"On essaie de leur redonner un peu le moral" : les sinistrés du Pas-de-Calais en vacances dans le sud pour oublier les inondations

En mars 2024, une habitante de la Côte d'Azur a contacté la ville de Blendecques pour offrir un séjour dans le sud à quelques sinistrés des inondations de novembre et janvier derniers. Ce sont 14 personnes qui ont finalement été tirées au sort pour partir une semaine, entre avril et juin. Ce lundi 22 avril, les premiers nordistes sont arrivés près de Nice, pour un repos bien mérité.

Après 1 200 km et 11 heures de route, il faut encore porter les valises tout en haut des marches de cette nouvelle propriété. Enfin, seulement le temps d'un séjour de vacances. Dans ce logement plein de charme du sud de la France, une famille de sinistrés victimes des inondations du Pas-de-Calais va enfin pouvoir se détendre, après les mois plein de rudesse qu'elle a passée entre pluie, inondations et nuit en camping.

Le 15 mars 2024, six séjours dans le sud ont été offerts à la ville de Blendecques pour permettre à ses habitants sinistrés lors des multiples crues de l'Aa de se refaire au soleil, gratuitement. En tout, 14 personnes ont été tirées au sort pour partir en vacances entre avril et juin... Et la famille Lavogiez, qui figure parmi les 800 sinistrés de la commune, fait partie du voyage.

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Souffler le souvenir des crues à répétition

Dans la commune de Vence, aux portes de Nice et sous le soleil de la Côte d'Azur, cette famille de Blendecques peut enfin poser ses bagages, souffler et profiter d'un peu de répit. Déjà, leurs trois filles ont adopté les lieux : éclats de rire et bruits de pas qui courent partout résonnent dans la maison.

"On est très contents, ça va nous faire énormément de bien. Parce que c'est vrai qu'on en a chié, faut dire que ces derniers mois ont été assez compliqués", se remémore Anne-Charlotte Lavogiez. "On nous avait dit que l'après inondations allait être difficile, mais je ne pensais pas que 4 mois après rien n'aurait encore bougé."

On nous avait dit que l'après inondations allait être difficile, mais je ne pensais pas que 4 mois après rien n'aurait encore bougé.

Anne-Charlotte Lavogiez, sinistrée de Blendecques

Novembre 2023. En pleine crue de l'Aa, la petite maison de la famille Lavogiez est remplie d'eau. Les 5 Blendecquois pataugent dans 60 centimètres en pensant, non sans abattement, que le pire est derrière eux. Mais début janvier, rebelote. Cette fois 90 cm d'eau de rivière envahissent le salon, la cuisine, la salle à manger... Et quatre mois plus tard les travaux n'ont toujours pas pu commencer.

"On nous avait donné des solutions au début, mais c'était des mobil-homes, avec trois enfants c'est pas possible. Pour l'instant on va profiter des vacances et on verra la suite après", raconte Aurélien Lavogiez, qui camoufle à peine sa lassitude.

Remonter le moral de ses concitoyens

Aux pieds du Baou de Saint-Jeannet, ils vont pouvoir découvrir un autre paysage. Rocheux, sec, où la végétation règne. Un petit séjour au paradis, que cette famille du Pas-de-Calais doit à une seule et unique personne : Laurence Thiébaut, habitante de Vence elle-même touchée par des inondations dans les années 80, qui s'assure que les Lavogiez aient tout à leur disposition.

En tant que citoyens, que toutes ces personnes puissent envisager qu'on pense à eux et qu'on essaie de leur redonner un peu le moral, ça me paraît être la moindre des choses dans ce monde si cruel.

Laurence Thiébaut, propriétaire du gîte

Pleine d'empathie pour ses voisins de l'autre bout de la France, confrontés à la même situation qu'elle 40 ans plus tard, cette femme de convictions a appelé la mairie de Blendecques pour proposer un séjour gratuit dans son gîte, situé au premier étage de sa grande maison. Et ce n'est pas tout, elle est aussi parvenue à fédérer quatre hôtels et un camping.

"En tant que citoyens, que toutes ces personnes puissent envisager qu'on pense à eux et qu'on essaie de leur redonner un peu le moral, ça me paraît être la moindre des choses dans ce monde si cruel", argue-t-elle en pouffant, pendant que les petites filles reprennent peu à peu leurs marques dans une vie d'enfant normale, loin de la terrible rivière de janvier.