Assassinat de la grotte sanglante à Sète : l'accusé, son garagiste et une étrange reconnaissance de dettes

Au procès de l'enlèvement et de l'assassinat de Patrick Isoird en juin 2014 dans la "grotte sanglante" de Sète devant la Cour d'Assises de l'Hérault, le garagiste de l'accusé Rémi Chesne est venu témoigner de son "amitié" avec cet homme ambivalent, tantôt harceleur, tantôt bienfaiteur.

L'avocat de la défense Franck Berton et son client Rémi Chesne, accusé de l'assassinat de Patrick Isoird dans la "grotte sanglante" de Sète
L'avocat de la défense Franck Berton et son client Rémi Chesne, accusé de l'assassinat de Patrick Isoird dans la "grotte sanglante" de Sète © Valentin Pasquier, France 3 Occitanie

Au deuxième jour du procès de Rémi Chesne et Audrey Louvet devant les Assises de l'Hérault pour l'enlèvement, la séquestration et l'assassinat de Patrick Isoird en juin 2014 dans la "grotte sanglante" de Sète, l'audition du garagiste du co-accusé est venu éclairer d'un jour nouveau la personnalité de ce dernier.
Jusqu'ici, Rémi Chesne est apparu comme un coiffeur sans histoire, au caractère affable, épris de sa femme de la mort de laquelle il ne se remet pas. Le témoignage de Jérôme Dechaume a fait apparaître un homme plus complexe, tantôt amical et prêt à tendre la main, tantôt avide et harceleur.

Une version fantasmée du suicide de Nadège Chesne ?

C'est à la mort de Nadège Chesne en 2009 que les liens entre le garagiste sétois Jérôme Dechaume et son "très bon client" ("le couple changeait souvent de voiture, on en était venus à se tutoyer") vont se resserrer. Jérôme Dechaume raconte comment il appris le décès par pendaison de Nadège :

Un soir, vers 21 heures, Rémi m'appelle en pleurant. Il était un très bon client, on se tutoyait, mais bon, je me dis que c'est un peu tard pour appeler son garagiste non ? Je décroche quand même et là, il me dit que sa femme s'est suicidée. Je me suis dit qu'il devait être bien seul pour m'appeler moi.

Jérôme Dechaume,

garagiste de Rémi Chesne

Jérôme Dechaume et celle qui est devenue sa compagne depuis quelques temps, Virginie Espinoza, deviennent amis avec Rémi Chesne, chez qui ils dînent plusieurs fois : "Chez lui, il y avait des photos de sa femme avec plein de bougies, la mienne ça l'a choquée mais bon, chacun sa manière de vivre son deuil. Il nous a dit que Nadège était passée à l'acte après être rentrée d'une soirée avec des collègues au cours de laquelle elle aurait été droguée et violée" (en réalité c'est au cours de cette soirée que Nadège Chesne a eu une aventure extra-conjugale avec Patrick Isoird).

Complexe d'infériorité avec les femmes

Bientôt, ils font la connaissance de Céline, la nouvelle concubine de Rémi Chesne :

Céline, je l'ai trouvée identique à Nadège : relativement effacée, timide. Avec les femmes, il choisit toujours celle qui a le moins de caractère et est toujours dans le contrôle. Avec Céline, il m'a dit qu'il lui avait retiré ses moyens de paiement parce qu'elle avait des problèmes avec sa famille. Je pense qu'il cache un complexe d'infériorité.

Jérôme Dechaume,

garagiste de Rémi Chesne

Un prêt à un taux d'usurier et une signature insolite

Alors qu'il cherche à acquérir un local commercial attenant à son garage, l'accusé lui propose de lui prêter l'argent nécessaire. Il accepte et en 2012, Rémi Chesne lui remet 40000 euros en liquide. Mais rapidement, il fait signer au garagiste une reconnaissance de dettes... de 57500 euros !

Sur ce papier, retrouvé par les enquêteurs dans la voiture de l'accusé, on peut voir, aux côtés de la signature du débiteur, un autre paraphe et le nom de Virginie Espinoza. A l'audience, cette dernière tombe des nues : "Je n'ai jamais signé ça ! Je ne savais même pas que Jérôme avait contracté cette dette !" Jérôme Dechaume confirme : "Il n'a jamais été question d'impliquer ma femme, ce n'est pas sa signature ni son écriture, je ne sais pas d'où ça sort !"

A l'époque des faits, Jérôme Dechaume ne s'inquiète pas de cette dette plus importante que la somme qui lui a été réellement prêtée : il fait une confiance aveugle à son créancier, qui lui explique que légalement, il est obligé de mentionner des intérêts mais qu'il ne les lui réclamera pas.

Harcèlement

Une parole qu'il ne tient pas. Pour se débarasser d'une partie de cette dette, le débiteur revend le local... à Rémi Chesne, qui n'abandonne pas pour autant. A partir de là, pendant près d'un an, il harcèle le garagiste à coups de SMS, parfois plusieurs fois par jour, allant jusqu'à le menacer d'en parler à ses parents ou de "vendre" cette dette. A quelqu'un de plus persuasif  ? Jérôme Dechaume n'y a jamais cru. Selon lui, Rémi Chesne revenait toujours le voir pour aplanir leur relation, soufflant le chaud et le froid jusqu'à une dernière altercation, en 2014.

Dernier SMS le jour du crime 

Jusqu'où Rémi Chesne a-t-il poussé ses exigences de contrepartie ? C'est ce que se demande l'avocat général Georges Gutierrez. En 2014, alors que les deux hommes n'ont plus de relation depuis près de 6 mois, Jérôme Dechaume reçoit un nouveau SMS de Rémi Chesne : "Tu t'es décidé ?" Nous sommes le 23 juin

- L'avocat général Georges Gutierrez : "Cela ne vous dit rien cette date ? Pourquoi il vous envoie ce message ce jour-là ?"
- Jérôme Dechaume : "Ben non. Pour moi, c'était encore pour cette histoire d'argent"
- Georges Gutierrez : "C'est le jour de la mort de Patrick Isoird"
- Jérôme Dechaume : "J'ai pas fait le rapprochement."
 

 Tout au long de ce portrait à double tranchant dressé de lui par son ancien ami, Rémi Chesne n'aura de cesse de désapprouver de la tête, montrant aux jurés son désaccord.  

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