Témoignage. Tiphaine De Tienda, agricultrice en colère : "Nos productions ne sont pas achetées à leur juste prix"

durée de la vidéo : 00h01mn46s
Tiphaine De Tienda est l'une des agricultrices qui occupe le rond-point du Bourdelas à Saint-Yrieix-la-Perche. ©Carole Maillard
Publié le Écrit par Nassuf Djailani et Manon Pélissier

Au milieu du blocage du rond-point de la zone du Bourdelas à Saint-Yrieix-la-Perche, nous avons fait la rencontre de Tiphaine De Tienda, 30 ans, qui cultive du blé en agriculture biologique. Elle nous explique les raisons de sa colère et ses revendications.

À Saint-Yrieix-la-Perche, le rond-point de la zone du Bourdelas, au niveau du marché aux bestiaux, est bloqué par des agriculteurs et agricultrices depuis ce mercredi 24 janvier au matin.

Parmi eux, Tiphaine De Tienda, 30 ans, qui cultive du blé en agriculture biologique depuis cinq ans. Elle a décidé de rejoindre le mouvement de mobilisation pour défendre un juste prix pour ses produits. "Nos productions ne sont pas achetées aujourd'hui à leur juste prix, ce qui engage un revenu bien trop faible pour nous, agriculteurs, ramené à notre travail et notre temps. Nous demandons donc à mesurer et à revoir les accords de libre-échange entre les pays afin de modifier les prix d'achat sur le marché mondial", revendique-t-elle.

À lire aussi : CARTE. Blocage des agriculteurs : A20, RN145, D2000, les perturbations ce jeudi en Limousin

Le circuit court à l'épreuve de l'inflation

À quelques kilomètres du rond-point occupé, nous nous rendons dans l'atelier de Tiphaine, dans lequel elle transforme son blé en farine. Elle approvisionne une dizaine de boulangeries de la région : un circuit court pour éviter les intermédiaires. Mais l'inflation et le coût de l'énergie restent problématiques pour son activité.

"Mes factures de gasoil, qui sont très régulières, ont beaucoup augmenté. On utilise un gasoil bien particulier en agricole, du gasoil non routier (GNR), et à chaque facture, le prix unitaire varie et a tendance à augmenter, surtout sur les deux dernières années. Pour nous, il y a un très gros point de dépense, c'est la mécanisation, c'est-à-dire les pièces d'usure de nos tracteurs et outils qu'il faut changer. C'est de l'acier et on sait très bien que ce matériau a augmenté", indique l'agricultrice âgée de 30 ans.

Faire baisser les charges fixes

Devenir agricultrice, un métier passion associé à son père, céréalier et éleveur d'ovins. Il soutient également la mobilisation et revendique une baisse des charges des agriculteurs. "Quand on voit qu'il est question de retaxer le GNR, ce serait une catastrophe pour nous. Étant donné qu'on utilise environ 15 000 litres par an, ce serait un coût supplémentaire de 15 000 euros", explique Régis De Tienda.

Même si nous sommes en bio, nous sommes obligés d'acheter des graines sélectionnées chez les semenciers. L'augmentation sur les semences est de plus de 30% en un an !

Régis De Tienda

agriculteur à Saint-Yrieix-la-Perche

"Un autre exemple : en 1986, lorsque je me suis installé, j'ai vendu du maïs à 1280 francs la tonne, soit 200 euros. Il y a quinze jours, on m'en a proposé pour 163 euros, soit 20% de moins et 40 ans sont passés. Il y a quand même un problème... À l’époque, on achetait un tracteur 15 000 euros, aujourd'hui c'est 60 000 !", affirme-t-il.

Prête à se rendre à Paris pour faire entendre sa voix

Sans réponse du gouvernement, Tiphaine est prête à monter battre le pavé à Paris, en solidarité avec le mouvement de contestation des agriculteurs qui se déploie dans toute la France, mais aussi dans plusieurs pays européens, comme l'Allemagne ou la Roumanie.

Qu’avez-vous pensé de ce témoignage ?
Cela pourrait vous intéresser :