Témoignage. À Barenton (Manche), la famille Bouquey a caché des enfants juifs durant l'occupation

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Publié le Écrit par Marc Moiroud-Musillo

À l'occasion des 80 ans du Débarquement, rencontre avec ceux qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale dans notre région. À partir de 1942, alors qu'ils fuient Paris, les enfants Wawer ont vécu cachés à dans la Manche, dans la maison de la famille Bouquey.

En 1942, Jacques Wawer et son frère Louis, âgés respectivement de 6 et 7 ans s'apprêtent à quitter Paris. Leur famille est juive, et les rafles allemandes se multiplient dans la capitale. Leur père a été arrêté le 20 août 1941. Il restera durant sept mois au camp de Drancy avant d'être envoyé à Auschwitz. Il n'en reviendra pas. Jacques conserve précieusement la dernière carte postale envoyée par son père depuis Drancy.

Début 1942, la pression s'intensifie encore sur les familles juives de France. Des femmes et des enfants sont désormais raflés à leur tour. Perla Wawer, la mère de Jacques et Louis décide, sur les conseils d'une amie de confier ses deux garçons à une institution catholique, qui emmène des enfants à la campagne. Accompagnés de deux "bonnes sœurs" comme dit Jacques, les frères prennent le train et arrivent en Normandie. Ils sont ensuite acheminés en car jusqu'à Bareton dans la Manche. Dans un premier temps, ils sont hébergés dans la ferme de la famille Pasquet. 

Notre famille d’accueil est composée d’une veuve d’environ 60 ans toujours vêtue de noir, et de sa fille Geneviève âgée de 25 ans. En fait de ferme, c’est une maison d’un étage d’aspect misérable, quelques canards et poules qui gambadent dans la cour. Au rez de chaussée, le sol est en terre-battue. Le mobilier est rudimentaire, une grande armoire normande, une table rustique en chêne avec deux bancs, et une grande cheminée au fond de la salle. Situé à 2 km du village la modernité n’a pas encore atteint notre maison, il n’y a pas d’électricité. Dans cet environnement de pauvreté, l’affection que nous porte Madame Pasquet et la gentillesse de Geneviève apaise notre peine d’être séparés de nos parents.

Jacques Wawer

La famille enfin réunie à Barenton

"Geneviève écrivait à ma mère que nous vivions au grand air, que l’on se portait bien, et une idée se mit à germer dans l’esprit de ma mère, sa seule chance de survie était de fuir Paris" se remémore Jacques Wawer.

Au début de l'année 1943, Perla Wawer et sa fille Hélène, alors âgée de trois ans rejoignent les deux garçons. La famille s'installe, un temps dans une ferme abandonnée. "Chaque nouvel arrivant dans une ville avait l’obligation de se faire inscrire à la mairie, et chaque propriétaire avant de louer sa maison, devait s’assurer que le nouveau locataire s’était conformé à cette obligation. N’ayant aucun droit pas même celui de changer de domicile, ces lois ne s’appliquaient pas aux juifs" explique Jacques Wawer. Le logement ne peut être que temporaire. Perla Wawer se met en quête d'un logement à louer et dépose une petite annonce dans la boulangerie de Barenton. Louise Bouquey répond à l'annonce et propose à la famille Wawer de s'installer à l'étage de son domicile. 

Tout un village mobilisé 

Très rapidement, les enfants Bouquey et Wawer sympathisent. "Je garde un bon souvenir de cette époque" explique Monique, l'une des plus jeunes de la fratrie Bouquey. Pour Gérard Bouquey, il est important que Jacques et Louis Wawer soient scolarisés. Il demande à leur mère d'enregistrer la famille en mairie. Celle-ci s'effondre en larme et lui apprend qu'ils sont juifs. Monsieur Bouquey se rend à la gendarmerie dont le responsable est également chef de la résistance locale. Par son intermédiaire, la famille obtient une existence légale dans la commune. Dès lors c'est tout le village qui protège les Wawer. Jacques s'en souvient avec émotion. 

On est conscient que le village de Barenton nous a sauvé. La boulangère, dont le magasin se trouvait près d'un carrefour où les Allemands faisaient souvent des contrôles, alertait immédiatement ma mère lors des contrôles. Le maire, Monsieur Guillaume nous faisait parvenir du bois de chauffage l'hiver, car il savait que l'on avait froid et que l'on n'avait pas d'argent.

Jacques Wawer

Les Bouquey reconnus Justes parmi les nations

80 ans plus tard, les enfants Bouquey et Wawer continuent à se voir régulièrement. Un lien indéfectible s'est créé entre les deux familles. En juin 1992, Monique recevait au nom de ses parents, le titre de Justes parmi les nations, décerné par l'institut Yad Washem. "C'est l'ambassadeur d'Israël qui m'a remis la médaille à l'Assemblée nationale en 1994" précise Monique Bouquey, avec une émotion certaine dans la voix. 

Découvrez plus en détail l'histoire de ces deux familles dans l'émission Ici il y a 80 ans, présentée par Anne Boétie le jeudi 23 mai à 10 heures 10.

A voir et à revoir sur la plateforme France.tv

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