TEMOIGNAGE. En plein Covid, un restaurateur de l'Ariège ouvre son restaurant afin de défendre sa "liberté à tout prix"

Le restaurant "La Tomate du jardin", tenu par Ilona Rutgers et Lionel Sévènes, à Daumazan-sur-Arize (Ariège) est exceptionnellement ouvert lundi 1er février. Les deux restaurateurs bravent les interdits pour exprimer leur colère contre les fermetures imposées et appellent à la mobilisation.

Les restaurateurs de "La Tomate du jardin" en Ariège bravent les interdits et ouvrent exceptionnellement leur établissement au public aujourd'hui.
Les restaurateurs de "La Tomate du jardin" en Ariège bravent les interdits et ouvrent exceptionnellement leur établissement au public aujourd'hui.

Ilona Rutgers et Lionel Sévènes ont décidé ce lundi 1er février de braver les interdits et d’ouvrir exceptionnellement leur restaurant, "La tomate du jardin", à Daumazan-sur-Arize en Ariège. Une opération pour manifester leur colère contre les fermetures imposées mais aussi pour dénoncer la politique du gouvernement face à l’épidémie de coronavirus.

Lionel Sévènes, gérant du restaurant "La tomate du jardin"
Lionel Sévènes, gérant du restaurant "La tomate du jardin" © FTV

Les déclarations ce matin du ministre de l’économie, Bruno Le Maire, sur la possibilité de suspendre les fonds de solidarité  aux restaurateurs qui ne respectent pas les fermetures imposées, n’ont pas fait reculer le couple. Bien au contraire, explique très remonté, Lionel Sévènes :

S'il croit qu' avec cette arme là il va faire taire les gens! Moi ça ne va pas m’arrêter bien au contraire, cela crée l’effet inverse. Je ne considère pas que ma liberté ait un prix.

Le couple de restaurateur va servir exceptionnellement aujourd'hui une vingtaine de convives pour montrer qu’il est possible de maintenir une activité tout en respectant les distanciations sociales. Ils invitent aussi des élus, producteurs locaux, vignerons et habitants à débattre de la situation, à l’extérieur du restaurant qui donne sur la place de l’église.

"Ma liberté à tout prix"

L’idée, raconte Lionel Sévènes, "est venue du principe de défendre notre liberté à tout prix. Une liberté au sens large du terme, la liberté de tous les français".

Il faudra m’expliquer pourquoi les restaurants de l’Assemblée nationale ou celui de l’hôtel Matignon sont ouverts et pas moi, c’est inadmissible. Nous allons aujourd’hui servir une vingtaine de personnes en respectant les gestes barrières et après nous allons débattre sur le trottoir du restaurant. Chacun prendra la parole pour exprimer son ras le bol sur les décisions prises par des personnes que l’on a élu. Les élus sont invités, il y aura le député de l’Ariège. J’espère que cette opération va résonner et dépasser les frontières de l’Ariège.

Situation financière  très critique des restaurateurs

Les restaurateurs sont en difficultés mais on ne parle pas non plus des bars des discothèques, analyse Lionel Sévènes, "on nous empêche de travailler. De nombreuses faillites sont à venir, le gouvernement tue les spécificités de chaque région, les traditions, leur politique c’est de tout mettre dans la grande machine à laver".

Sans parler des jeunes en école hôtelière, des gens en apprentissage, on sape leur moral et leur avenir. Le gouvernement dit que nous sommes des pourvoyeurs d’emplois, avec ces fermetures les jeunes qui sont peut-être désireux de rentrer dans le métier ne viendront pas.

 Les grands gagnants ce sont les McDo et les KFC, ce sont les grands gagnants du click and collect", ils ont un taux d’imposition en France de 1% et nous de 29%, c’est ça la réalité.

"Des restaurateurs sous perfusion, il faut arrêter la casse"

Ilona Rutgers et Lionel Sévènes ont ouvert leur restaurant gastronomique en 2011 à Daumazan-sur-Arize en Ariège. "Si je n’avais pas eu les aides gouvernementales je serais dans le négatif et donc peut-être plus là pour vous parler, il y a longtemps que j’aurai coulé", rajoute Lionel Sévènes. "On avait de la trésorerie d’avance on a touché les aides 2X10 000 euros le 26 janvier mais pour d’autres restaurateurs qui attendent dans l’angoisse ces aides, il y a de réels risque de faillites".

Le restaurateur Ariégeois dénonce la gestion gouvernementale qui met la profession "sous perfusion, mais jusqu’à quand?".

On achète la liberté des gens avec 10 000 euros ? Ils tombent du ciel au moment T mais demain qui va payer les conséquences de la politique de la planche à billet? On va nous augmenter la fiscalité après la crise à l’évidence, voilà ce qui nous attend. Il faut arrêter la casse.

Lionel Sévènes évoque le spectre de la faillite du pays à l’image de la Grèce, "ils ont vendu les bijoux de familles, est-ce que l’on veut voir notre pays se disloquer à ce point ?"

Appel à la mobilisation des grands noms de la profession

Le restaurateur souhaite avoir un réel écho avec cette mobilisation mais avoue attendre de l’aide de la part des grands noms de la profession. Il demande par conséquent aux têtes d’affiches, restaurateurs comme vignerons, de le rejoindre.

Les Bras, Roellinger, les vignerons émérites comme Nicolas Joly, je pense à des gens comme ça, plus on sera nombreux plus on aura du poids pour sensibiliser l’opinion. Ce n'est pas moi tout seul au fond de l’Ariège qui va faire la différence, il faut que les gens montent au créneau et peut-être on arrivera à quelque chose. C'est l'affaire de tous pas que des restaurateurs.

Le maire de la commune, Jean Leclerc, qui a rencontré les deux restaurateurs est partagé sur cette mobilisation.

Je trouve ce mouvement très sympathique mais je suis partagée sur la question. Je comprends leur inquiétude et leurs arguments, dans les petits restaurants la distanciation sociale est davantage respectée que dans les centres commerciaux où il y a beaucoup de monde, il est vrai que l’on pourrait faire un effort pour ces restaurants mais en même temps il faut respecter les mesures gouvernementales.

Mais je peux comprendre leur mobilisation, "le restaurant est un atout pour la commune, ils font travailler de nombreux producteurs locaux en bio, ils ont une bonne réputation et font venir du monde dans la commune".

 

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