"2023, c'est l'année de la dernière chance" : l'appel aux bénévoles d'une petite station ski en proie à des difficultés financières

Face à des factures d'électricités "irrationnelles", Alti Aigoual, unique station de ski du Gard, propose à des bénévoles de participer aux travaux de sécurisation de ses pistes les dimanches 26 novembre et 3 décembre 2023. Les opérations iront de la coupe de branches au ramassage de cailloux sur les pentes.

Alors que les premières neiges ont déjà commencé à tomber dans les Hauts Cantons, les stations de ski continuent de préparer leurs pistes.

À la question "la neige tiendra-t-elle cette année ?", Denis Boissière, copropriétaire et porte-parole de la station Alti Aigoual, située au nord du Gard, répond d'emblée : "j'ai arrêté de faire des prévisions, et surtout j'ai d'autres problèmes plus urgents." Depuis son ouverture en 2017, l'unique station de ski du département a enchaîné des saisons compliquées.

Une malchance, cumulée à la hausse des prix de l'énergie, mettant en péril l'économie de l'entreprise, contrainte de faire appel à des bénévoles pour pouvoir ouvrir ses pistes en toute sécurité cet hiver.

Les factures s'amoncellent

Déjà début octobre, des techniciens de la station des Deux Alpes, temple des sports d'hiver en Auvergne-Rhône-Alpes, étaient venus réparer gracieusement un câble de la remontée mécanique d'Alti Aigoual, usé par le temps. Un élan de générosité qui avait permis à la petite station gardoise d'économiser 10 000 euros, une modique somme permettant d'alléger des dépenses déjà douloureuses.

Car pour l'année qui vient de s'écouler, les propriétaires de la station estiment avoir reçu une facture énergétique "irrationnelle" : "158 000 euros vous vous rendez compte ! Les années précédentes les factures liées à l'énergie s'élevaient plutôt à 45 000 euros. On a réussi à passer un accord avec EDF pour descendre à 113 000 euros, mais ça nous met vraiment en grosse difficulté", relate Denis Boissière.

Des saisons difficiles

En 2019, les propriétaires de la station du massif de l'Aigoual disposaient de dix ans pour faire vivre leur entreprise, soumise à un régime de Délégation de Service Public (DSP), avant de devoir la céder aux collectivités territoriales. "Mais pour l'instant on a vraiment été malchanceux", souligne le copropriétaire.

Après une très bonne saison entre 2017 et 2018, la station cévenole a essuyé des années en demi-teinte, voire complètement catastrophiques. "En 2019, l'hiver a été le plus chaud jamais enregistré. L'année suivant les remontées mécaniques n'ont pas pu fonctionner à cause du froid. En 2021 l'hiver était sec, donc il n'a pas neigé, du moins pas avant le 10 mars, or nous avions fermé la station le 7", énumère Denis Boissière.

Entre 2022 et 2023, les vacances de février, tardives à Montpellier, n'ont permis à la station d'ouvrir que cinq jours, un mauvais timing auquel s'était ajoutée une usine à neige cassée, dont la réparation a pris plus de temps que prévu. Pour Alti Aigoual, "2023 c'est l'année de la dernière chance."

Préparer et sécuriser les pistes

Heureusement, les propriétaires ont pu compter sur l'élan de solidarité des habitués de leur club de ski. Le 3 novembre dernier, huit personnes se sont portées volontaires pour soutenir les trois employés permanents de la station. Le principal de leurs opérations consistait en l'élagage des branches qui surplombent les pistes de ski : "lorsque la neige fond sur les arbres, les gouttes de pluie tombent sur la neige et accélèrent la fonte à certains endroits", précise Denis Boissière.

C'est ce genre d'initiative qui nous permet de croire encore aux cinq années qu'il nous reste à parcourir.

Denis Boissière, copropriétaire de la station de ski

Pour réitérer l'expérience, les responsables d'Alti Aigoual ont publié un post sur leur page Facebook le jeudi 16 novembre 2023, invitant les personnes qui le souhaitent à venir les aider les dimanches 26 novembre et 3 décembre prochains. Cette fois-ci le travail consistera surtout en de l'épierrage : retirer les cailloux qui ponctuent la piste, pour ralentir la fonte des neiges, ne pas abîmer les machines et les skis des sportifs, et éviter les chutes. "C'est ce genre d'initiative qui nous permet de croire encore aux cinq années qu'il nous reste à parcourir", témoigne le porte-parole, soulagé de voir la liste des bénévoles s'allonger de jour en jour.