Aveyron : des vautours ont-ils attaqué des veaux sur l'Aubrac ?

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Huit élevages auraient été attaqués par des vautours sur l'Aubrac, dans le secteur de Laguiole en Aveyron. Les agriculteurs parlent même de chasses. Est ce possible ? Y-a-t-il eu des prédations d'animaux vivants par des charognards ?   

Marie-Claude Bras est formelle, cette éleveuse a bien vu ses vaches affolées, et une centaine de vautours dévorant un veau mort et tentant de s'approcher d'un autre vivant. "Je sais que les vautours sont des charognards, et qu’ils peuvent s’en prendre aux animaux faibles. Mais nous surveillons nos bêtes, les faibles on les soigne. Les rapaces sont nombreux, ils ont faim, un veau mort ce n’est pas suffisant".

Ce qui selon elle ressemble à une attaque remonte à la semaine dernière, à quelques kilomètres de Laguiole. Elle dénonce des rapaces en surnombre. " Ce qui m'énerve, c'est que l'on remet une espèce dans la nature et que l'on ne réfléchit pas aux conséquences de son développement". 

Une espèce très bien adaptée à son territoire

C'est vrai, les premiers couples de vautours fauves introduits entre Lozère et Aveyron dans les années 1980 se sont très bien adaptés à leur environnement. L'espèce est prospère, 5% d’individus en plus par an. Aujourd'hui, ce sont 400 couples qui nichent dans les gorges de la Jonte, de l'Aveyron et de la Dourbie. Des oiseaux qui étendent leurs territoires pour trouver les carcasses et les cadavres d'animaux dont ils se repaissent quotidiennement. 
Pour Léa Giraud de la LPO des Grands Causses : "il y a suffisamment de cadavres pour qu’ils puissent se nourrir et ils vont très loin pour les trouver, jusqu’à 100 km ". 

Des comportements atypiques ?

A Laguiole, les éleveurs se sont habitués au fil des ans à voir tourner les rapaces sur le plateau, mais ils observent et dénoncent des comportements atypiques, comme des attaques ou mêmes des chasses selon cet autre agriculteur. Régis Chardaire dit avoir vu les vautours poursuivent un veau jusqu’à épuisement. Il a fait venir les gendarmes pour constater des faits de prédation.

Léa Giraud explique que c’est impossible. "Un vautour peut s’en prendre à un animal mourant, affaibli, mais pas à une bête en pleine santé, même affamé. Il est attiré par un placenta, du sang, la putréfaction et il est strictement nécrophage".

Les vautours repèrent également grâce à leur vue perçante l’attitude de leurs congénères ou d’autres charognards, indiquant la présence de cadavres. Ces rapaces ne sont pas équipés pour la prédation. Ils sont incapables d’attraper un animal avec leurs serres et leurs becs ne leur permettent pas de percer ou trancher ou  la peau d’une proie. Ils peuvent simplement entamer les tissus mous (viscères ou muqueuses).

Des études ont également permis d’expliquer des comportements observés chez les vautours dans les Pyrénées notamment. Les éleveurs, inquiets, demandent une réunion. La LPO des grands Causses est prête à se joindre à eux pour échanger et travailler à la mise en œuvre d’une cohabitation apaisée.