Le ministre des Transports, Clément Beaune, et le PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou seront à Limoges ce vendredi 3 mars. Ils réuniront un groupe de travail sur la ligne dite POLT. Cette ligne dégradée et décriée par les usagers n’est pas la seule problématique, en termes de transports, en Limousin. Tour d'horizon...

« On sait quand on part, on ne sait jamais quand on arrive », remarque une passagère croisée dans le train Limoges-Paris de 7 heures du matin. Les rendez-vous professionnels prévus à Paris ? « Je n’en fixe jamais le jour où j’arrive (à Paris) car je ne sais jamais s’ils seront honorés. Ce n’est pas normal au prix des billets », témoigne un autre passager du même train. Ces réactions sont en substances celles des passagers de cette ligne. La ligne POLT (Paris-Orléans-Limoges-Toulouse), c’est 700 kilomètres parcourus, 14 départements traversés et deux millions de passagers transportés chaque année.

La ligne POLT : une longue histoire

Ligne commerciale la plus rapide de France dans les années 1970 avec un temps de trajets Limoges-Paris record (2 h 50 contre 3 h 20 actuellement), le POLT est aujourd’hui l’une des lignes les plus dégradées de l’hexagone, laissée de côté avec l’arrivée des TGV dans les années 1980.

Les élus locaux ont fait des tentatives pour réussir à décrocher une ligne TGV, pendant 30 ans : un projet de train pendulaire a été abandonné en 2003. En 2016, le Conseil d’État met définitivement fin au TGV entre Limoges et Paris.

En attendant, la ligne POLT vieillit. Le matériel roulant date de 1978. Les trains sont parfois encore plus vieux. L’accident de Brétigny-sur-Orge le 12 juillet 2013 cristallise cette vétusté. Le déraillement du train en gare de Brétigny faisait 7 morts, 70 blessés graves et plus de 200 autres personnes blessées ou choquées. Le 26 octobre 2022, après huit semaines d'audience, le tribunal d'Évry rendait son jugement : la SNCF, poursuivie pour homicides et blessures involontaires, est reconnue coupable et est condamnée à 300 000 euros d'amende.

Quand les entreprises s'en mêlent 

Entre vieillissement de la ligne et des infrastructures et retards à répétition, la ligne POLT est décriée. Si les usagers en sont presque désabusés, le problème a pris une envergure nationale après que le directeur général de l’entreprise Legrand, Benoit Coquart, a menacé, en janvier dernier, de délaisser son implantation limousine pour installer son centre décisionnaire à Paris, si les conditions de voyage entre Limoges et la capitale ne s’amélioraient pas. 

"C’est une ligne très importante, et c’est une ligne qui est devenue synonyme de galère et de difficulté pour des centaines et des milliers de passagers chaque année (…). C’est une ligne qui, à tous les égards, vieillit, vieillit mal et a été délaissée, avec un sentiment d’abandon", reconnait Clément Beaune.

Ainsi, le ministre des Transports rappelle qu’une enveloppe de 2 milliards est dédiée à la ligne sur 10 ans pour la réhabiliter. Avec un objectif : l’horizon 2025-2026 pour des voies rénovées et pour un nouveau matériel roulant.

Et d’ici là, Clément Beaune assure qu’une charte qualité/service, un contrat avec la SNCF sera élaborée pour que la société ferroviaire améliore son service : « Je suis persuadé qu’on peut faire des améliorations au quotidien, sur la propreté, sur l’information des voyageurs, sur des petites choses très concrètes comme les toilettes. J’ai demandé à la SNCF d’avoir une charte qualité de service, un contrat avec l’État. On le finance, pour prendre des engagements, et ce sera suivi publiquement dans un groupe de travail ouvert.»

De son côté, la CGT SNCF cadre attend de la venue du ministre des Transports des engagements précis sur la ligne POLT. « On attend qu’il prenne conscience de ce qu’il se passe dans le terrain, avec les problématiques qu’on a. On souhaite des engagements chiffrés. Une vraie prise en compte de la problématique de la ligne POLT et des dessertes fines (les petites fines) », indique Alice Raymondaud, de la CGT-Cheminots de la SNCF.

Les TER

Si la ligne POLT connaît des problématiques de retards et de vétusté, les lignes régionales sont également à la peine dans le Limousin.

Le TER Limoges-Poitiers propose un trajet en deux heures pour réaliser environ 100 km.

Depuis 2018, deux lignes sont fermées : la ligne Limoges-Angoulême, et celle de Nexon-Brive :

  • Nexon / Brive :  Pour cette dernière, des travaux ont commencé et nécessiteront, à partir de juillet 2023 et jusqu’au mois de décembre 2023, une fermeture de la liaison Nexon-Saint-Yrieix-la-Perche.
  • Limoges / Angoulême : concernant la ligne historique atlantique, elle est coupée à Saillat-sur-Vienne après Saint-Junien. La végétation pousse au milieu des rails. Contacté, la SNCF réseau indique que des études préliminaires sont en cours avec des résultats attendus dans le courant de l’année 2023 afin de définir les travaux à réaliser et une première enveloppe. L’objectif, in fine, étant de rouvrir la ligne. 

Enfin, la ligne desservant Clermont-Ferrand depuis Limoges s’arrête à Ussel et le Limoges-Lyon n’existe plus. « On subit, comme sur l’ensemble du réseau, un désengagement de l’État dans le réseau ferré », regrette Benoît Lematelot, secrétaire Syndicat Maîtrise et Cadres-CGT Cheminots de Limoges.

L’aérien

Après le ferroviaire, l’aérien. L'OSP, l'Obligation de Service Public, sur la ligne Limoges-Paris, assurée depuis 2019 par la compagnie Chalair prend fin à partir de ce vendredi 3 mars. Le dernier vol aura lieu le matin. La proposition de la compagnie aérienne a été jugée trop chère, pour des vols peu remplis.

Pour se rendre à Paris depuis le Limousin, l’aéroport de Brive propose encore des vols vers la capitale.

De son côté, Clément Beaune s’est engagé à soutenir la desserte Limoges-Lyon : "L’État va d’abord accompagner les collectivités qui font appel à une compagnie pour reprendre une ligne aérienne. L’État est prêt à continuer son soutien financier. Dès que les collectivités ont trouvé un prestataire, l’État pourra mettre un soutien financier."

Si l’aéroport de Limoges ou de Brive proposent toujours des destinations telles que Marrakech, le Royaume-Uni, le Portugal ou encore la Corse, ces dessertes sont touristiques et ne permettent pas le désenclavement du territoire.

Les routes

Du côté de la circulation routière, l’autoroute A20, gratuite, fonctionne bien et est pratique avec ses 4 voies Nord-Sud. Pratique également l’A89 de Bordeaux à Lyon, qui passe par la Corrèze.

Néanmoins, le projet d’autoroute, longtemps imaginé sur la RN 147 entre Limoges et Poitiers, est abandonné. Pour cette route très accidentogène avec 28 morts en 10 ans, l’autre option est celle d’une deux fois deux voies financée par le public. Si le ministre des Transports a confirmé que le projet d’autoroute est sur une voie de garage, il n’y a pas, pour l’heure, d’indications précises sur l’avenir de cette route.
"Des discussions sont encore en cours. Il va y avoir un investissement important dans le prochain contrat de plan État - Région qui commencera à l’été 2023 (…). Le projet autoroutier suscite énormément de doutes, énormément de questions, financières, environnementales. Je sens qu’il y a une réticence qui est forte. Ce que je ne veux pas, c’est qu’il n’y ait pas d’alternative.(…) D'ici à la fin du printemps, on aura un budget, des projets routiers, on va faire une amélioration significative, mais pas forcément sur le plan autoroutier, si vous voyez ce que je veux dire.

Le conseil départemental prévoit le 9 mars prochain, une séance plénière où la RN 147, entre autres sujets, sera abordée.

Du côté de la nationale 141 qui relie Limoges et Angoulême, les travaux durent depuis des décennies. Cet axe, l'un des axes les plus fréquentés par les Haut-Viennois, notamment au moment des vacances, sera, à terme, entièrement transformé en 2x2 voies pour plus de fluidité et pour désengorger les communes qu'elle traverse. Mais les travaux prennent encore du retard.

Ces problématiques autour de la mobilité participent à un sentiment d’enclavement du territoire du Limousin qui ne semble, pour l’heure, pas prêt de s’arranger à court, voire moyen terme.