Paris-Roubaix.

Un an après le report puis l’annulation de l’édition 2020, François Doulcier redoute la même issue. "Ça démontre une chose : le cyclisme n’est pas une religion en France, alors qu’il l’est en Belgique”, où les courses ont lieu à huis clos. Le huis clos, d’ailleurs, est une solution, un espoir. "On sait organiser Paris-Roubaix sans qu’aucune personne n’attrape le Covid", lance François Doulcier, qui multiplie les appels et les démarches pour que Paris-Roubaix survive à la crise sanitaire.

Une pétition a été lancée, alors que le président de la communauté d'agglomération de la porte du Hainaut Aymeric Robin a publié un communqué dans lequel il "s'engage au maintien de Paris-Roubaix et lance #ParisRoubaixCanapé pour inciter les habitants et spectateurs à suivre la course depuis chez eux". Paris-Roubaix sans ses milliers de spectateurs et sa ferveur,  ce n’est pas vraiment Paris-Roubaix, mais cette année, tout le monde s’y accommoderait volontiers.

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