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La justice annule le permis de recherche de la Mine de Salau sur fond d'opposition minière en Occitanie

Depuis 2017, des associations se mobilisent contre la réouverture de la Mine de Salau (Ariège) fermée depuis 1986. / © REMY GABALDA / AFP
Depuis 2017, des associations se mobilisent contre la réouverture de la Mine de Salau (Ariège) fermée depuis 1986. / © REMY GABALDA / AFP

Le tribunal administratif de Toulouse annule l’arrêté du gouvernement accordant un permis de recherches pour la mine de Salau (Ariège). Une victoire pour les opposants à la réouverture de ce site mais aussi un exemple pour des personnes contestant d'autres projets miniers, comme dans le Tarn. 

Par Sylvain Duchampt

La société Variscan va devoir patienter avant de commencer ses travaux de recherches sur la mine de Salau (Ariège).

Saisi par trois associations (association « Couflens-Salau Demain », 1'association « Le comité écologique ariégeois » et 1'association « Henri Pézerat ») opposés à ce projet soutenu par la municipalité de Couflens, le Tribunal administratif de Toulouse vient d'annuler l’arrêté du 21 octobre 2016 du secrétaire d’état à l’industrie auprès du ministre de l’économie et des finances accordant à la société Variscan un permis exclusif de recherches de mines de tungstène, étain, bismuth, molybdène, zinc, plomb, cuivre, or, argent et substances connexes (notamment niobium et tantale) dit « Permis Couflens » dans le département de l’Ariège.

Des capacités financières insuffisantes

Comme l'explique le document ci-dessous, la justice estime que la société Variscan n'a pas la capacité financière pour assumer à bien ce projet : " la société Variscan Mines s’est engagée dans le dossier de demande de permis exclusif de recherches à consacrer un montant de 25 millions d’euros pour les travaux d’exploration, le tribunal constate que  la société Variscan Mines, dont l’actif s’élevait à la clôture de l’exercice 2014 à 2,05 millions d’euros, ne disposait pas, à la date de l’arrêté attaqué, des capacités financières propres pour mener à bien ces travaux."
 

Un combat pas encore gagné

Une décision vécue comme une victoire par les associations mobilisées depuis trois ans contre la révouverture de cette mine fermée en 1986 : "Nous sommes ravis, confirme Jean-Paul Arseguet, président de l'association Couflens-Salau Demain. Cette décision va dans le bon sens car cela bloque le projet de réouverture mais maintenant nous attendons la suite..."

Car en octobre 2018, le tribunal administratif de Toulouse a donné une première fois raison aux opposants en suspendant l'autorisation préfectorale accordée à la société Variscan Mines pour mettre le site en sécurité. Une décision contrée par un nouvel arrêté de la préfecture de l'Ariège le 11 avril dernier...

Contactée l'entreprise "Mines du Salat", filiale d’Apollo Minerals et propriétaire de Variscan Mines, ne souhaite pas réagir à cette décision judiciaire.
 

Des gisements stratégiques

Ce dossier s'inscrit dans le cadre, plus large, de la stratégie française dans le domaine des matières premières. En 2012, le gouvernement a chargé le Bureau de Recherches Géologiques et Minières de réévaluer l'ensemble du potentiel minier français, notamment en matière de tungstène. Ce minerai atteint une phase critique. L'approvisionnement de l'industrie française s'avère de plus en plus difficile. Les besoins restent toujours aussi importants. 


La mine de Salau a été exploitée pendant une quinzaine d'années, mais son potentiel reste énorme. Car comme l'indique le BRGM, dans un rapport sur la réévaluation du potentiel français en matière minière, les techniques d'extraction permettent désormais de prélever du minerai à concentration moins importante et le prix élevé du tungstène rendrait le gisement rentable. : "Si les réserves évaluées en 1986, sur la base des teneurs de coupure adaptées au contexte de l'époque, sont limitées (environ 3000t de WO3) la reprise et la réinterprétation des données disponibles par une approche moderne et dans le contexte économique actuel devrait significativement augmenter les potentiels de développement". 
Dans ce contexte, le site de Couflens est considéré comme l'un des gisements de tungstène les plus importants au monde. Il est d'ailleurs inscrit comme un projet stratégique pour la France.

Une analyse constestée par Jacques Renoud, vice-président de l'association Stop Mine-Salau : "Ces éléments n'ont pas été vérifiés depuis 1986. Ils ont été donnés par le BRGM à un moment précis où les politiques ont affiché leur volonté de relancer l'exploitation minière en France. Ce qui est important pour nous, c'est de faire comprendre les risques environnementaux que représente cette reprise de cette activité à Couflens : la présence d'amiante, l'utilisation de cyanure dans l'exploitation de l'or et la production importante de déchets." 

Une autre mine dans le Tarn ?

Un autre site a été identifié comme tel en Occitanie : au lieu-dit Fumade à Fontrieu (Tarn). En février 2019, la société "Tungstène du Narbonnais", derrière laquelle se cache le groupe sud-africain Raubex, a obtenu un permis exclusif de recherches de substances minières sur ce gisement, dit «permis de la Fabrié».
 

Selon les documents fournis par la société lors d'une consultation publique, durant 5 ans, 11,5 millions d'euros seront investis pour rechercher des traces de tungstène mais aussi d'or, de bismuth, d'antimoine, d'indium et de scandium.
 
Le permis exclusif de recherches de "La Fabrié" concernant plusieurs matières premières comme le tungstène mais aussi l'or ou le scandium. / © Capture d'écran - Ministère de l'économie et des finances
Le permis exclusif de recherches de "La Fabrié" concernant plusieurs matières premières comme le tungstène mais aussi l'or ou le scandium. / © Capture d'écran - Ministère de l'économie et des finances

Le spectre de Sivens

Mais dans le Tarn, la résistance face à ce projet s'organise, comme le prouve cette publication. 
 

Une opposition tarnaise loin d'être prise à la légère. Celle rencontrée lors du projet du barrage de Sivens reste toujours très vive.  

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