Agression du metteur en scène Alain Françon : 30 ans de réclusion criminelle requis contre celui qui a tenté de l'égorger

Publié le
Écrit par Yann Gonon

La cour d'assises de l'Hérault rend son verdict ce mercredi 7 décembre dans l'affaire de l'agression du metteur en scène Alain Françon. Le procureur a requis 30 ans de réclusion à son encontre.

"La fraternité du théâtre" a été la meilleure des thérapies, a assuré mardi le metteur en scène Alain Françon, venu témoigner devant les assises de l'Hérault au procès pour "tentative de meurtre" de l'homme qui lui a quasiment tranché la gorge, en mars 2021.

Au deuxième jour de ce procès, l'avocat général a réclamé une peine de 30 ans de réclusion criminelle, assortie d'une "période de sûreté de 15 ou 20 ans" et d'un suivi socio-judiciaire avec injonction de soins pendant cinq ans à l'encontre de Mohamed Kamel, un Algérien de 33 ans arrivé en France à l'âge de 11 ans. Le verdict est attendu mercredi, après la plaidoirie de la défense.

Acte "totalement dénué de sens"

Avant le réquisitoire, pendant une demi-heure, Alain Françon, 77 ans, a raconté "l'acte totalement dénué de sens" dont il a été victime, le 17 mars 2021, dans le centre historique de Montpellier. En fin de matinée, ce grand amoureux de Tchekhov, dont la carrière prolifique a été récompensée de trois Molières, profitait du beau temps pour se promener, avant de rejoindre le conservatoire d'art dramatique où il animait une formation.

Alors qu'il emprunte une ruelle, il a tout à coup le "sentiment d'être bousculé" par un inconnu venu de derrière, témoigne face à la cour d'assises l'homme de lettres, costume sombre et abondante chevelure blanche. Mais il ne "réalise pas" tout de suite qu'il est grièvement blessé, explique-t-il, visiblement ému, en évoquant les "gens remarquables" qui lui ont porté secours lorsqu'il finit par s'effondrer, avec une profonde plaie à la gorge d'une quinzaine de centimètres.

Celle-ci "aurait été rapidement mortelle sans les premiers soins" prodigués par des passants et deux employés d'une pharmacie, a expliqué la médecin légiste qui l'a examiné ce jour-là, après son opération.

"Il ne s'est rien passé d'autre", a insisté Alain Françon, réfutant avec force avoir tenu le moindre propos offensant envers l'homme qui, dans le box des accusés, garde la tête basse. Lors de sa garde-à-vue, il avait affirmé que le metteur en scène l'avait "mal regardé".

"Devenir méfiant"

"Symboliquement", c'est autre chose : plus que la douleur, l'artiste regrette d'avoir "perdu ce que 45 ans de théâtre (lui) ont appris: la confiance, le respect de l'autre". "Devenir méfiant, c'est quelque-chose que je n'aime pas", souffle-t-il.

Pendant les deux semaines qui ont suivi l'agression, jusqu'à l'interpellation du suspect, il a "refait le film" de sa vie, se demandant qui il avait pu "vexer ou humilier à ce point" pour mériter cela, se souvient-il également.

Avant de comprendre que cela peut "tomber sur n'importe qui": "Et c'est 50% de soulagement", dit-il. Si Mohamed Kamel a reconnu avoir frappé "un vieux", qui l'aurait "mal regardé", il a toujours nié avoir eu l'intention de le tuer. Au procès, il dit être "désolé", puis il évoque "un accident", souligne que sa victime "n'est pas morte", que des "gens pires" ne sont pas en prison... Exaspérée, la présidente de la cour lui demande "de se taire".

Quelques minutes avant d'agresser Alain Françon, ce Montpelliérain vivant d'expédients entre deux passages en prison avait été refoulé de la préfecture de l'Hérault, située à deux pas, où il n'avait pas pu déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour, faute de rendez-vous. L'agression, "c'est une réponse aveugle et vengeresse sur une victime bouc-émissaire désignée au hasard", a avancé un expert psychiatre.

Bien que n'osant plus circuler en métro et craignant les "ombres dans son dos", Alain Françon avait pu reprendre les répétitions, après quelques semaines, et retrouver ses amis acteurs, techniciens, régisseurs. Depuis, il a "monté cinq pièces" et en a une sixième en projet. "La fraternité du théâtre, ça a été ma plus grande thérapie", conclut-il.

Ecrit avec l'AFP.

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité