Face à la montée des eaux, cette commune côtière de Seine-Maritime a choisi de déménager un camping pour installer les touristes à l'abri des inondations. Un choix drastique et révolutionnaire pour laisser la mer entrer dans les terres.

C'était le paradis de quelques habitués, un camping simple, sans piscine ni buvette, mais qui avait l’avantage de se trouver à proximité immédiate de la plage. Un atout qui est peu à peu devenu un handicap pour la commune de Quiberville-sur-Mer en Seine-Maritime.

Avec le réchauffement climatique, l’eau de la mer monte et menace le site. Les inondations à répétition ont fini par convaincre le maire de la commune : la digue en béton ne pourra pas protéger les campeurs éternellement, il faut déplacer le camping. Une solution novatrice, qui ravi les défenseurs de l’environnement, mais qui laisse les usagers historiques sans solution.

La fin d’une tradition estivale

Il y a un peu plus d’un an, en 2022, c’est une saison comme les autres qui démarre au camping de Quiberville-sur-Mer. Les journées sont rythmées par les parties de pétanques, la pêche et les soirées entre amis. Rien de bien nouveau, à part un chantier de terrassement à quelques centaines de mettre de là. Les habitués le savent, c’est loin d’être un détail. À la fin de l’été, l’établissement fermera ses portes définitivement, signant la fin d’une époque.

Ça fait cinquante ans que je viens ici, je suis d’abord venu avec mes parents et j’ai continué. Je me plais ici à côté de la mer.

Éric Raillot

Campeur

Ils sont nombreux à venir passer plusieurs mois de l’année ici dans leur caravane, des retraités qui apprécient ce camping familial aux tarifs raisonnables. Parmi eux, personne n’ignore que ce petit paradis est menacé. Avec le réchauffement climatique et la montée des eaux, les inondations sont de plus en plus fréquentes et la situation ne va pas s’arranger.

Alors quand le maire a annoncé le déménagement du camping en lieux sûr, 700 mètres plus haut dans les terres, les usagers ne s’y sont pas vraiment opposés. Leur seul souhait était de retrouver un emplacement sur le nouveau site. Malheureusement, l’histoire ne se termine pas si bien.

Une solution novatrice

Le maire de Quiberville-sur-Mer l’avoue bien volontiers : déménager le camping était loin d’être une évidence. Pendant longtemps, il a entretenu la digue en béton qui protégeait les campeurs. Mais avec la montée des eaux, lutter contre la mer n’était plus une solution envisageable. C’est pour cette raison que le déménagement a été programmé :

J’anticipe pour donner à mes successeurs un outil à l'abri des submersions marines. Il y a 30 ans, j’étais contre, mais aujourd’hui, je suis de ceux qui disent qu’il faut anticiper

Jean-François Bloc

Maire de Quiberville-sur-Mer

Le projet est colossal pour une petite municipalité comme Quiberville-sur-Mer : près de 9 millions d’euros financés à 80 % par des subventions. Le département, la région et même l’Europe ont participé financièrement au projet, car la petite ville de Normandie fait figure de précurseur et cette démarche pourrait servir d’exemple à de nombreuses collectivités.

Le recul du trait de côte concerne l’ensemble du littoral français et de nombreuses communes sont amenées à revoir leurs règles d'urbanisme, comme en Bretagne par exemple.

À Blainville-sur-Mer, dans la Manche, les collectivités cherchent aussi des solutions pour s'adapter a la monté des eaux qui transforme le littoral de la commune.

Regardez notre reportage ci dessous :

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Blainville-sur-Mer, dans la Manche, est aussi concerné par la montée des eaux : la commune est un véritable laboratoire qui cherche des solutions pour faire face aux défis de demain. ©France télévisions

Un projet résiliant qui redonne de la place à la biodiversité

Reculer dans les terres, ne pas lutter contre la mer qui monte : une solution pragmatique qui a aussi convaincu le conservatoire du littoral. Une fois débarrassée des caravanes et autres installations, le site laissera la place à un vaste espace protégé.

La mer pourra entrer dans les terres sans rencontrer de résistance, les poissons et les oiseaux pourront s’installer dans cette nouvelle zone humide.

Une dizaine d’années ont été nécessaires pour mettre ce projet sur pied et les travaux de remise a l’état naturel du site sont prévus pour 2025. Une démarche d’adaptation encore trop rare encouragée par le haut conseil au climat.

Jean-François Bloc, maire de la commune et Laurent Topin, directeur du Syndicat Mixte des Bassins Versants apportent des détails sur ce projet dans notre édition "Ici 12/13" en direct de Quiberville-sur-Mer :

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Jean-François Bloc, maire de la commune et Laurent Topin, directeur du Syndicat Mixte des Bassins Versants reviennent sur le déménagement du camping et expliquent les avantages du projet. ©France télévisions

Un camping flambant neuf 

Cette année, c’est donc un camping flambant neuf qui a ouvert ses portes dans les hauteurs de Quiberville-sur-Mer. Un complexe plus dans l’air du temps : piscine, chalets locatifs spacieux et confortables.

Après quelques semaines de fonctionnement, il reste encore quelques ajustements à faire, mais les clients semblent satisfaits.

C’est tranquille, paisible, pas de bruit, ça change des campings habituels.

Etienne Mercier

Client du camping

Effectivement, avec six hectares de terrain, la structure se démarque de la concurrence en proposant des emplacements plus vastes et des prestations haut de gamme.

L’espace, c’est un gage de qualité, nos clients ne souhaitent pas être les uns sur les autres. C’est plus cohérent avec le cadre, en pleine nature, on doit pouvoir respirer.

Camille Goulm

Gérante du camping "Domaine de la Saâne"

Pour le maire, c’est une réussite : “on tourne une page, on redessine le paysage de la commune” déclare-t-il.

Entre les chalets à louer, les emplacements pour tentes ou camping-cars, le site peut accueillir jusqu'à 600 personnes. Seule ombre au tableau : les résidents historiques de l’ancien camping n’ont finalement pas pu trouver leur place dans ce nouveau projet.

La mairie leur a accordé un ultime été dans le camping désormais fermé, mais fin septembre, ils devront plier bagage. Dans le nouveau camping exploité par un groupe privé, les naufragés du réchauffement climatique et leurs caravanes vieillissantes ne sont pas les bienvenues.

Retrouvez nos deux éditions spéciales dans nos journaux télévisés du midi et du soir du mercredi 13 septembre en replay.