Hautes Pyrénées : une vache dévorée par un ours sur l'estive d'Areing

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Écrit par Vincent Albinet

[Vidéo] Un ours a dévoré une vache sur l'estive d'Areing (Hautes-Pyrénées) ces derniers jours. Mais a-t-il d'abord tué la vache pour la manger ensuite ou s'est-t-il contenté de faire un festin d'un animal déjà mort ou blessé ? De la réponse à cette question dépendra l'indemnisation de l'éleveur. 

En vidéo, le reportage de Christophe Neidhardt et de Frédéric Fraisse :

durée de la vidéo: 01 min 50
Un ours a dévoré une vache qui pâturait sur une estive du massif de la Barousse dans les Hautes-Pyrénées. L'éleveur, qui ne comprend pas ne pas avoir été averti par l'équipe de suivi de l'ours, qui confirme l'information, ne sera indemnisé que si il est prouvé que l'ours a tué la vache avant de la manger


Emilien Bergès, un jeune agriculteur de 33 ans, installé en Haute-Garonne, sur la commune de Valcabrère, produit des pommes et élève des vaches qu'il laisse paître tout l'été dans les Hautes-Pyrénées, dans le massif de la Barousse, sur l'estive d'Areing.



C'est là, à 1400 mètres d'altitude, que l'une de ses vaches a été retrouvée à l'état de carcasse lundi 5 septembre par une équipe de suivi de l'ours grâce au signal émis par le GPS installé sur le collier du prédateur. Ce signal indiquait que l'ours était immobile depuis plusieurs jours. L'équipe de suivi a pensé qu'il était peut-être mort. Le plantigrade était en fait en train de se régaler tranquillement avec la carcasse de la vache. Ce que confirment les images d'une caméra installée à proximité par l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS).



Emilien Bergès, lui, n'a appris que le samedi 10 septembre au matin, par un autre agriculteur du secteur, qu'une vache, dévorée par un ours, avait été retrouvée dans le secteur par l'équipe de suivi du plantigrade. Il comprend d'autant moins ne pas avoir été averti plus tôt qu'il était depuis 10 jours à la recherche de sa vache, avec amis, famille et bergers. Depuis ce mardi 30 août, lorsque venu visiter son troupeau de 25 bêtes à viande censées paître tranquillement sur l'estive, il l'avait retrouvé éparpillé et avait constaté qu'une vache manquait à l'appel. Il avait aussi constaté "des traces de glissade dans les pentes les plus abruptes du sentier". 



Du coup, lorsqu'il apprend que l'ours se promène dans le secteur depuis un bon moment et qu'il vient probablement de se régaler de la carcasse de son bovin, Emilien Bergès, "dans un état de stupéfaction et de vexation", surpris qu'aucune autorité ne l'ai alerté, contacte l'équipe de suivi de l'ours. 



"On m'informe bien évidemment, raconte-t-il, que le plantigrade a débusquée  la carcasse morte mais qu'il n'y a pas de preuves qu'il ait directement attaqué la vache. Mais subsiste quand même la probabilité qu'il l'ait poursuivie, apeurée et tuée...car elle se trouve esseulée, éloignée de ses congénères et dans un lieu escarpé dans lequel le troupeau ne réside pas". Pour l'éleveur, aucun doute, c'est Goiat, un ours slovène relâché côté espagnol en juin 2016, qui a fait le coup.



Pour l'ONCFS, qui confirme le récit de l'éleveur, rien n'établit que l'ours a tué la vache. Elle était peut-être déjà morte ou alors blessée lorsque l'ours a décidé d'en faire son repas. Or, l'éleveur ne sera indemnisé que si il est prouvé que l'ours a tué la vache avant d'en faire un festin.



Emilien Bergès fait ses calculs : 2000 euros de perte sèche pour la vache, 500 euros pour le veau qu'elle portait. Sans compter les journées passées à la chercher.



"Les agriculteurs sont toujours à pleurer, dit-t-il plein d'amertume, mais les personnes ne peuvent pas les comprendre tant qu'ils ne vivent pas leurs situations de l'intérieur. Travailler 70 à 80 heures par semaine pour un salaire de misère".



Son cas, pense-t-il, n'est pas unique. "Attendons la descente des troupeaux, et nous constaterons les réels dégâts causés par l'ours. Il n'attaque peut-être pas les troupeaux de vaches,  mais par sa présence, les vaches ont peur, s'affolent et vont au suicide", analyse-t-il. "Et dans ce cas, qui nous indemnise?".



"Si vous voulez des ours dans nos montagnes, conclut-t-il, assumez-en toutes les dégradations commises qui mettent à mal l'agriculture locale et l'entretien des estives et des paysages pyrénéens".



Les bergers béarnais s'opposent à toute réintroduction d'ours dans les pyrénées
Les bergers béarnais viennent d'écrire une lettre ouverte à la ministre de l'Environnement Ségolène Royal, dans laquelle ils lui demande de renoncer à toute réintroduction d'ours dans les pyrénées, et notamment celle possible prochainement de deux femelles plantigrades dans leur secteur.
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