PFAS : trouver les données des polluants éternels dans l'eau potable, c'est nager en eau trouble

Alors qu'une proposition de loi visant à interdire l'utilisation des PFAS dans certains usages a été adoptée ce jeudi 4 avril 2024, les données relatives à leur présence dans l'eau potable restent opaques et difficiles d'accès.

Ce jeudi 4 avril 2024, les députés ont voté une proposition de loi portée par le député écologiste de Gironde, Nicolas Thierry, visant à interdire certains usages non-essentiels des PFAS. Ces perfluorés, baptisés "polluants éternels" depuis que leurs effets délétères sur nos organismes ont été démontrés aux Etats-Unis, interviennent dans la fabrication du papier cuisson, de la peinture, de vêtements et de certaines poêles antiadhérentes. Au fil du temps, ils s'accumulent dans le sol et sont parfois rejetés dans les rivières, qu'ils contaminent durablement.

7 villes concernées en Occitanie

Une étude citoyenne initiée par le parti Les Ecologistes a récemment confirmé la présence de ces polluants dans l'eau courante. Sur 26 villes analysées, 21 sont concernées par la présence de PFAS, dont 5 sur 7 en Occitanie.

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Mais au fond, comment savoir si l'eau que nous buvons chaque jour en contient ? 

Le site du ministère de la Santé met en ligne des analyses de l'eau potable, commune par commune. Elle livre par exemple le résultat sur la présence de bactéries, la turbidité de l'eau ou encore le taux de chlore. Mais rien sur les PFAS ou autres polluants, dont la recherche ne sera rendue obligatoire qu'en 2026.

Manque de transparence

Qu'ils s'agissent des PFAS, des pesticides, des nitrates, des CVM ou autres, l'accès aux données manque de transparence, estime Pauline Cervant, toxicologue de l'ONG, Génération future, qui milite pour ces PFAS soient systématiquement analysés.

"C'est très difficile d'exploiter les données qui sont rendues publiques parce qu'on a les donnés bulletin par bulletin, ville par ville. Pour aller voir les résultats pour les substances qui nous intéressent, les PFAS, les nitrates, ou autres, il faut fouiller dans tous les bulletins pour voir les zones. Je vous avoue que pour nous, c'est une grosse difficulté parce qu'on aimerait bien analyser, exploiter les données du microsanitaire de l'eau potable et on n'y arrive pas". 

"Même dans les données en open data, c'est tellement monstrueux qu'elles sont inexploitables."

Pauline Cervan, toxicologue, Génération future

Plus de transparence, c'est aussi la volonté des élus Europe Écologie Les Verts et notamment celle de la députée de Haute-Garonne, Christine Arrighi. L'élue milite avec son groupe pour que toutes les eaux (NDRL : celles du robinet, mais aussi minérale recommandée notamment pour les nourrissons dont certains sont aussi contaminés) soient analysées et que l'information soit accessible à tous sur une plateforme. "C'est une question de santé publique au même titre que de l'amiante. Les PFAS ont des conséquences sanitaires graves pouvant aboutir à certains cancers ou maladies de la thyroïde, des impacts sur le développement hormonal", énumère l'élue, dont l'analyse du cheveu avait démontré que son organisme était porteur de PFAS. Le vote de la loi visant l'interdiction de l'utilisation de ces molécules dans la fabrication de certains produits est un premier pas. "Je regrette simplement que les ustensiles de cuisine ne soient pas concernés."

Campagne d'analyse

En attendant qu'un jour, l'analyse des PFAS soit obligatoire, celle-ci relève de décisions variant selon les territoires. Si l'Agence régionale de santé Auvergne – Rhône Alpes recherche les PFAS dans ses analyses de l'eau potable, ce n'est pas le cas en Occitanie. 

Le 18 mars dernier, l'ARS Occitanie a annoncé le lancement d'une campagne d'analyses dédiée aux PFAS. "À partir de mars 2024, 329 points de prélèvements vont être contrôlés par l'ARS, dans le cadre d'une campagne exploratoire", a déclaré l'agence. 

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Ces contrôles portent sur 20 polluants éternels que l'Union européenne veut interdire à partir de 2026. "Ces données, qui seront produites, seront sûrement accessibles", espère Pauline Cervan. L'ARS devrait diffuser ses résultats courant de ce mois d'avril. "Mais il faut avoir en tête que ces analyses ne sont que partielles et pas complètes. Ils ne prendront pas en compte les TFA  (d’acide trifluoroacétique), substance fabriquée par l'usine Solvay à Salindres dans le Gard", par exemple, détaille la toxicologue de l'ONG qui a été lanceuse d'alerte dans ce dossier.

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Des taux records d’acide trifluoroacétique (TFA) ont été relevés autour de la ville industrielle, d'après une enquête conjointe de France 3, Le Monde et du média belge RTBF.