Une ligne d’écoute psychologique ouverte au Refuge après des plaintes pour "harcèlement moral" et "agression sexuelle"

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Écrit par Lauriane Nembrot
Ouverture d'une ligne d'écoute pour bénévoles, jeunes, salariés du Refuge. Montpellier, 1er décembre 2021.
Ouverture d'une ligne d'écoute pour bénévoles, jeunes, salariés du Refuge. Montpellier, 1er décembre 2021. © Lauriane Nembrot/FTV

Pointé du doigt pour de nombreuses défaillances et des accusations de harcèlement moral et sexuel, Le Refuge, qui vient en aide aux personnes LGBT+, a lancé une ligne d’écoute à destination des bénévoles, salariés et jeunes accompagnés par la Fondation basée à Montpellier (Hérault). Anciens bénévoles et accompagnés s'en félicitent.

Magistrate de profession, Sophie Delannoy a été nommée le 17 mai présidente de la Fondation Le Refuge. Presque quatre mois jour pour jour après la démission de son prédécesseur Nicolas Nogier, co-fondateur en 2003 de cette association basée à Montpellier qui vient en aide aux personnes LGBT+, et visé par des accusations de harcèlement moral et agressions sexuelles. 

Dès son entrée en fonction, Sophie Delannoy s’est engagée à venir en aide aux victimes supposées et à améliorer les relations humaines au sein de la fondation. Elle entend s'appuyer sur les résultats d'un audit remis en février par le cabinet BCG qui préconise notamment des moyens supplémentaires pour "mieux soutenir les bénévoles écoutants". “Quand ça se passe mal dans une entreprise, il faut agir et trouver des solutions”, commente la juriste. 

Une ligne gratuite et anonyme

Parmi les solutions trouvées : la création d’une ligne d’écoute psychologique ouverte aux bénévoles, salariés et jeunes accompagnés par la fondation. “Ce n’est pas un gadget, c’est même une obligation légale”, rappelle Sophie Delannoy, qui indique ignorer “pourquoi la précédente direction du refuge n’avait pas mis en place un tel dispositif”.

D'après l'article L. 4121-1 du Code du travail, l'employeur "prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs". Mis en place à la Fondation depuis le mois de novembre, ce dispositif d’écoute est assuré par le cabinet indépendant JLO. Le cabinet, spécialisé en ressources humaines et amélioration de la qualité de vie au travail, assure confidentialité et anonymat aux personnes qui témoignent. 

Disponible 24h/24 et 7j/7, elle doit permettre à toute personne passant ou travaillant au Refuge de “pouvoir échanger librement sur des difficultés rencontrées sur son lieu de travail, dans son engagement bénévole ou dans sa vie privée”, communique la fondation créée à Montpellier. "Notre priorité est d’aider les gens qui se présentent”, résume sa présidente Sophie Delannoy.

Les bénévoles du Refuge accueillent des jeunes qui ont été victimes de violences pendant des années. Ils doivent reconstruire ces jeunes et on fera tout pour les protéger

Sophie Delannoy, présidente de la Fondation Le Refuge

“On n’a pas été écoutés”

Sophie Debliquy a été à la tête d'une antenne de cette fondation à La Réunion. Avant de démissionner de son poste en 2020, “en même temps que l’ensemble des bénévoles” avec qui elle collaborait à l’époque, elle assure ne pas avoir été écoutée ni entendue par ses responsables. “On n’avait pas d’interlocuteurs autre que le président ou le directeur général”.

Lorsqu’elle a voulu alerter sur les “conditions de travail dégradées” et des “problèmes de management" qu'elle dit avoir rencontré, elle assure ne pas avoir pu échanger avec le siège. “On n’a pas été écoutés”, appuie celle qui est désormais membre du collectif des anciens du Refuge. 

Aux côtés d’autres, Sophie Debliquy a rédigé une liste de 36 propositions qui visent à améliorer la prise en charge des personnes accompagnées par Le Refuge et les bénévoles qui interviennent. "Un certain nombre" de ces recommandations ont été prises en compte par Sophie Delannoy et la nouvelle équipe de gestion de la fondation. “Aujourd’hui, on fait partie du comité de suivi de la Fondation, on dialogue avec le conseil administratif. On sait qu’aujourd’hui les bénévoles sont mieux encadrés”

Les auditions se poursuivent 

Quand Yohann Allemand a rejoint Le Refuge, il venait tout juste d’avoir 18 ans. Rejeté par ses proches suite à la révélation de son homosexualité, il a été accueilli par Le Refuge avant de s’engager bénévolement. À la tête de la section de la Vienne en Nouvelle-Aquitaine, il claque la porte en septembre 2020 après avoir subi pendant plusieurs mois ce qu’il qualifie aujourd'hui comme étant du harcèlement moral. 

À l'époque, je ne pouvais me tourner vers personne. Si j'avais eu un numéro à composer, peut-être que tout aurait été différent

Yohann Allemand, ancien du Refuge

Suite aux révélations faites par le site Mediapart et aux témoignages d'anciens accompagnants et bénévoles, il décide de créer l'association de défense des anciens du refuge, ADAR. "J'échange quotidiennement avec les plaignants", indique le jeune homme qui assure que 19 personnes ont déjà déposé plainte contre Le Refuge. S'il assure être "déterminé" et entend poursuivre les actions en justice à l'encontre du Refuge "jusqu'au bout", il reconnaît que la création d'une ligne d'écoute psychologique est une réelle avancée.

La Fondation du refuge, après s’être excusée publiquement au mois de février auprès de “toutes les personnes, jeunes, bénévoles, salarié.e.s, qui ont pu se sentir blessé.e.s, mal accueilli.e.s, ou mal considéré.e.s", s’est engagée à apporter un soutien financier aux personnes ayant déposé plainte contre la structure au printemps dernier. À ce jour, 10 000 euros ont été versés par la Fondation à l'association ADAR. L’enquête, menée par les enquêteurs du commissariat de Montpellier est toujours en cours. Selon nos informations, plusieurs plaignants dans ce dossier sont encore auditionnés. 

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