Témoignage. Florian, étudiant solidaire des exilés. « Il faut se bouger ! C’est peut-être naïf de ma part, mais j’y crois ! »

Publié le Écrit par Pauline Comte

Du haut de ses 21 ans, Florian Glele est un jeune homme engagé. Il est le fondateur de l’association étudiante GESTE Caen, qui vient en aide aux personnes exilées.

Alors que l’Aide médicale d’Etat était au cœur des débats du projet de loi immigration au Parlement, Florian Glele s’est mobilisé ce mercredi 29 novembre pour manifester son opposition à cette mesure. Une marque supplémentaire de son dévouement aux autres.

À l’université de Caen, il est un étudiant comme les autres. Florian a 21 ans et il a validé sa troisième année de médecine. Mais en avril 2023, il s’est lancé dans une folle aventure avec d’autres jeunes gens de la faculté pour créer l’association GESTE, Groupe d’étudiants pour la santé de tous les exilés. Florian Glele est le co-président de cette association. Sa devise : « chaque geste compte ».

Un rôle essentiel

Florian est aux petits soins. Avec une quarantaine d’étudiants, il participe à des maraudes dans le plus grand squat de Caen, l’ancienne pouponnière.

Une fois par semaine, deux à quatre bénévoles étudiants rendent visite aux 130 personnes qui vivent sur place. Ils leur proposent des soins, des produits d’hygiène, de l’aide pour prendre des rendez-vous médicaux et surtout une oreille attentive. « Depuis quelques mois, on a établi avec les gens un lien de confiance. On discute, on échange avec eux, on joue avec les enfants. Pour moi, ces personnes sont comme des amis », confie Florian.

À la différence des associations déjà implantées sur le territoire, qui viennent en aide aux personnes sans domicile, Florian Glele tenait à s’engager dans une association étudiante. Pour lui, le fait que les bénévoles soient jeunes et étudiants en santé est un plus pour les bénéficiaires. « Ce qu’on apprend en cours, ça nous aide énormément ! On ne se prend pas pour des médecins, mais on a un œil qui nous permet de détecter certaines choses », explique Florian. Avant de préciser : « c’est notamment le cas d’une femme qui avait des hématomes sur le corps. Grâce aux cours qu’on a suivis, je savais qu’il était rare d’avoir des bleus à certains endroits. Cela nous a permis de comprendre que cette femme était frappée par son mari, qui a pu être écarté du squat ».

Il ne veut « pas d’une santé sous condition »

« Santé pour tou-te-s, avec ou sans papiers. » La banderole est tendue devant l’entrée du CHU de Caen et les pancartes sont dans toutes les mains de la soixantaine d’étudiants réunie ce mercredi 29 novembre. Parmi eux, Florian et d’autres membres de l’association GESTE, sont venus manifester leur opposition à la suppression de l’Aide médical d’Etat (AME), qui fait partie du projet de loi immigration. Après avoir été voté au Sénat, cet article a été supprimé par les députés à l’Assemblée nationale ce mercredi soir.

Un soulagement pour Florian et ses camarades, bien décidés jusqu’ici à faire entendre leur opposition à cet article. « Supprimer l’AME, c’est dramatique ! », s’insurge Florian. Il poursuit : « on a fait médecine pour aider les autres et ne pas avoir à choisir qui on doit soigner ». Pour ce professionnel de santé en devenir, « en supprimant l’AME, le serment d’Hippocrate serait remis en cause, c’est le principe même de la médecine qui serait bafoué ! ».

C’est aussi le risque de voir augmenter des épidémies qui inquiète ce médecin en herbe : « sans l’AME, de nombreuses personnes n’auraient pas la possibilité de se soigner et cela pourrait favoriser la propagation de maladies à l’échelle de toute la population. C’est grave et aberrant, d’un point de vue épidémiologique ».

Cette mesure aurait aussi de lourdes conséquences, cela pourrait « engorger les services d’urgence » et « précipiter le système de santé vers sa chute », analyse Florian, qui ne mâche pas ses mots. Quant à l’argument économique, le jeune homme n’est pas convaincu. Pour lui, « soigner des personnes, lorsque la maladie est à un stade très grave, coûterait bien plus cher à l’Etat, que de maintenir l’AME ». Cette manifestation, organisée à l’initiative de l’association GESTE, était une évidence pour ses membres. « C’est notre première mobilisation, mais nous voulions absolument soutenir et rassurer les personnes à la rue », explique Florian qui veut continuer à s’engager.

Il faut se bouger ! C’est peut-être naïf de ma part, mais j’y crois ! Et c’est encourageant de voir qu’on est de plus en plus nombreux dans l’asso.

Florian Glele, co-président de l'association GESTE Caen

Un engagement qui se fait rare ?

« S’engager, ça sert à rien ! Rien ne changera ! » Ce discours-là, Florian l’a entendu à de nombreuses reprises. Mais pour cet optimiste convaincu, pas question de baisser les bras. Même si les résultats de son engagement sont parfois minimes, il veut se battre pour « supprimer les inégalités et les injustices ». Concernant le rétablissement de l'AME, par les députés « c'est une grosse victoire ! », même si Florian est lucide. « On se doute que ce n'est pas notre mobilisation qui a joué sur la décision mais ça remotive toute l'association à se donner toujours plus, à continuer les mobilisations et surtout ça nous enlève un gros stress ! », jubile Florian.

« Il faut se bouger ! C’est peut-être naïf de ma part, mais j’y crois ! Et c’est encourageant aussi de voir qu’on est de plus en plus nombreux dans l’asso », se réjouit Florian. Alors qu’ils n’étaient que dix étudiants lors de la création de l’association, quelques mois plus tard, ils sont une quarantaine à faire partie de GESTE. En début d’année 2024, les bénévoles veulent diversifier leurs interventions, en mettant en place des maraudes mobiles pour venir en aide aux personnes qui vivent dans la rue.

« Mon engagement, c’est quelque chose de normal. Et puis, c’est tellement gratifiant d’avoir de bons retours des personnes aidées », s’émeut Florian. Avant de conclure : « récemment, une femme nous a remerciés de simplement la considérer et de la regarder vraiment comme une personne. Voilà ce qui me donne envie de continuer à aider les autres ».

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