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Lunel : l'interdiction du glyphosate dans les jardins et jardineries reste incomprise

Le Roundup est toujours en vente dans les grandes surfaces, mais sa nouvelle formule "biocontrôle" ne contient plus glyphosate. L'herbicide chimique a été remplacé par du vinaigre. / © F3 Occitanie
Le Roundup est toujours en vente dans les grandes surfaces, mais sa nouvelle formule "biocontrôle" ne contient plus glyphosate. L'herbicide chimique a été remplacé par du vinaigre. / © F3 Occitanie

Depuis le 1er janvier 2019, la loi interdit la vente du glyphosate aux particuliers comme son utilisation dans les jardins et potagers. Selon le gérant d'une jardinerie de Lunel, la disparition de cet herbicide chimique dans les rayons passe mal auprès des nombreux clients.

Par Isabelle Bris

A Lunel, depuis le début de l'année, Serge Thibon se fait régulièrement enguirlander par des clients en mal de glyphosate. Gérant d'une grande jardinerie, ce professionnel a pourtant préparé psychologiquement sa clientèle depuis des semaines et prévenu ses habitués : avec la nouvelle année, le glyphosate va disparaître définitivement des rayons.

Ce n'est pas de son fait, c'est la loi dite "Labbé" qui l'impose. Votée en 2017, cette loi de transition énergétique pour la croissance verte a interdit l'achat, l'usage et le stockage de pesticides pour les jardins des particuliers au 1er  janvier 2019.

Conséquence : nombre de clients de ce magasin spécialisé ont fait des réserves et dès l'été dernier, la jardinerie était déjà en rupture de stock !

Le glyphosate, une drogue pour certains clients 

 

40% des clients ne comprennent pas cette interdiction. Le glyphosate, ce n'est pas cher, c'est rapide et cela fonctionnait très bien. On a beau leur donner des solutions de substitutions avec des produits bio, ils ne veulent pas en entendre parler et ils ne nous croient pas quand on leur dit qu'on a plus le droit d'en vendre. Pour certains, c'est une drogue !



reconnaît Serge Thibon.

Il faut dire que ce produit est particulièrement utilisé dans l'Hérault et le Gard. Selon une carte publiée par Franceinfo en octobre 2017, ces deux départements faisaient partie des plus gros utilisateurs du Languedoc avec 192.7 tonnes de glyphosate vendues dans le Gard en 2016 et 182.6 tonnes pour l'Hérault. 


Les agriculteurs, principaux usagers du glyphosate


En France, comme dans la région, ce sont surtout les agriculteurs et les viticulteurs qui utilisent ce pesticide. Ils ont encore le droit de l'utiliser jusqu'en 2021.

Et après ? C'est flou : à deux occasions en 2018, les députés ont refusé d'interdire cette substance controversée : aucun amendement du projet de loi sur l'agriculture et l'alimentation n'a été adopté. L'objectif était pourtant de concrétiser l'engagement d'Emmanuel Macron : fin 2017, le président de la République avait annoncé vouloir interdire cet herbicide "dès que des alternatives auront été trouvées et au plus tard dans trois ans", soit 2021.

En attendant, collectivités, qui n'ont plus le droit de désherber avec le glyphosate depuis deux ans, et particuliers ne représentent que 15%  des usagers du pesticide, selon Carmen Etcheverry, bénévole et spécialiste du sujet chez France Nature Environnement (FNE).

Un nombre qui diminue lentement mais sûrement : depuis 2008, date de la mise en oeuvre du plan écophyto, l’utilisation de pesticides dans les zones non agricoles a baissé de plus de 3%.
 
"Se passer de pesticides, un enjeu pour la santé et l'environnement "pour l'association FNE / © FNE
"Se passer de pesticides, un enjeu pour la santé et l'environnement "pour l'association FNE / © FNE

Mais l'un des soucis, pour Carmen Etcheverry, "c'est qu'alors que les agriculteurs suivent une formation pour utiliser les pesticides et donc savent comment s'en protéger entre autre, ce n'est pas le cas de nombreux jardiniers amateurs" qui peuvent parfois surdoser l'herbicide et l'utiliser dans de mauvaises conditions, comme par exemple quand il ya trop de vent. Le glyphosate risque alors d'atterrir n'importe où...
 

Du Roundup au vinaigre


Depuis l'entrée en vigeur de la loi Labbé, ce type d'accident en devrait donc plus être possible. Et pourtant, dans les rayons de certaines grandes surfaces de l'Hérault par exemple, le consommateur peut encore tomber sur du Roundup !

En apparence, c'est le même bidon ou paquet, le même code couleur, le même nom… sauf que c’est la filiale française de la firme agrochimique américaine Scotts qui commercialise le produit, sous licence de Monsanto; ensuite et surtout : ce Roundup ne contient pas de glyphosate.

Il est parfaitement légal car dans sa nouvelle formule, l'herbicide chimique a été remplacé en partie par du vinaigre. 

Avec ce nouveau produit, la marque Monsanto semble vouloir se repeindre en vert nuance écolo."Roundup Jardin devient 100% biocontrole dès le premier janvier 2019" peut-on lire sur leur page internet, site en maintenance.

Ils ont gardé la marque mais ils ont complètement transformé le produit. A l'intérieur on retrouve souvent de un mélange d'eau et l'acide acétique (vinaigre) ou d'acide pélargonique, substance issu du géranium et qui brûle les mauvaise herbes.
 

explique Carmen Etcheverry, bénévole de France Nature Environnement .

Inventé par Monsanto dans les années 70 et tombé dans le domaine public au début des années 2000, le glyphosate est, dans l'esprit des gens intimement lié au Roundup. 

Ce nouveau Roundup au vinaigre ressemble aussi à un coup marketing pour garder une clientèle des jardiniers dubitative quant aux effets du glyphosate sur la santé ou en manque de ce produit chimique aussi bon marché qu'efficace pour désherber le jardin.
 

Des solutions bio pour desherber


C'est pourquoi, Serge Thibon n'en vendra pas dans sa jardinerie de Lunel, il ne veut pas induire sa clientèle en erreur.
 

Le Roundup bio utilise les mêmes molécules que les autres fabriquants de désherbant bio. Le consommateur pourrait croire que puisque c'est la même marque que l'ancien produit au glyphosate, ca va fonctionner mieux...


Dans son magasin, il propose désormais uniquement des alternatives bio à la chimie : divers désherbants bio en bidons plus ou moins concentrés, des engins thermiques capables de brûler les "mauvaises herbes", une notion qui devrait évoluer aussi à l'avenir dans l'esprit des jardiniers amateurs.


 

 

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