Assassinat de la grotte sanglante à Sète : "Je ne veux pas qu'on me pardonne" affirme Audrey Louvet à la barre

5ème jour du procès de Rémi Chesne et Audrey Louvet, co-accusés pour avoir séquestré et assassiné Patrick Isoird en juin 2014 dans la "grotte sanglante" de Sète, ce vendredi aux Assises de l'Hérault. Audrey Louvet, qui aurait servi d'appât, affirme qu'elle ignorait l'issue fatale de cette affaire.

Ce vendredi, Audrey Louvet, co-accusée dans l'affaire d'assassinat de la grotte sanglante de Sète, raconte sa version des faits devants les assises de l'Hérault - 22 janvier 2021.
Ce vendredi, Audrey Louvet, co-accusée dans l'affaire d'assassinat de la grotte sanglante de Sète, raconte sa version des faits devants les assises de l'Hérault - 22 janvier 2021. © Valentin Pasquier, France 3 Occitanie

C’est un guet-apens mortel qui a été tendu à Patrick Isoir en juin 2014. Le corps de cet agent hospitalier sétois, tué de deux coups de fusil dans la tête et le thorax, avait été retrouvé en partie calcinée dans cette grotte située au pied du mont Saint-Clair à Sète. 

Mercredi, les experts ont précisé à la Cour d'Assises de l'Hérault que le quinquagénaire aurait été abattu à bout portant et carbonisée dans la cavité, à une date imprécise. Une crémation très longue nécessitant un produit accélérant.

Poursuivie, comme Rémi Chesne, pour "enlèvement, séquestration" et "assassinat", Audrey Louvet affirme avoir servi d'appât tout en niant savoir ce qui attendait la victime dans la grotte.

Ce vendredi matin, elle s’est exprimée à la barre d’un voix faible :

Je ne voulais pas que Patrick Isoird meure. Je ne cherche pas le pardon de sa famille. À cause de moi, sa fille ne fêtera plus Noël ni la fête des pères avec lui. Je ne veux pas qu'on me pardonne, ce n'est pas pardonnable.

Audrey Louvet

Audrey Louvet raconte à la cour sa rencontre avec les deux hommes

«Monsieur Isoird, il était très gentil, on a eu une brève relation simple qui n'a pas duré, j'ai déménagé. Plusieurs années plus tard, j'ai rencontré Rémi Chesne, on a eu des relations mais dans l'intimité il était brusque, je n’ai jamais été amoureuse de lui. On est resté en contact, il m'appelait pour venir boire le café».

À l'origine des faits, Rémi Chesne lui explique que Patrick Isoird lui doit de l'argent, qu'il veut lui faire peur pour qu'il lui rembourse. Il lui montre une photo, Audrey Louvet reconnaît Isoird. "C'est un signe, il faut que tu m'aides," lui dit Chesne. "J’ai accepté" admet cette mère de deux enfants.

Selon son récit, quelques jours plus tard, Chesne lui aurait dit avoir trouvé deux hommes qui peuvent l'aider à récupérer cet argent, des professionnels : «Cela m'a inquiété, il m'a dit qu'il voulait juste lui faire peur pour récupérer l'argent. Alors j'ai appelé Patrick, je lui ai dit que j'aimerais bien le revoir, ça faisait longtemps. On s'est donné rendez-vous au parc, on a parlé de plein de choses et à chaque fois que je le voyais, il fallait que j'appelle Rémi pour lui dire ce qui s'était dit, ce qui s'était passé».

"Si tu parles, je te bute avec tes enfants"

"Puis un jour, Rémi Chesne m’a téléphoné", poursuit Audrey Louvet. "Il m'a dit j'ai trouvé un endroit, il est venu me chercher et m'a montré cette grotte".

L'accusée évoque ensuite la journée du 23 juin 2014, jour de la disparition de Patrick Isoird :

"J'ai appelé Patrick, je lui ai dit que j'aimerais bien le revoir... Je l'ai attendu au cimetière et il est arrivé. On a marché pas loin de la grotte, Patrick ne voulait pas y entrer, puis il a accepté. Rémi est arrivé derrière nous, il avait un masque blanc, des gants et un fusil, il nous a menacés...Si tu parles, je te bute avec tes enfants," aurait affirmé Rémi Chesne. 

C'est elle qui a lié les mains et pieds de la victime, lui a mis un tissu sur la tête, lui a ôté des chaussures et chaussettes. "J'obéissais, mon cerveau ne fonctionnait plus, je n'ai pas compris ce qui allait se passer, je croyais être dans un cauchemar" relate-t-elle.

Ensuite, Rémi Chesne lui aurait pointé son arme sur la poitrine pour lui ordonner de "se casser et de l'attendre plus loin".

"Je sais pas combien de temps j'ai attendu" raconte cette femme de 39 ans, au parcours chaotique et précaire. "Il est revenu, il m'a menacé, il m'a dit que si je parlais, il allait me buter moi et mes enfants, il m'a dit que j'avais intérêt à rien dire. Puis, chez moi, il a pris une douche, il s'est habillé, il est parti. Le lendemain, il m'a donné 200 € et m'a dit que j'avais intérêt à me taire".  

A la fin de son récit, assez précis, l'accusée fond en larmes.

Je m'en veux d'avoir été si bête et d'avoir cru ce qu'il m'a dit !

Audrey Louvet

Les parties civiles restent de marbre.

Montpellier - Procès Chesne et Louvet, les parties civiles et l'avocat général - janvier 2021.
Montpellier - Procès Chesne et Louvet, les parties civiles et l'avocat général - janvier 2021. © F3 LR V.Pasquier

"Toi je te déteste !!! T'as détruit trois familles, je te déteste !!!"

"Vous savez que M. Chesne conteste tous ces faits" rappelle la présidente.
"Oui, je maintiens tout ce que je dis. D'ailleurs, j'aimerais bien qu'il dise la vérité !" s'exclame Audrey Louvet.

Dans le box, Rémi Chesne hoche la tête de dépit en la fixant. 

C’est au tour de maître Mathieu Montfort d’interroger l’accusée. L’avocat de la fille de la victime revient sur les 200 euros donnés par Rémi Chesne à Audrey Louvet à l'issue du meurtre.

"Mais ça ne vous a pas dérangé d'encaisser ces 200 euros ?" demande Me Montfort. L'accusée reste silencieuse, puis fond en larmes.

Me Montfort : "A aucun moment vous n'avez dissuadé, vous n'avez alerté !". "Oui", assure Audrey Louvet qui pleure beaucoup.

Jean-Marc Darrigade, avocat du frère de la victime, prend le relais et l'implore de dire la vérité. "J'ai déjà tout dit" répond Audrey Louvet avant de se tourner vers Remi Chesne en hurlant  "Toi je te déteste !!! T'as détruit trois familles, je te déteste !!!".

Rémi Chesne reste impassible. Une suspension d'audience est prononcée, l'avocat général et les parties civiles poseront leurs questions à partir de 14h45.

Le public quitte la salle, Audrey Louvet s'effondre dans les bras de son infirmière. "J'ai envie de mourir," glisse-t-elle, très éprouvée par son audition.

Audrey Louvet en larmes à la barre. Co-accusée dans l'affaire de la grotte sanglante de Sète, elle comparaît libre devant les assises de l'Hérault.
Audrey Louvet en larmes à la barre. Co-accusée dans l'affaire de la grotte sanglante de Sète, elle comparaît libre devant les assises de l'Hérault. © V.Pasquier/F3 Occtanie

Reprise de l'audience 

A la reprise de l’audience vers 15 heures, Audrey Louvet, qui comparaît libre, entame sa 5e heure d'audition. Elle semble à bout de force.

 Maitre Abratkiewicz tente de ménager dans ses questions cette femme décrite par l'expert psychiatre comme "fragile et "soumise aux autres". L’avocat de Rémi Chesne revient sur les diverses déclarations d'Audrey Louvet qui ont évolué au fil des auditions.

Elle persiste à dire qu’elle ignorait que la victime allait être assassinée. Puis, comme le matin, l’accusée hausse la voix et fusille Rémi Chesne du regard :

"Il a qu'à parler lui là ! Il a qu'à dire la vérité au lieu de dormir, lui !" Ce coiffeur de 51 ans, qui garde la tête baissée depuis la reprise, n'a aucune réaction.

Réclusion criminelle à peréptuité

Lundi à l'ouverture du procès, Rémi Chesne, co-accusé, a nié avoir voulu se venger cinq ans après de Patrick Isoird. Ce sétois fut l'amant d'un soir de sa femme Nadège. Elle a retrouvée pendue au lendemain de cet adultère. L'enquête avait conclu au suicide.

Une seconde enquête sur la mort de Nadège Chesne a été ouverte en 2017 suite à une plainte de son père, elle n'a pas avancé depuis.

Les deux accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Ce procès doit se poursuivre jusqu'au 28 janvier aux assises de l'Hérault.

Chronologie de l'affaire

- 23 juin 2014 : disparition de Patrick Isoird, ce Sétois de 49 ans est employé dans le milieu hospitalier.

- 17 juillet 2014 : le cadavre calciné de Patrick Isoird est retrouvé dans une grotte de Sète avec 2 balles dans le corps, dont une dans la tête.

- mars 2016 : un homme et une femme sont arrêtés, à Lunel et à Alès, par les hommes du SRPJ de Montpellier. Audrey Louvet et Rémi Chesne sont entendus par un juge d'instruction chargé de l'enquête ouverte pour "enlèvement, séquestration suivie de mort et assassinat".

- avril 2016 : les 2 suspects sont mis en examen et écroués. Ils avaient déjà été entendus en juillet 2014 dans le cadre d'une première enquête pour "séquestration". Ils sont considérés comme étant les deux dernières personnes à avoir vu la victime vivante.

Le bornage téléphonique a révélé des échanges entre Audrey Louvet et Patrick Isoird :

  • La géolocalisation montre que Rémi Chesne était aux abords de la grotte à l’heure du meurtre.
  • Une conversation permet de remonter à Rémi Chesne, coiffeur sétois au casier vierge au moment des faits. 


Patrick Isoird a eu une relation avec la compagne de Rémi Chesne en 2009. Nadège s'est probablement suicidée après avoir avoué l'adultère à son mari. Elle a été retrouvée pendue dans son garage. Mais l'autopsie n'excluait pas totalement l'intervention d'un tiers. Son corps a été incinéré en 2009. Ce dossier qui est toujours à l'instruction a été versé au débat du procès Isoird.

- 23 juin 2017 : une reconstitution a lieu en présence des 2 complices présumés.

- Juin 2017 : le père de Nadège Chesne dépose plainte pour meurtre, suspectant son ex-gendre Rémi Chesne d'avoir mis en scène le suicide de sa fille.

- Mai 2018 : un mégot retrouvé à proximité de la galerie du drame en 2014 a "matché" partiellement avec l'ADN d'un Lyonnais impliqué dans trois affaires criminelles de stupéfiants et séquestration. La piste du règlement de comptes est relancée. Fausse piste ou non ?

- 11 mai 2018 : les nouveaux éléments apportés par le mégot ont été transmis par les enquêteurs à la juge d'instruction. Mais celle-ci n'a pas averti la chambre de l'instruction qui n'en avait donc pas connaissance lors de la demande de blanchiment par la défense de Rémi Chesne.

- 14 mai 2018 : le procureur avertit trois jours plus tard la chambre de ces nouveaux éléments, retardant ainsi la procédure de plus de trois mois.

- 6 septembre 2018 : réouverture de l'instruction et supplément d'information.

- mars 2020 : le procès aux assises est repoussé en 2021 pour cause de confinement et de Covid.

- 11 juin 2020 : le délai de détention provisoire d'Audrey Louvet est dépassé depuis le 14 mai. La Cour d'Appel de Montpellier la remet en liberté jusqu'au procès sous contrôle judiciaire. Son co-accusé Rémi Chesne, qui demandait également sa libération au motif que leurs deux cas sont liés, reste en prison.

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