Témoignages. "Se saigner pour soigner, jusqu'à quand ?" : les infirmiers libéraux en colère, demandent une revalorisation de leur travail

Publié le Écrit par Camille Di Crescenzo

En colère, les infirmiers libéraux manifestent dans toute la France. Pour ceux des Hauts-de-France, ce sera devant la CPAM jeudi 8 février à Arras. Leurs actes n'ont pas été revalorisés depuis 2009. Ils se sentent oubliés, sans aucune reconnaissance de la pénibilité de leur travail.

Pascal Bardoux est infirmier libéral à Vignacourt, dans la Somme, depuis 2005. Il part au domicile de son quatorzième patient. Il est 9h30. Levé depuis 5h du matin, il fait partie des infirmiers libéraux en colère. "Je suis mécontent parce que notre AMI [Acte médico-infirmier], qui est notre acte de base, n'a pas été revalorisé. Ce qui fait que nous sommes en grande difficulté, mais le problème majeur, ce sont nos patients."

Arrivé chez son patient, Pascal prépare la seringue. Les prises de sang au domicile, l'infirmier en fait couramment tous les jours. C'est aussi un des actes les moins bien rémunérés. "Cet acte-là va rapporter en brut 8,83€ parce que je suis à domicile, sinon c'est 6,08€ au cabinet et en net, c'est 53% de moins, de l'ordre de 4,50€. C'est ce qu'il y a dans le porte-monnaie. C'est trop peu compte tenu du temps qu'on passe à faire l'acte, des responsabilités que l'on a, de la technicité à acquérir, de tout l'administratif que je vais faire."

Leurs actes n'ont pas été revalorisés depuis 2009. Un infirmier avec Bac + 3 gagne 12 euros de l'heure en visitant quatre patients. "C'est scandaleux, s'insurge Pascal. Toute profession a été plus ou moins augmentée. Toutes ! Même le SMIC suit une certaine inflation. Pourquoi nous non ? On est forcément toujours moins cher que des HAD [hospitalisation à domicile] ou que des SSIAD [service de soins infirmiers à domicile] ou qu'à l'hôpital bien évidemment."

Comme tous les jours, c'est la course. Les prélèvements sont à apporter avant une certaine heure à la pharmacie pour qu'ils partent au laboratoire. "On court tout le temps, souffle l'infirmier désabusé, et quelle reconnaissance ? On n'est pas dans le Ségur de la Santé comme tous les libéraux. On n'a pas eu de prime pendant le Covid. Si ! Pendant quatre mois, on a eu 1 centime du kilomètre."  

On aimerait vivre de notre métier dignement.

Pascal Bardoux, infirmier libéral.

L'épouse de Pascal, travaille au cabinet. Elle a quitté l'hôpital public pour plus de proximité. Elle gagne entre 1200 et 1500 euros nets selon les mois. "La valeur de notre travail ne va plus", déplore Bénédicte Bardoux. En retraite anticipée, l'infirmière libérale travaille principalement au cabinet. En étant à 80%, elle se dégage un salaire de 1000 euros les plus beaux mois.

À cet instant, elle est en train de changer le pansement d'une patiente. "Ce que je viens de faire va me rapporter 6,30€ bruts. 3€ nets pour le temps passé. J'ai l'exemple du fils de madame qui, lui, a un très beau chiffre d'affaires, mais il travaille non-stop une semaine complète et quand on dit une semaine complète, c'est de 6h du matin à 21h le soir, non-stop pendant sept jours."

C'est sans compter les interventions la nuit, fréquentes à la campagne ou leur retraite portée à 67 ans. Pour toutes ces raisons, les deux infirmiers manifesteront et préparent leur slogan : "se saigner pour soigner jusqu'à quand ?"

Avec Sophie Picard / FTV

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