Coupes rases en forêt : des riverains et des usagers d’un massif du Comminges s’inquiètent

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La forêt des sources du Touch en Haute-Garonne a subi des coupes rases sur des parcelles appartenant au Crédit Agricole. Un collectif de riverains et d’usagers s’inquiètent mais le droit forestier a été respecté. En revanche la communication avec la population a fait défaut.

Les habitués de la forêt des sources du Touch (31) ont découvert par hasard des coupes rases dans ce massif à cheval sur plusieurs communes de Haute-Garonne : Saint-André, Fabas, Saint-Frajou, Salerm et Lilhac.

C’est une forêt d’environ 800 hectares dont plus de la moitié appartient au Crédit Agricole via le Groupement Forestier d'Investissements (GFI) Amundi Immobilier Forestier. Une façon pour des investisseurs de "diversifier, verdir et transmettre son patrimoine", explique la banque sur son site internet. Le Crédit Agricole a confié la gestion de ses 470 hectares à la Société Forestière du groupe Caisse des Dépôts.

80 hectares coupés en trois ans

Depuis 2018, dans la forêt des sources du Touch, également appelée forêt de Fabas, des parcelles entières ont été coupées. Selon l’estimation du collectif de riverains et d’usagers, l’équivalent de près de 80 hectares en trois ans.

"Des coupes rases avec aucune régénération possible de la forêt", estime Angelo Gross de l’association Vivre en Comminges. Cette association s’était déjà mobilisée en 2006 contre un projet de parcours de golf. Les investisseurs qui n’avaient pas encore acté leur achat avaient finalement abandonné.

Cette fois, des membres de l'association ont découvert les coupes au fur et à mesure. "Cela a commencé il y a trois ans avec de petites surfaces. C’est très impressionnant quand on voit les machines", dit Angelo Gross. "Il y avait vraiment un sentiment d’impuissance face à la destruction. Les coupes ont été systématiques avec des engins lourds. Des machines ont fait des allers-retours entre la zone de dépôt des arbres coupés et le bord de route ; le terrain est piétiné, abimé" déplore-t-il.

Alors les citoyens se sont mobilisés. Ils ont posé des questions sans obtenir vraiment de réponses claires. Ils ont organisé une marche dans la forêt le 29 décembre dernier pour sensibiliser le plus grand nombre, alerté les médias. Un mail est enfin venu du gestionnaire, il y a quelques jours seulement (le 14 janvier 2022) leur annonçant la fin des coupes rases.

Mais ils continuent à s’inquiéter au sujet des replantations. Quelles essences ? Avec quels outils ? Car dans les années 70, la forêt avait déjà subi des coupes rases et à l’époque on avait replanté surtout des résineux, des Pins et des Douglas. "Mais c’est une altitude un peu basse, estime Angelo Gross, pour ce type d’arbres. Il faut mettre des espèces autochtones, dit-il, du Chêne principalement mais aussi de l’Erable, du Charme et des petits arbustes qui participent à l’écosystème forestier".

Un plan de gestion conforme au code forestier

Olivier Picard, est directeur du CRPF (Centre Régional de la Propriété Forestière) en Occitanie. Un établissement public dédié à l’accompagnement des propriétaires forestiers privés. En Occitanie, 80 % de la forêt appartiennent au privé. Au-delà de 25 hectares un propriétaire doit soumettre au CRPF un plan de gestion simple. "Nous vérifions qu’il est conforme au code forestier, au code de l’environnement et éventuellement au code de l’urbanisme", explique Olivier Picard. "On instruit les dossiers, on se rend sur place et on peut ne pas être d’accord avec un plan. Dans le cas de la forêt de Fabas, dit-il, cela n’a pas été simple".

Aujourd’hui ce que la Société Forestière de la Caisse des Dépôts applique est conforme. En revanche, c’est vrai que cela se voit.

Olivier Picard directeur du Centre Régional de la Propriété Forestière

L’instruction a duré trois ans (entre 2015 et 2018). Un compromis a abouti en 2018. "Les coupes rases étaient acceptées mais en laissant les gros et vieux chênes pour conserver le mélange et l’aspect patrimonial de la forêt", précise le directeur du CRPF. "Donc aujourd’hui ce que la Société Forestière de la Caisse des Dépôts applique est conforme. En revanche, c’est vrai que cela se voit", reconnait-il. "30 hectares coupés cette année. Ce qui est reproché, c’est un manque de communication auprès de la population qui s’est sentie exclue. Il y a un lac, c’est un lieu de promenade, les citoyens sont sensibles au fait que l’on puisse gérer des forêts. Mais le droit forestier permet de faire ce qui se fait aujourd’hui à Fabas".

Le directeur du CRPF rappelle que les plans de gestion ne sont pas des documents publics. C’est de la responsabilité du propriétaire de communiquer. Il confirme que la Société Forestière de la Caisse des Dépôts a annoncé l’abandon des coupes rases qui étaient encore prévues.
Contactée par France 3 Occitanie, cette dernière nous indique vouloir évoluer dans un certain nombre de pratiques par exemple avec "les coupes rases qui posent problème notamment par rapport au réchauffement climatique. Cela a été décidé il y a quelques temps avec le propriétaire et cela rejoint les préoccupations d'un certain nombre de parties prenantes qui nous ont encouragé à accélérer notre souhait d'évolution", explique Ceydric Sedilot-Gasmi, directeur des opérations à la Société Forestière de la Caisse des Dépôts.

Concernant les replantations, "ce qui était proposé c’était de repartir sur du résineux avec une diversification des espèces, Douglas, Cèdre, Pin, Pin maritime et un peu de feuillus sur certaines parcelles. Mais cela pourrait changer, nous sommes dans l’attente d’un nouveau plan de gestion", dit Olivier Picard le directeur du CRPF Occitanie.

Du côté de la communication avec la population, là aussi cela pourrait évoluer. Une réunion était organisée entre les élus concernés et les représentants de l’Etat ce jeudi 20 janvier. Une réunion publique devrait être proposée.