Le wwoofing a 50 ans et il séduit de plus en plus

Le principe du wwoofing c’est offrir son aide à des agriculteurs en échange du gîte et du couvert. Partage de savoir-faire et aventure humaine en trame de fond. Partons à la rencontre de Michel, apiculteur bio en Creuse, hôte depuis plusieurs années, et de deux wwoofeuses ravies de leur expérience.

Le woofing est né en Angleterre en 1971, de l’idée d’une secrétaire londonienne qui passait ses week-ends à aider, bénévolement, des agriculteurs biologiques. Une manière pour elle de s’engager dans le développement de l’agriculture bio, tout en prenant un bon bol d’air frais. Pour proposer ses services, elle fait alors publier une petite annonce sous ce libellé : “Working Weekends on Organic Farms” (travaux de fin de semaines dans des fermes biologiques). Son idée fait florès, le wwoofing (devenu depuis "World Wide Opportunities on Organic Farms- opportunités mondiales dans les fermes biologiques) était né !

En France le wwoofing est encadré par l’association wwoof France qui a posé un cadre à la pratique. En imposant une charte tant pour les hôtes que pour les wwoofeurs.

La charte, garantit aux wwoofeurs d’être hébergés dans de bonnes conditions, de na pas être considérés comme des travailleurs corvéables à merci. Elle garantit aux hôtes de recevoir des wwoofeurs motivés, ayant envie d’apprendre et d’aider.

Les hôtes paient une cotisation de 30 euros/an à l’association, les wwoofeurs 25 euros (30 s’ils s’inscrivent à deux).

Catherine et Michel, hôtes depuis 4 ans

Catherine et Michel Blassel sont apiculteurs à Saint-Hilaire-Le-Château dans la Creuse. Très impliqué dans le mouvement, Michel est également référent wwoofing pour la Creuse.

"J’adore transmettre. Avant cela, pendant 17 ans, nous avons organisé des chantiers avec la mission locale de la Seine-Saint-Denis, dans ce cadre nous avons reçu 600 jeunes. Et puis, un jour, notre fils nous a parlé du wwoofing et nous avons décidés de nous lancer."

Pour Michel, il ne s’agit pas de trouver de la main d’œuvre gratuite, loin de là, il met l’accent sur la pédagogie et les échanges : "Ma fierté c’est de donner le goût de l’apiculture aux wwoofeurs. De leur apprendre des choses de terrain alors qu’ils ont déjà fait une formation ou de leur donner envie d’en faire une et de devenir à leur tour apiculteur."

J’ai 64 ans, nos enfants sont partis de la maison, les wwoofers apportent de la vie, on les considère un peu comme nos propres enfants.

Michel Blassel, hôte de wwoofeurs

Si l’âge minimum pour débuter le wwoofing est de 18 ans, aucune limite maximale. "En 4 ans, on a reçu des wwoofers de 18 à 65 ans," confirme Michel. 

La transmission en trame de fond

Cette fameuse transmission, c’est ce que Sabrina Depierre est venue chercher au Rucher Creusois, chez Michel et Catherine. À 41 ans elle est actuellement référente pédagogique dans une association de lutte contre l’illettrisme. Elle habite dans le Nord-Pas-de-Calais et envisage, pourquoi pas, de changer de vie en devenant, un jour, apicultrice. "J’ai beaucoup appris sur l’apiculture, mais j’ai aussi vécu une expérience humaine très enrichissante. J’ai été très bien accueillie, Michel et Catherine étaient très présents pour moi, ils m’ont fait participer à leur vie, plus encore que je ne l’imaginais."

Le wwoofing c’est la possibilité de vivre le quotidien des agriculteurs.

Sabrina, wwoofeuse

"Je trouve formidable ce principe de pouvoir découvrir des métiers, des savoir-faire, auxquels on ne peut pas avoir accès autrement," ajoute Sabrina.

À 18 ans, Agathe Ha vient de se lancer dans des études d’ingénieur agronome, elle n’a pas l’intention de devenir apicultrice, c’est le désir d’évasion et d’aventure qui l’ont poussée, l’été dernier, à passer trois semaines chez Catherine et Michel. "J’habite Mérignac et je cherchais une ferme qui ne soit pas à l’autre bout de la France, le Rucher Creusois m’a attiré parce qu’il avait de bons commentaires sur la plateforme Wwoof France. Et du début à la fin j’ai trouvé l’expérience géniale !"

"On voit souvent des vidéos d’abeilles ou de ruches mais on ne sait pas vraiment comment tout cela fonctionne, maintenant je le sais. Ce qui m’a énormément plu, c’est ce partage entre personnes qui ne viennent pas du même endroit, et qui ont des choses à nous apprendre," ajoute Agathe.

Le partage, dans les deux sens

Et ce fameux partage, cet échange de savoirs, c’est également un enrichissement pour les hôtes.

"Nous avons reçu à deux reprises un jeune wwoofeur, Etienne. Il a 25 ans, j’en ai 64 mais il m’impressionne. Il est charpentier de métier, il a vu que notre pigeonnier était en mauvais état, il a refait la charpente et il m’a montré comment faire. Il nous a aussi appris à faire la cuisine au wok parce qu’il avait travaillé dans un restaurant. Il y a tout le temps des rencontres extraordinaires," confie Michel.

Mais il y a aussi parfois de mauvaises surprises, d’un côté, comme de l’autre.

Sur le site de Wwoof France certains wwoofeurs font part d’un mauvais accueil de leurs hôtes, qui ne partageaient pas les repas avec eux par exemple, ou qui leur donnaient des tâches particulièrement ingrates, sans aucun intérêt pédagogique.

Michel fait justement parti de la « commission exclusion » au sein de l’association : "Nous devons veiller à ce que le wwoofing ne deviennent pas du travail dissimulé. C’est pourquoi, par exemple, le nombre de woofeurs reçus en même temps est limité. En tant que référent pour la Creuse, je dois aussi me déplacer dans les exploitations nouvellement inscrites."

Les mauvaises surprises peuvent également venir des woofeurs explique Michel : "Nous avons eu un jeune homme qui n’avait apparemment pas compris le principe, il ne voulait participer à aucun des travaux, il ne mettait même pas la table. Il était venu en vacances en fait."

Le wwoofing on y prend goût

Souvent, les woofeurs font plusieurs séjours dans diverses exploitations agricoles. Parfois très loin de chez eux, puisque le concept est international. Pour sécuriser les séjours, la fédération internationale des organisations wwoof chapeaute et encadre chacune des plateformes nationales. La même charte est imposée à toutes.

"Je ferai à nouveau du wwoofing, j’en ai vraiment envie. Sans doute dans une exploitation viticole parce que c’est dans ce domaine que je souhaite travailler plus tard. Mais en surfant sur la plateforme, il y tellement de choix que, je l’avoue, je pourrais me laisser tenter par tout autre chose," s’enthousiasme Agathe.

"Je réfléchis à d’autres expériences de wwoofing pour l’été prochain, soit à nouveau chez Catherine et Michel, soit chez d’autres apiculteurs, pour découvrir d’autres manières de travailler. Mais ce qui est certain c’est qu’il faut essayer, même pour les personnes timides, on est très vite mis à l’aise et je ne vois que du positif dans cette expérience," conclu Sabrina.

Et le choix est large. Pour le Limousin, une centaine d'hôtes est inscrite sur la plateforme Wwoof France. Tous les secteurs agricoles sont représentés (mairaîchage, élevage, apiculture, arboriculture, etc), mais également des projets originaux comme des lieux de transition vers l'autonomie alimentaire, etc.

La France compte 2200 hôtes et 22000 wwoofeurs inscrits sur la plateforme wwoof France. Près de 80% des wwoofeurs sont des femmes.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
agriculture bio agriculture économie agro-alimentaire apiculture