Disparition d’Amandine Estrabaud : pour l’avocate de Guerric Jehanno, "il fallait un coupable, il y a eu celui-là"

Deuxième jour du procès en appel de Guerric Jehanno à la cour d’assises de Toulouse. Depuis hier, l’ancien maçon de 33 ans, mis en examen en 2015 et condamné l’année dernière à 30 ans de réclusion criminelle, clame son innocence. Avec plus de vigueur...

"J'ai fait appel parce que je suis innocent, non coupable. Ça fait cinq ans et demi que je suis en prison, maintenant il faut que ça s’arrête", s’est exclamé hier Guerric Jehanno. Au premier jour de son procès en appel, l’homme campait sur ses positions et semblait, enfin, s’affirmer : "Je ne sais pas où elle est. Sinon, je l’aurais dit. Pour baisser ma peine au moins", a-t-il rétorqué au frère d’Amandine, Rémi, qui tentait de lui arracher des aveux.

Le schéma, fait en 2016 devant quatre de ses codétenus et où il dessine un plan de l’endroit où il aurait enterré Amandine Estrabaud, près de Roquecourbe (Tarn) ? Guerric Jehanno aurait tout simplement raconté "n’importe quoi" aux gendarmes, dit-il, car alors en garde à vue, il s’était senti "déprimé".

"L’instruction a été faite à charge uniquement"

Pour l’une des avocates de Guerric Jehanno, Me Marie-Hélène Pibouleau, l’instruction a largement bâclé l’affaire. "Il fallait absolument que l’on trouve un coupable. Il y a eu celui-là, et c’est tout. Ça arrangeait tout le monde", souligne-t-elle. "L’instruction a été faite à charge uniquement, son seul but a été d’essayer de faire en sorte qu’à un moment ou à un autre, Guerric Jehanno avoue…"

"En fait, depuis le 8 avril 2016 – date de son incarcération, l’accusation repose sur très peu de choses", relève encore l’avocate. Même la mise en cause de quatre codétenus à qui il aurait fait des confidences ne tiendrait pas : "On réalise qu’aucun d’entre eux ne donne la même version de ce que Guerric Jehanno lui aurait dit", martèle Me Pibouleau.

Quant au principal témoin – une voisine qui dit avoir vu un homme de la corpulence de Guerric Jehanno, vêtu d’un pantalon de chantier, raccompagner Amandine Estrabaud chez elle – elle aurait donné "des éléments qui ne correspondent pas."

Réinterrogée hier, elle s’est agacée de son interrogatoire et semble mettre en doute ses souvenirs. Difficile, à distance, de différencier une fourgonnette Renault d’une Citroën, de reconnaître un motif tatoué autour du biceps ou de repérer l’emplacement précis des bandes oranges sur le pantalon de chantier de l’homme qu’elle a aperçu…

"Il n’a jamais été bagarreur"

L’instruction "voulait faire de Jehanno un personnage agressif", estime Me Pibouleau. L’avocate brosse le portrait d’un personnage fragile, mais dénué de toute forme de violence. "Lorsqu’il est sous l’emprise de l’alcool – que le week-end – il peut être un peu emporté, c’est ça sa violence. Tous ceux qui le connaissent affirment qu’il n’a jamais été bagarreur, personne ne l’a jamais vu se battre."

"Il a perdu son père, son frère, et ne s’en est jamais remis. En 2014, il subit coup sur coup un licenciement économique et une rupture sentimentale. Ce garçon a perdu pied complètement…" Au moment de sa première garde à vue, Jehanno est déjà sous anxiolytiques.

"Les experts estiment que l’intelligence de Guerric est moyenne à faible", dépeint encore Me Pibouleau. "Il a eu d’énormes difficultés dans son enfance, son adolescence, une scolarité laborieuse, faite de rendez-vous chez un pédopsychiatre… On a affaire à ce personnage-là, il est très difficile d’obtenir de lui des réponses claires et précises, il a même parfois du mal à comprendre les questions qu’on lui pose."

Changement de stratégie

Une des raisons pour lesquelles il n’avait jusque-là jamais fait de demande de remise en liberté ? Devant la cour d’assises du Tarn à Albi, où il avait été condamné à trente ans de réclusion criminelle pour le meurtre et le viol de la jeune femme de 29 ans, l’accusé avait à peine cherché à défendre sa cause, étayant la théorie de sa culpabilité.

Mais dès le début du procès en appel, il était plus catégorique : "je n’ai pas tué Amandine. Je ne pouvais pas être à deux endroits en même temps. Je n’ai jamais dit que j’avais le béguin pour elle comme c’est écrit. Je ne savais pas ce que ça voulait dire, le béguin. C’est les gendarmes qui ont utilisé ce mot. J’ai dit, si vous voulez…"

"Jehanno, ce n’est pas lui le coupable, donc il n’a jamais cru qu’il allait être condamné", déclare Me Pibouleau. "Il commence enfin à comprendre qu’effectivement, il faut que lui aussi se défende…"

La famille d’Amandine Estrabaud et leur avocat, Me Guy Debuisson, restent eux toujours convaincus de la culpabilité de Guerric, même si le corps de la jeune femme n’a jamais été retrouvé. Le réquisitoire et le verdict sont attendus ce vendredi 19 novembre, au terme de cinq jours de procès. Guerric Jehanno encourt la détention à perpétuité.

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