Elections régionales : la santé et le Covid, au cœur des programmes

Distribution de matériel, soutien aux hôpitaux et à la création de vaccinodromes… La Présidente du Conseil Régional sortante est sur tous les fronts en ces temps de pandémie. Ses adversaires ont aussi leurs idées en la matière. Mais la santé est-elle véritablement une compétence régionale ?

Carole Delga, présidente de région sortante (PS) visite le vaccinodrome de Toulouse le 27 mars dernier
Carole Delga, présidente de région sortante (PS) visite le vaccinodrome de Toulouse le 27 mars dernier © Rémy Gabalda MaxPPP

Le soutien à un vaccibus, l’embauche programmée de 200 médecins, la création de places dans les écoles d’infirmières…. Les annonces de Carole Delga en matière de santé se multiplient ces derniers jours, que ce soit en lien direct avec la crise sanitaire, ou à plus long terme.

On a souffert d’une trop grande centralisation dans la crise du Covid 

Vincent Bounes, chef du SAMU 31, numéro 2 de la liste Delga

"On a souffert d’une trop grande centralisation dans la crise du Covid", assure Vincent Bounes. Le chef du SAMU 31 est désormais le n°2 sur la liste de Carole Delga où il sera bien évidemment en charge de la santé. "Il faut que nous ayons une cohérence territoriale en matière d’offre de santé, notamment sur la mise en réseau des hôpitaux et les liens villes-campagnes. La région doit aussi servir à ça", explique-t-il.

Prendre la main sur les Agences Régionales de Santé 

Chez les partisans d’Antoine Maurice (EELV), on va plus loin. "Comme de nombreux médecins, nous sommes pour un principe de subsidiarité et de fédéralisme régional. Nous souhaitons que les Agences Régionales de Santé soient désormais pilotées par les Régions sauf pour quelques grandes lignes qui resteraient à la main de l’Etat", développe Olivier Fernandez, en charge de la santé pour la liste d'Antoine Maurice.

"Ce type de prérogatives, les Régions doivent aussi les avoir pour l'Education par exemple s'il manque un poste d'enseignant pour maintenir une école" affirme même Vincent Terrail-Novès. Pour le candidat LREM, "il en va de l'équilibre des territoires".

Commander des vaccins au nom de la Région, le Rassemblement National est pour. "Vu comme l’Etat est défaillant sur la question, nous le ferions aussi si nous étions aux manettes",  assène le directeur de campagne de Jean-Paul Garraud. "En revanche pour ce qui est des annonces de Carole Delga, on voit peu de résultats", commente Gabriel Robin.

"Attention à la démagogie", va jusqu’à prévenir Aurélien Pradié. Pour le candidat tête de liste Les Républicains, la Région devrait déjà s’occuper de ses compétences réelles en matière de santé comme la prévention jeunesse dans les lycées. "Ce qu’elle ne fait pas", selon lui.

Autre compétence santé indirecte sur laquelle la Région a directement la main pour les écologistes : la qualité de l’air. "Là aussi, il y a plus à faire, comme multiplier les capteurs de l’Atmo (observatoire régional de l’air) pour affiner ses données",  relève Olivier Fernandez. Le juriste en droit public de la santé verrait bien des aides à l’agriculture conditionnées aux produits utilisés. "L’agriculture c’est 30% de la pollution de l’air à Toulouse",  met en avant le colistier d’Antoine Maurice (EELV).

La santé compétence de la région ou pas ?

Mais la santé est-elle une compétence de la Région ? Pour Myriam Martin, la réponse est clairement " non". 

"La proposition de Carole Delga en la matière est dangereuse", prévient la co-tête de liste La France Insoumise. "Le problème de l’offre de santé, ce n’est pas une question de centralisation, mais de choix de politique. Depuis 2000, les gouvernements successifs, y compris sous Hollande, ont réduit les moyens des hôpitaux".

Il ne faut pas mettre les régions en concurrence 

Myriam Martin, co-tête de liste La France Insoumise

"Il ne faut pas mettre les régions en concurrence", alerte encore la conseillère régionale sortante. "Annoncer plus de places dans les centres de formation du médico-social chez nous signifie qu’il y en aura moins ailleurs. C’est au niveau national qu’il faut que le nombre de soignants soit revu à la hausse face au vieillissement de la population".

Dans le viseur de Myriam Martin notamment, la proposition de Carole Delga et de son équipe d’embaucher 200 médecins. Embauche qui relève selon LFI de politiques publiques et non locales. "Prétendre recruter 200 médecins, c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire", s’exclame Aurélien Pradié, dénonçant encore de la démagogie.

"Même les structures hospitalières les plus attractives n’y parviendraient pas ! En plus je ne sais même pas si c’est juridiquement possible",  argumente le secrétaire général des Républicains. "La loi Notre de 2015 le permet. Mais pourquoi faire derrière ?",  s’interroge Olivier Fernandez.

"Il faut que ce soit attrayant financièrement pour les nouveaux médecins mais aussi pour leurs conjoints d'où l'importance de développer ces territoires aussi sur le plan économique et des équipements" complète Vincent-Terrail-Novès. Et le maire de Balma de rajouter qu'il est important que ce soit la Région qui prenne ces compétences de recrutement "sinon ce sont les communautés de communes qui s'en empareraient et cela créérait parfois une compétition aux salaires entre elles sur un même territoire".

Salarier les médecins

"Ce n’est pas nous directement qui allons embaucher ces médecins mais une structure spécifique et nous travaillerons en lien avec l’Agence Régionale de Santé", précise Vincent Bounes. "Nous allons salarier des médecins et leur proposer un pack global, notamment les installer dans des maisons pluridisciplinaires. Ils seront plusieurs, ce qui leur permettra entre autres d’être remplacés quand ils souhaitent prendre des vacances",  argumente le chef du SAMU 31.

Mais est-ce que cela suffira à convaincre les nouveaux diplômés de s’installer dans les déserts médicaux ? "Nous irons les chercher "tous petits "à la fac et ils feront des stages chez des médecins de campagne. Logements et trajets seront financés", détaille Vincent Bounes.

Maintenir les hôpitaux de proximité

Des centres de santé avec des médecins salariés, c’est aussi au programme de La France Insoumise en Occitanie. "Mais l’autre chantier majeur, c’est de se battre pour le maintien des hôpitaux de proximité et de leurs moyens. Et là je n’ai pas vu d’élus régionaux lors des manifestations de soutien", relève Myriam Martin pour qui l’Occitanie est "une des régions de France où il y a le plus de déserts médicaux".

Pour aider ces hôpitaux de proximité, Carole Delga propose de rénover leurs bâtiments, souvent de véritables passoires thermiques, mais aussi de fournir du personnel soignant. "Les jeunes médecins que nous aurons salariés vont travailler en filière avec ces hôpitaux", déroule Vincent Bounes. "En plus d’exercer dans un centre de santé, ils pourront faire des consultations dans ces hôpitaux, ce qui leur permettra de varier leur activité et de travailler en équipe".

La Région doit financer les outils pour des centres médicaux d’urgence

Gabriel Robin, directeur de campagne de Jean-Paul Garraud (RN)

Aux antipodes de ces propositions, celle du Rassemblement National. "On pense qu’il faut s’appuyer sur la médecine libérale",  assure le directeur de campagne de Jean-Paul Garraud. Pour Gabriel Robin, il faut donner aux médecins les moyens d’exercer sur des zones mal desservies par l’hôpital. "La Région doit financer les outils pour des centres médicaux d’urgence". Autres pistes qu’encouragerait un président de région RN en Occitanie : l’aide au logement des jeunes praticiens de santé et l’hospitalisation à domicile.

Les Républicains dévoileront ce jeudi leur programme en matière de santé. Mais Aurélien Pradié nous en livre d’ores et déjà deux priorités : les urgences cardiaques et pédiatriques. "Il faut que chaque habitant de la région ait accès à ce type d’équipement de pointe à moins d’une demi-heure de chez lui",  martèle le député du Lot. "Si nous sommes élus nous les financerons. La distance entre nos concitoyens et leurs lieux de prise en charge en Occitanie est de plus en plus forte", regrette-t-il.

"Là je suis plus prudent" tempère Vincent Terrail-Novès. "Les Régions ne devraient pas mettre le doigt là-dedans. C'est très technique. On risque de créer des structures à deux vitesses. Mieux vaut laisser la main à l'Etat" reconnaît la tête de liste LREM.

Agir en amont sur la qualité de l’air, de l’eau et la préservation de la biodiversité

"La véritable question est de savoir ce qu’on met à 15 minutes de nos citoyens, quel éventail de soin ?", s’interroge Olivier Fernandez. Pour ce soutien d’Antoine Maurice la compétence santé de la Région doit aussi être "d’agir en amont sur la qualité de l’air, de l’eau et la préservation de la biodiversité pour limiter la propagation des épidémies".

On l’a bien vu lors de cette épidémie de Covid, les virus, eux, n’ont que faire des frontières et encore moins des compétences administratives.

 

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