Haute-Garonne : le Récébédou, un quartier chargé d'histoire(s)

87 bâtiments ont été construits en 1939 : il n'en reste plus qu'un désormais, qui abrite un musée de la mémoire.
87 bâtiments ont été construits en 1939 : il n'en reste plus qu'un désormais, qui abrite un musée de la mémoire.

Le Récébédou, un quartier résidentiel de Portet-sur-Garonne, dans la banlieue toulousaine, a été successivement une cité ouvrière, un camp de réfugiés puis d'internement. 87 bâtiments avaient été érigés, qui ont "abrité" des réfugiés belges, espagnols puis des citoyens juifs, internés par Vichy.

Par Marie Martin

Aujourd'hui, c'est un quartier résidentiel : un quart de la population de Portet-sur-Garonne y vit.
Des petits pavillons, pas d'immeubles, des écoles et des jardins. Un quartier ordinaire...
Pourtant, un bâtiment rappelle encore ce passé très particulier qu'a connu le Récébédou. Il abrite le musée de la mémoire de Portet.
Il y a 80 ans, il faisait partie des 87 bâtiments que comptait la cité du Récébédou.

En 1939, soucieuse de "fidéliser" ses ouvriers, la Poudrerie nationale de Toulouse acquiert les terres agricoles du Récébédou pour construire une cité-jardin. 
La peinture n'a pas eu le temps de sécher que la seconde guerre mondiale éclate. 200 000 réfugiés arrivent à Toulouse. 
Pour faire face à cet afflux, la Préfecture réquisitionne les baraquements de Portet et y installe ces hommes et ces femmes touchés par l'exode.
Plus tard, les réfugiés espagnols, Républicains parqués sur les plages de la Méditerranée, les rejoignent. 

Puis ce sera au tour des Juifs allemands expulsés les Nazis et rassemblés dans ce camp par les forces de l'ordre de la France non occupée. 
La loi française du 4 octobre 1940 permet l'internement des étrangers de race juive. Le Récébédou sera alors présenté à l'opinion internationale comme un camp-modèle, un camp-vitrine. Au lendemain du départ des journalistes américains, les masques tombent et les conditions de vie dans le camp deviennent très difficiles. Plusieurs centaines d'internés y meurent, de maladie notamment. Le cimetière juif de Portet-sur-Garonne compte d'ailleurs 300 tombes blanches portant le nom de victimes de ces conditions, décédées entre 1941 et 1943.

300 tombes blanches sous lesquelles reposent les victimes juives des déplorables conditions de vie du camp d'internement du Récébédou. / © Marie Martin/France 3 Occitanie
300 tombes blanches sous lesquelles reposent les victimes juives des déplorables conditions de vie du camp d'internement du Récébédou. / © Marie Martin/France 3 Occitanie

En 1942, Vichy participe à la solution finale. Au mois d'août, les internés juifs de Portet et de Noé sont conduits à la gare. Ils quittent la France pour être déportés. La plupart d'entre eux ne revient pas.

Cet épisode tragique pousse l'archevêque de Toulouse à dénoncer la déportation. La fameuse lettre du cardinal Saliège entraîne la fermeture du camp d'internement du Récébédou.

Petit à petit, le Récébédou redevient un camp de réfugiés, puis une cité ouvrière. Les bâtiments disparaissent au fil des années, et l'on oublie peu à peu ce passé tragique.
La ville de Portet décide tout de même de garder un des 87 baraquements. Elle en fera plus tard un musée de la mémoire qui retrace aujourd'hui l'histoire si particulière du Récébédou...

Voir le reportage de Marie Martin et Laurence Boffet, de France 3 Occitanie : 
Un lieu, une histoire : le quartier du Récébédou


Sur le même sujet

Sète (34) : les Assises de la mer et la visite du ministre de l'Agriculture

Les + Lus