VIDEOS et CARTE. " L'Etat fait la sourde oreille, on va le réveiller !" Les agriculteurs se rassemblent pour bloquer des routes et ça peut durer

Deux jours après leur manifestation au centre de Toulouse en Haute-Garonne où ils étaient un millier selon la préfecture, les agriculteurs prévoit de bloquer l'A 64 au sud de la Ville Rose. Ils se mobilisent également en Ariège, et dans le Tarn-et Garonne ce jeudi 18 janvier 2024. La durée de la manifestation est illimitée.

Deux jours après leur manifestation au centre de Toulouse en Haute-Garonne, les agriculteurs se rassemblent à Carbonne, à 45 km de la Ville rose, ce jeudi 18 janvier 2024.

Des tracteurs se sont rejoints au niveau du rond-point du magasin Point-Vert . Objectif : bloquer l'A 64, dans les deux sens qui relie Toulouse à Bayonne, entre les sorties 26 et 27, comme le montre les images tournées par notre journaliste Colette Aubert. Peu avant 14h, de nombreux engins agricoles ont commencé à se rassembler sur le lieu de rendez-vous.

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Les agriculteurs se rassemblent sur l'A 64. ©Colette Aubert-France 3 occitanie

Prix du GNR, de l'eau et surcharge administrative décriés

Thierry Doussat, qui possède une exploitation agricole céréalière à Rieux-Volvestre, en Haute-Garonne, a fait le déplacement. "Ça va très mal", souffle-t-il. Il dénonce des charges supplémentaires étouffantes pour son activité. "Le GNR, en 2020, 2021, il était 0,80, 0,82 centimes le litre. Là, on est à 1,07 euro, 1,10 euro le litre hors taxes. On touchait une compensation, on a entendu dire qu'elle allait être supprimée, on va rouler pour encore plus cher." A cela s'ajoute la difficulté de se projeter. "Les prix des céréales sont en cascade. On a aucun avenir fixe, on ne sait pas ce qu'on va faire demain."

D'autres éleveurs s'inquiètent aussi par rapport à leurs animaux. C'est le cas de Sébastien Soudès, venu avec sa belle-sœur Emeline. Il ne possède que 5 vaches mais craint qu'elles ne contractent le MHE (maladie hémorragique épizootique). "Il faut nous aider pour les frais de vétérinaire, c'est devenu trop cher". 

Toutes les générations

La manifestation rassemble toutes les générations. Maxime Higounet, lui, n'est installé que depuis 2019. Son exploitation, où il cultive du soja, du maïs, du blé ou encore de l'orge, appartient à sa famille depuis 5 générations. Pour lui, être là aujourd'hui était indispensable. "Vu le contexte actuel, si on n'est pas présent maintenant, on ne sera plus jamais présent. Ça devient de plus en plus compliqué, les comptes se resserrent." Aujourd'hui, il souligne la différence vis-à-vis de l'époque de ses parents. "Il y a toujours eu des tensions, mais ça se resserre de plus en plus, particulièrement sur le prix du carburant, l'eau. Le revenu n'est plus le même qu'il y a 10 ou 15 ans. "

Afin que les agriculteurs gardent la tête hors de l'eau, il demande "des coups de poings ciblés sur le prix de l'eau". "En irriguant ici une terre filtrante, si on n'irrigue pas, demain, on met la clef sous la porte et on peut aller travailler à Airbus comme tous les voisins", ironise-t-il. Autre point de crispation : le GNR. "On nous enlève la TIPP (aide financière pour la taxe carburant), demain qu'est-ce qu'on fait ? On parle d'une hausse de plus de 60 centimes, sur des milliers de litres chaque année, cela représente un vrai coup de couteau dans la marge." Dans ce contexte, il n'exclut pas de changer de métier si la situation se dégrade encore. " Moi, j'ai 26 ans, on peut encore faire autre chose. On gardera sûrement les terres, mais on fera sûrement autre chose à côté." 

80 tracteurs et 250 agriculteurs selon la police

Au total, selon les chiffres communiqués par la préfecture, 80 tracteurs et 250 agriculteurs étaient sur l'A 64. Des professionnels d'autres corporations, comme celles du BTP,  sont venus les soutenir. Xavier Demary est opérateur de production dans le BTP. Il a fait le déplacement après avoir entendu parler de la manifestation sur les réseaux sociaux. "Il faut tous se soutenir, sinon on va tous dans le mur. Il y en a qui mangent du homard et nous on ramasse."

Un mur de paille est érigé vers 16h30, des deux côtés de l'A 64, au moment où les tracteurs se mettent en place sur l'axe routier. "On a decidé qu'on allait bloquer l'autoroute en laissat un accès aux citoyens, parce qu'on n'est pas là pour bloquer les citoyens", explique Jérôme Bayle, organisateur de la manifestation.

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Sur l'A 64, les agriculteurs érigent un mur de paille. ©Colette Aubert-France 3 occitanie

En début d'après-midi, l'agriculteur qui a appelé à cette nouvelle manifestation, a demandé à ne pas allumer de feu sur l’autoroute et à ne pas décharger de la paille ou autre déchet sur la voie. " Les trois mots d'ordre c'est : respect, solidarité, détermination ! On va murer l'autoroute avec de la paille mais les gens peuvent rentrer ou sortir de l'autoroute par les sorties 26 et 27 en empruntant une contre-allée. Nous on fait ça pour sauver l'agriculture. L'Etat fait la sourde oreille, alors on va le réveiller ! "

En Ariège, une autre mobilisation a débuté sur la RN 20 près de Pamiers dans les deux sens. La préfecture a prévenu que la circulation est neutralisée sur cette voie.

La manifestation a lieu entre les sorties 6 de Pamiers et 7 à Verniolle où des tracteurs sont laissés sur la voie.

Des itinéraires alternatifs sont mis en place depuis 13h. Les agriculteurs ont déjà déversé de la paille et du fumier sur cette route nationale.  

Le mouvement semble s'étendre au Tarn-et-Garonne. Plusieurs automobilistes signalent sur Facebook que les péages de Valence d'Agen et Castelsarrasin sont aussi bloqués par des agriculteurs. Toutefois, selon les organisateurs, aucun autre blocage n'est prévu dans les alentours de Toulouse ce jeudi soir. 

Durée illimitée de manifestation

La manifestation doit avoir une durée illimitée. "Le premier employeur de la région, c'est l'agroalimentaire et l'agriculture, et pas l'aéronautique", martèle Luc Mesbah, secrétaire général FDSEA 31. On n'a quasiment pas eu de rencontre avec les représentants du gouvernement venus régulièrement dans la région, déplore-t-il. Il faut du revenu à la fois pour les générations en place et pour leur renouvellement."

De son côté, Jérôme Bayle affirme avoir sollicité la préfecture, et leur avoir demandé de venir sur place. Mais pour lui, pas question de faire faiblir le mouvement avant d'obtenir des mesures concrètes. "On attend des réponses de l’Etat, on débloquera le jour où le premier ministre décidera de venir dans la région Occitanie, avec le carnet de chèque et des mesures concrètes sur le GNR et l’irrigation. On est parti en attente de l’Etat, c’est l’Etat qui décidera s’ils veulent respecter leurs agriculteurs ou pas sachant que l’action commence à partir nationalement."

 Avant de débuter le mouvement en Ariège, jeunes agriculteurs et de la FDSEA avaient annoncé qu'ils ne bougeraient pas  tant "que nous n'aurons pas obtenu une visite du premier Ministre Gabriel Attal, en Occitanie."  Une délégation rencontre le préfet depuis 17h30. 

( Avec Colette Aubert et Geoffrey Berg)