Témoignage. "Malgré mon âge, je ne tremble pas encore pour les tenir" : Roger, coiffeur de 90 ans, a toujours ses ciseaux à la main

Publié le Écrit par AFP et Apolline Riou

À 90 ans, Roger Amilhastre est coiffeur. Depuis 1947, il n'a jamais abandonné son peigne et ses ciseaux. À Saint-Girons, en Ariège, il continue de travailler, dans le salon ouvert par son père, et demeure un témoin des décennies passées.

Roger Amilhastre a 90 ans, et toujours ses ciseaux à la main. "Malgré mon âge, je ne tremble pas encore pour les tenir", plaisante-t-il. Ce coiffeur de Saint-Girons (Ariège), n'a jamais pris sa retraite. Par passion, mais surtout par nécessité. Lorsqu'il a eu 60 ans, sa femme, Thérèse, est tombée malade. "Il a fallu payer la maison de retraite à 2.000 euros par mois", explique-t-il. 

Après le décès de son épouse au mois de janvier, il a continué à exercer pour s'occuper et fuir la nostalgie. "Quand je me lève, je ne fais pas la gueule", confie-t-il. Porté par "l'amour du métier" qu'il peine à expliquer tant il la ressent "dans tout son corps", Roger Amilhastre manie ciseaux et rasoir du mardi au samedi, debout toute la journée en dépit de son arthrose.

 

Un âge "exceptionnel" pour exercer

 

"On a quelques coiffeurs qui continuent jusqu'à un certain âge, mais 90 ans, c'est exceptionnel", assure Christophe Doré, président de l'Union nationale des entreprises de coiffure. Il ajoute : "Je ne sais pas s'il est le coiffeur le plus âgé de France, mais si ce n'est pas le cas, il ne doit pas en être loin." 

La réglementation ne prévoit pas d'âge limite d'activité pour les non-salariés, comme les artisans et commerçants. L'Occitanie compte 1,65% des personnes de 70 ans ou plus encore en activité, dont 190 à 79 ans, selon l'Insee. 

Un siècle de coiffure

Roger Amilhastre appartient donc à cette infime minorité de personnes âgées encore en activité. Il est surnommé Achille, du prénom de son père, qui a ouvert le salon en 1932 et lui a appris le métier. La devanture indique toujours "Chez Achille". Le nonagénaire raconte : "Pendant la guerre, la police allemande était venue chercher mon père pour coiffer un capitaine qui s'était cassé une jambe. On avait peur, parce qu'on disait que tous ceux qui montaient à Beauregard (maison bourgeoise où s'était installée la douane allemande) ne redescendaient jamais à Saint-Girons. Heureusement, il est redescendu."

De la gomina aux coupes au bol, le coiffeur a vu les tendances défiler jusqu'aux années 1980, début selon lui du "marasme commercial" de la ville. Les usines à papier, principaux employeurs dans cette zone au pied des Pyrénées, ferment, les grandes surfaces remplacent les petits commerces. "Les gens partaient chercher du travail ailleurs, on a dû s'accrocher et travailler plus tard dans la soirée", raconte Roger.

Pilier du village

Le coiffeur évoque également l'épidémie du Sida : "Les gens avaient peur, ils ne se faisaient plus raser et quand on le faisait, on craignait toujours une coupure, que quelqu'un saigne un peu et de transmettre le virus au client suivant".

Roger Amilhastre a vu les commerces du village passer entre les mains de plusieurs générations. Louis Surre, 67 ans a repris le bistrot de ses parents. C'est ici que le coiffeur lui a appris à jouer au billard lorsqu'il était petit. De cette époque, il garde le souvenir du siège rehausseur pour les enfants "et de l'eau de Cologne après la tondeuse".

Dans le salon de coiffure, où les fauteuils en fonte sont les mêmes depuis la première coupe effectuée par Roger en 1947, certains habitants passent régulièrement, pour lire le journal et bavarder. "Vu ce qu'il me reste, je ne viens plus que par amitié", plaisante Jean Laffitte, 84 ans, au crâne presque chauve.

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