Témoignages. "C'était un troubadour, un marqueur de la région", l'hommage à Clody Musette, virtuose de l'accordéon

Publié le Écrit par Nicolas ChigotEric Muller et Cécile Gauthier

Le monde du musette est en deuil. Clody Musette, alias Jean-Claude Maligne, est décédé mardi 27 février 2024. Figure du Limousin, ce natif de Corrèze, résidant à Saint-Yrieix-la-Perche, était un virtuose de l'accordéon. Une vie de passion qui a marqué les milliers de couples qu'il a fait danser pendant 60 ans de carrière.

Cet homme, son orchestre et surtout son accordéon ont fait valser des milliers de couples dans les bals, galas et autres soirées dansantes de la région. Soixante ans de carrière et toujours le même sourire aux lèvres, Clody Musette, de son vrai nom Jean-Claude Maligne, s'en est allé, sur la pointe des pieds, à 84 ans. 

Natif de Meilhards en Corrèze, c'est à Saint-Yrieix-la-Perche qu'il s'était installé. Mais c'est à la Croisille-sur-Briance qu'il avait fêté ses soixante ans de carrière et de musique, dans la salle des fêtes qui porte d'ailleurs son nom. C'était en avril 2023. L'occasion pour nous à l'époque de le rencontrer et de se remémorer l'entretien qu'il nous avait accordé en 2020.

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Rencontre avec Clody Musette en juillet 2020 ©Charlotte Boniteau, Jean-Marie Arnal, Chrystèle Reynard

Un don pour la musique

Retour sur son parcours. À Meilhards, ses parents sont agriculteurs. C'est à l'âge de huit ans qu'il découvre son don pour la musique, grâce à un petit harmonica gagné dans une fête foraine. Il prend alors des cours de musique, tous les jeudis à Uzerche, à dix-huit kilomètres de chez lui. Pour s'y rendre, il doit pédaler. 

À quatorze ans, il part pour Paris, en apprentissage de pâtisserie, mais surtout pour pouvoir prendre des cours de musique plus intensifs. Quatre ans plus tard, de retour en Limousin, il monte son orchestre et sa carrière est lancée.

Clody Musette n'a jamais eu besoin de faire la moindre promotion. Son public parlait pour lui et d'autres artistes comme les "Trois Cafés Gourmands" le chantaient même dans leur refrain. Une référence qui l'avait beaucoup surpris et qui le rendait encore plus célèbre. Aujourd'hui, le monde du musette est en deuil.

"C'était une référence"

"C'est une lourde perte, une page de la tradition accordéonistique qui se tourne. C'était un troubadour avec une identité, une esthétique et un répertoire de valeurs. C'était un marqueur de la région, c'est tout ça qui nous a quittés hier matin". 

Sébastien Farge, accordéoniste de renom, directeur artistique pendant quatre ans des nuits de Nacre à Tulle, a bien connu Clody Musette. C'est en partie grâce à lui qu'il a pu se produire sur scène pour la première fois. 

"Je n'avais même pas le permis à l'époque, à la fin des années 80. Robert Monédière m'emmenait pour les galas d'accordéon sous le chapiteau du parc du Mas à Saint-Yrieix. Il y avait 1000 ou 1200 personnes qui dansaient. Tout de suite, il m'a invité à jouer sur scène avec lui. Il avait cette bienveillance et cette volonté de transmettre. C'était un passeur. Il était d'ailleurs professeur et chef de l'orchestre arédien à l'époque. Parmi ses élèves, il y avait celle qui est devenue ma femme. Avec Clody, nous sommes donc restés proches. Il m'est arrivé de jouer le second accordéon pour l'enregistrement de ses albums".

Ambassadeur de la maison Maugein

Sa disparition va également susciter un grand vide au sein des accordéons Maugein. C'était un formidable ambassadeur de la marque à laquelle il est resté fidèle pendant 60 ans. "Il passait nous voir souvent, il embarquait des accordéons, des affiches, des panneaux promotionnels. Il montait un petit stand dédié à Maugein sur chacune des scènes de gala où il se produisait. Chacune de ses visites était l'occasion de bien rire. Il parlait toujours de la chanson des "Trois Cafés Gourmands" et du regain de notoriété qui s'était ensuivi. Il avait reçu une avalanche de messages, des coups de fil, et sa dernière vidéo sur internet a dépassé les deux millions de vues, alors qu'il disait qu'elle était nulle" évoque Richard Brandao patron de Maugein. 

"Je le connaissais depuis 1982, il a toujours été un âpre défenseur de la marque. Pendant ses galas à Saint-Yrieix, il faisait venir des pointures de l'accordéon. Ce qui est étonnant, c'est qu'il a connu à la fois l'âge d'or des bals populaire et leur déclin, mais qu'il a su se glisser dans toutes ses époques en restant populaire. Il était authentique, drôle et spontané" se souvient Réné Lachèze, ex-patron de Maugein. 

"Ce sont des gens comme ça qui ont fait ce qu'on est. Même si nous sommes partis dans d'autres directions, son influence a été décisive. Ce n'est pas un hasard si même les trois Cafés Gourmands ont parlé de lui dans leur chanson. C'était une référence. On porte son héritage désormais. Nous allons être nombreux à lui rendre hommage lors de ses obsèques vendredi", conclut Sébastien Farge.

La cérémonie aura lieu ce vendredi 1er mars à 9 h 30 en la Collégiale de Saint-Yrieix-la-Perche.

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