Après sa participation aux Jeux Olympiques de Pékin, Perrine Laffont est de retour en Ariège. A la station de ski des Monts d’Olmes, où elle a sauté ses premières bosses, elle a été accueillie comme une star. Elle organisait un "Winter Camp", ce 19 février, avec de nombreuses activités à l’attention d’enfants ravis.
"Là, je vous ai donné des lunettes qui correspondent à une maladie des yeux qui existe. Il y a des personnes qui voient comme ça tous les jours au quotidien !" L’animateur du stand handiski et membre du Comité Handisport Occitanie, Alexis Salles, délivre ses premières consignes : "on va aller en haut de la piste avec la corde. Je vais me signaler pour que vous puissiez avoir un repère sonore. L’idée, c’est de compléter le manque d’informations visuelles par l’information sonore."
Les enfants descendent à tour de rôle. L’ouïe se développe. Certains dégringolent, perturbés par une vision très altérée – la faute aux lunettes. Mais à l’arrivée, l’enthousiasme est partagé. "C’était bien ! Il faut se concentrer, regarder droit. J’ai écouté les voix pour me repérer", détaille Léna, 11 ans.
Skier sans voir
Pour Quentin, 11 ans lui aussi, l’exercice est une révélation : "vu qu’avec les lunettes ce n’est pas très cool, je comprendrai maintenant que certains voient mal !" Un sens en moins et une neige peu clémente. Il y a de quoi être challengé. "La neige collait", raconte Loélie, 13 ans.
"L’idée, c’est de sensibiliser le grand public à la malvoyance", précise Alexis Salles. "Leur faire toucher du doigt, le temps d’une descente, les difficultés que les personnes malvoyantes peuvent rencontrer au quotidien. Les enfants sont déstabilisés par le manque d’informations visuelles. Mais si on se concentre sur l’information sonore, la sensation de la glisse, on peut y arriver."
La pratique existe aux Paralympiques, qui commenceront le 4 mars prochain à Pékin. "On veut leur faire se rendre compte de ce à quoi les autres peuvent se confronter. Ils peuvent être en situation de handicap, mais ils trouvent des solutions pour compenser, se débrouiller… L’empathie c’est bien, mais pas que", poursuit Alexis Salles, pragmatique.
Graines de champions
La journée s’est organisée à l’initiative de Perrine Laffont, ex-championne olympique du ski de bosse et véritable star en Ariège et au-delà. Alors les familles étaient nombreuses à s’être déplacées et les autographes, signés par dizaines. La championne de 23 ans seulement revenait en terrain connu : les Monts d’Olmes, c’est "sa" station.
Aujourd’hui, elle avait à cœur de transmettre : "ces dernières années, quand je revenais, c’était toujours autour de moi et de mon sport. Là, j’avais à cœur de développer cette journée sur la transmission, c’est pour ça que l’on a mis en place plusieurs stands où les enfants peuvent tourner gratuitement : trampoline, airbag, animation handiski … Pour leur proposer des activités qu’ils n’ont pas l’habitude de faire."
Plus tard, c’est autour des bosses que l’on retrouve l’athlète. "On va apprendre aux enfants à absorber, c’est ce que l’on fait dans les bosses", souligne Perrine Laffont. "On va leur faire développer l’équilibre… J’ai envie de leur transmettre mon amour du ski, ce que l’on m’a donné quand j’étais plus jeune. On plante les graines petit à petit, pour qu’après il y ait de futurs champions", s’amuse-t-elle.
Le handiski sans tabou
Pour Perrine Laffont, l’animation handisport était l’une des plus importantes. Elle estime que l’on n’évoque pas assez l’handiski : "ces valeurs me sont chères. J’ai envie de contribuer à mettre fin au tabou… Aujourd’hui, j’utilise ma notoriété pour proposer ça aux enfants. On aimerait toujours plus pour le parasport, à nous de faire en sorte de le développer."
En bas de la piste, en ôtant ses lunettes, Loélie avoue avoir envie de regarder les Jeux Paralympiques. Alors que l’empathie de Chloé, 16 ans, se développe : "on se met à la place des gens en situation de handicap. Dans les lunettes, je vois des motifs noirs, comme des points noirs partout, j’ai une sensation de gêne dans l’œil…"
Une réussite, donc. Perrine Laffont pose pour quelques photos tandis que se clôture un Winter Camp dont les enfants devraient se souvenir. Et promet de tenter elle-même de skier "sans les yeux". Dans une station qu’elle connaît désormais par cœur.