Vienne : Pourquoi est-il si compliqué d'obtenir un rendez-vous chez le dentiste dans la région ?

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Écrit par Carla Loridan
Des soins dentaires en période de Covid
Des soins dentaires en période de Covid © PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP

Lors de leur visite au centre hospitalier d’Angoulême, Jean Castex et Olivier Véran ont déploré un "manque cruel " de chirurgiens-dentistes en France. État des lieux de la situation de ces praticiens dans la Vienne.

"Pas de prise de rendez-vous possible", "ce praticien ne prend pas de nouveaux patients". En ligne ou par téléphone, difficile d’obtenir une consultation rapide chez un dentiste dans la Vienne. Depuis 20 ans, le département souffre d’un nombre de praticiens en déclin qui impacte fortement l’offre médicale du secteur. Un "manque cruel de chirurgiens-dentistes", souligné par le Premier ministre Jean Castex et Olivier Véran, ministre de la Santé, lors de leur déplacement à Angoulême, ce jeudi 2 décembre.

Que faire en cas d’urgence ?

Manque de praticiens, difficulté de prise de rendez-vous… Quelle est donc la marche à suivre en cas d’urgence dentaire imprévue ? "Si vous appelez maintenant les 180 praticiens du département, plus de 80 % d’entre eux vous répondront qu’ils ne prennent plus de nouveaux patients. Donc, honnêtement, je ne sais pas comment vous faites", confie Christian Yéni, secrétaire général départemental de l’Ordre national des chirurgiens-dentistes.

Pour espérer être reçu sur rendez-vous chez un dentiste dans la Vienne, "il faut compter entre 2 à 5 mois d’attente, précise le secrétaire général. Mais en théorie, d’après le code de déontologie, les dentistes ne peuvent pas vous refuser s’il y a urgence." 

À l’accueil, les secrétaires sont branchés au téléphone matin et soir à flux tendu pour prendre les demandes de consultations.

une chirurgienne-dentiste de Poitiers

Cependant, face à cette situation complexe, certains praticiens se retrouvent dans l’obligation de faire des exceptions en fonction de l’importance du cas : "J’ai en moyenne 16 patients à soigner par jour et j’ai très peu de places disponibles donc il m’arrive de refuser les patients, même en cas d’urgence", explique une dentiste de Poitiers.

Mauvaise répartition géographique

Au-delà de l'accueil des patients de dernières minutes, Christian Yéni déplore également un problème au niveau du suivi des soins, souvent nécessaire à la suite d'un traitement d'urgence. "Si par chance, un praticien a accepté de vous prendre en urgence, cela ne veut pas dire qu'il aura de la place pour effectuer votre suivi sur le long terme", détaille le secrétaire général départemental.

Pour espérer une prise en charge rapide, certains patients sont renvoyés vers des villes comme Tours ou La Rochelle. C’est le cas de Yasmina Boucherit, contrainte à faire une heure de voiture pour se rendre chez son dentiste. "Plus aucun praticien ne prend de rendez-vous à Châtellerault, je suis obligée de prendre ma voiture et faire 30 minutes aller et 30 minutes retour pour pouvoir me soigner", confie-t-elle.

Une dernière option s’offre alors aux patients : les centres d’accueil d’urgence dentaire. Inexistants dans le secteur de Poitiers, "il faut donc se rabattre sur le CHU", conseille Christian Yéni. Or, comme le rappelle une dentiste de Poitiers, le service dentaire du centre hospitalier de la ville n’est pas un établissement d’urgence : "Il n’est ouvert qu’en semaine et est constitué d’un seul permanent et d’étudiants en médecine."

Manque d’attractivité dans la région  

Pour tenter de renflouer l’offre médicale d’un secteur comme la Vienne, qualifié de "fragile du point de vue de la démocratie médicale", par le premier ministre Jean Castex, ce dernier a annoncé, jeudi 2 décembre, la création d’un nouveau centre de formation à l’odontologie à Poitiers.

Une décision réjouissante mais insuffisante, selon Christian Yéni, pour lutter contre la désertification des zones rurales par les praticiens. "Les dentistes non conventionnés n’ont aucune obligation d’installation dans un territoire en particulier, alors même si certains viennent étudier dans la région, beaucoup vont privilégier des villes plus attractives en centre-ville ou au bord de la mer pour s’implanter sur le long terme", précise le secrétaire général départemental.

Même son de cloche du côté des praticiens : "La première promotion de cette nouvelle formation ne verra pas le jour avant un voire deux ans minimum, ce qui signifie des chirurgiens-dentistes sur le marché d’ici quatre à cinq ans, déclare Alexandre Wahart, président de l'Ordre national des chirurgiens-dentistes. Mais encore faudra-t-il réussir à en garder quelques-uns dans notre belle région."  

À l’inverse, face à un secteur en recherche de personnel, de plus en plus de chirurgiens-dentistes formés à l’étranger sautent sur l’occasion pour venir s’installer en France. "Sur les 200 praticiens de la Vienne, 20 % d’entre eux sont étrangers", précise Christian Yéni.

Dès 2022 déjà, un service de d’odontologie devrait ouvrir ses portes et être fonctionnel à Tours, en Indre-et-Loire. "Fera-t-il concurrence à la Vienne ou est-ce que les deux départements travailleront ensemble ? C’est ce qu’on espère avant tout pour les patients", déclare Alexandre Wahart.

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