Au procès Merah, l’avocat d’Abdelkader Merah fait passer un sale quart d’heure au juge d’instruction

© Maître Dupond-Moretti / © Eric Feferberg / AFP
© Maître Dupond-Moretti / © Eric Feferberg / AFP

Eric Dupond-Moretti avait fait citer le juge Teissier ce mercredi après-midi devant la Cour d’assises qui juge les complices présumés de Mohamed Merah. Il a insisté sur des carences et même des erreurs de l’instruction qui ont mis mal à l’aise le magistrat.

Par Fabrice Valery

Cité par la défense, le juge Christophe Teissier, doyen des trois magistrats instructeurs qui ont enquêté sur l’affaire Merah, a fait une longue présentation, sans notes, de son travail et de l’enquête.

Mais quelques minutes plus tard, il a perdu son aisance oratoire et son assurance face aux questions de Maître Eric Dupond-Moretti, l’avocat de d’Abdelkader Merah.

Une erreur concernant le blouson porté par Merah le 19 mars

Et l’un des éléments les plus frappants servis par l’avocat concerne le blouson de moto, acheté par Abdelkader Merah pour son frère Mohamed, le 6 mars jour du vol du scooter. Un blouson, constitutif d’un des rares éléments à charge contre Abdelkader Merah dans la complicité de tous les assassinats terroristes.

Or, selon l’avocat Dupond-Moretti, Mohamed Merah ne portait pas ce blouson lors de l’attaque de l’école juive le 19 mars. En d’autres termes, si le blouson n’est pas porté ce jour-là, c’est un élément à charge contre Abdelkader Merah qui tombe.

- Monsieur le juge, demande Eric Dupond-Moretti, le blouson a bien été porté lors de tous les assassinats ?
- Me semble-t-il, répond Christophe Teissier.
- Vous semble-t-il ? Et bien non, c’est un blouson d’une autre marque qui était porté ce jour tragique où des enfants ont été tués. Et vous ne l’avez même pas vu ! Vous n’avez pas été capable de voir que ce n’est pas le bon blouson qui a servi à tuer les enfants”


Le silence du juge est alors éloquent.

Un groupe "proche d'Al Qaida"... dont on ne connaît pas les membres

Eric Dupond-Moretti lui demande aussi quels sont les membres du groupe “proche d’Al Qaida” auquel selon l’instruction appartenait Abdelkader Merah. Le juge hésite, bafouille. “Et bien, il y a déjà les deux frères”, finit-il par répondre.
“Et Corel (NDLR : Olivier Corel, dit "l'émir blanc d'Artigat"), il fait partie de l’association de malfaiteurs ?” Réponse gênée du juge d’instruction : “Je ne le vois pas dans box”.

- Mais il y a une proximité entre les deux frères et quand ils se voyaient ils parlaient de religion, reprend le magistrat qui finit par se rebiffer.
- Qu’est-ce que vous en savez ? rebondit l’avocat
- C’est Abdelkader Merah qui l’indique.
- Qui dit qu'il lui donnait des conseils pour faire des attentats ?
- Euh… Ils parlaient de religion.

Pas de fichiers transmis par Abdelkader à Mohamed Merah

Et le calvaire du magistrat se poursuit.

- Y-a-t-il des préconisations pour commettre des attentats transmises par Abdelkader à Mohamed ?
- Et bien il y a les fichiers dans l’ipod et les disques durs retrouvés chez Abdelkader Merah.
- Avez-vous des indices objectifs qui prouvent qu’ils les lui a transmis ?
- (silence)
- Avez-vous trouvé des choses transmises par Abdelkader Merah sur l’informatique de Mohamed Merah que vous avez fait expertiser ?
- Non”


Depuis le début de ce procès, il a souvent été question de la fragilité des preuves tant matérielles qu’idéologiques contre le principal accusé, Abdelkader Merah.

A trois jours de sa plaidoirie, son avocat a marqué quelques points. Et en face, ce n’était pas n’importe quel témoin.

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