Vrai ou faux : un transfert d'ours a-t-il été réalisé dans la clandestinité entre la France et la Suisse ?

Le transfert dans un parc suisse de l'ourse arrivée l'an dernier dans un refuge d'Eure-et-Loir inquiète les élus ariégeois. S'ils se réjouissent qu'elle ne soit pas relâchée dans les Pyrénées, ils soupçonnent une "exfiltration organisée par l'État". Explications.

Elle n'est restée sur le territoire français qu'une année seulement, mais son arrivée et son départ auront fait polémique. L'ourse en provenance de Lettonie, accueillie au printemps 2023 par le zoo-refuge La Tanière (Eure-et-Loir), a été transférée cette semaine dans le parc animalier suisse Juraparc. Et ce transfert a fait l'objet d'un communiqué de presse jeudi 18 avril, rédigé par la présidente du Département de l'Ariège, Christine Téqui, le président de la Chambre d'agriculture de l'Ariège, Phillippe Lacube, et Alain Servat, président de la Fédération pastorale de l'Ariège.

Des soupçons sur l'implication de l'État dans l'affaire

Si tous trois se réjouissent de ce départ, ils soupçonnent une exfiltration organisée par l'État. "Des frontières passées avec beaucoup de complicité, nous ne pouvons pas en douter. Car qui pourrait décider de faire entrer et sortir une espèce protégée, si ce n'est l'État ?", peut-on lire dans le communiqué. 

À travers ce document, les signataires entendent dénoncer "un double discours" de la part de l'État, comme l'explique Alain Servat. "D'un côté, on nous dit que ce n'est pas possible de faire transiter les ours entre les pays, d'un autre, on voit qu'il y a eu ce transfert vers la Suisse", grince-t-il.

"Une tempête dans un verre d'eau"

Pourtant, Alain Reynes, directeur de l'association de défense des ours, Pays de l'Ours-Adet, l'assure, cette opération est "organisée par des structures privées." "C'est un simple transfert d'un parc animalier à un autre, comme il s'en fait des milliers d'autres pour plein d'animaux." Aucune intervention de l'État dans l'histoire selon lui, hormis pour "les autorisations nécessaires" dans ces situations, l'ours étant une espèce protégée. "C'est une tempête dans un verre d'eau", soupire-t-il.

Le plantigrade, orphelin, a été trouvé en Lettonie l'an dernier et recueilli par la Tanière, qui pouvait le prendre en charge. Élevée dans le but d'être, à terme, relâchée dans la nature, la femelle a été envoyée "dans un parc animalier où il y a davantage d'espace."  L'ourse est d'ailleurs partie avec un autre de ses congénères, un ours mâle des Pyrénées.

La crainte de sa relâche dans les Pyrénées

À son arrivée, les élus ariégeois s'étaient justement inquiétés qu'elle soit relâchée dans le département. Pourtant, "il n'en a jamais été question", insiste Alain Reynes, qui rappelle que réintroduire de tels spécimens dans la nature n'est possible qu'après de longues procédures administratives. "Certains y ont pensé, certes, mais ce sont surtout les opposants. L'État n'a jamais sérieusement envisagé de la réintroduire dans les Pyrénées." 

L'Office français de la biodiversité confirme qu'il n'a jamais été question de relâcher Tanie dans les Pyrénées. Et ce, pour "différentes raisons : administratives, biologiques et sanitaires".

L'exemple du Trentin italien

Pour Alain Servat, président de la Fédération pastorale de l'Ariège, réintroduction ou pas, "l'important est qu'elle ne vienne pas en France". Et il demande à ce que la France prenne exemple sur le Trentin italien, où une loi permettant d'abattre jusqu'à huit ours par an a récemment été adoptée.

"Alors ce qui est possible en Italie, membre de l'Europe, l'est sans aucun doute en France : la solution est désormais trouvée, c'est une bonne nouvelle pour l'Ariège. C'est une grande chance pour le Couserans qui souffre plus que tous !", est-il écrit dans le communiqué des opposants. "Il y a un manque de courage de la part de l'État pour prendre les mesures nécessaires", fustige Alain Servat. 

En avril 2023, un joggeur italien avait été tué par un ours lors d'une sortie en forêt. Une attaque qui avait ravivé les tensions sur le sujet en Ariège, où une trentaine d'ours slovènes ont été réintroduits dans les années 90.