Lot : le domaine convoité par le mouvement complotiste One Nation finalement préempté

Nouveau rebondissement dans l'installation du mouvement complotiste One Nation dans le Lot. La Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) a exercé son droit de préemption sur le domaine situé sur la commune de Sénaillac-Lauzès.

"La Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safera exercé son droit de préemption sur la partie agricole et cherche des agriculteurs pour acquérir ce bien." En terminant sa phrase, le maire de Sénaillac-Lauzès (Lot), Christophe Bénac, pousse presque un soupir de soulagement. Depuis trois semaines, l'inquiétude règne au sein de ce village d'à peine 128 habitants.

Le mouvement complotiste et antisystème, One Nation, avait lancé un financement participatif via un fond de dotation afin d'acquérir un domaine de 200 hectares, estimé à 800.000 euros. Le projet porté par Alice Pazalmar, dont le véritable nom est Alice Martin Pascual, et son compagnon Sylvain Charles avait déjà connu un premier coup d'arrêt, le sept octobre 2021 : la suspension par le site HelloAsso de la cagnotte en ligne ayant déjà obtenu 270.000 euros de dons de la part de 650 donateurs.

"À ce jour, le fonds de dotation n’a pas encore réussi à obtenir une réponse d’HelloAsso concernant les motivations derrière cette décision et les modalités de versement/remboursement de cet argent récolté", avait réagi le couple sur son site internet. Et d'ajouter, "nous tenons à communiquer notre soutien envers les administrateurs d’HelloAsso qui doivent subir des pressions de toute part. Que le courage les accompagne afin de choisir d’honorer les belles valeurs de leur manifeste. Concernant la suite du crowdfunding, un plan B est en préparation…"

Forte opposition locale

Avec l'intervention de la Safer, révélée par le quotidien la Dépêche du Midi, ce "plan B" afin de poser leurs valises à Sénaillac-Lauzès (Lot) est mis à mal. L'éventualité de cette arrivée a provoqué localement une véritable levée de bouclier. Une pétition "Non à l’installation d'un groupuscule à dérives sectaires dans nos villages du Lot", sur Change.org, a ainsi récolté 1000 signatures.

"Ils sont contre tout. Ils veulent échapper à toute forme d'autorité. Cela a provoqué une véritable inquiétude dans l'ensemble de nos communes. Nous avons monté également un comité de surveillance et de vigilance composé de plusieurs maires du secteur. L'option de la Safer était, dès le début, la seule solution possible" ajoute Thérèse Vermande, maire d'Orniac. 

Cette élue connaît très bien le domaine au cœur de cette affaire. Ses parents, métayers, y vivaient. Elle y aura passé trente ans de sa vie. "L'endroit est très bien situé, entre Rocamadour et Saint-Cirq-Lapopie. Jusque dans les années 80, ce vaste domaine vivait de polyculture comme la plupart des fermes, puis s'est tourné vers l'élevage d'ovins." Un site à vocation agricole que Thérèse Vermande ne souhaite pas voir disparaître.

Attirer 200 personnes et convoiter la mairie

"La maison de maître du domaine reste à la vente, explique Christophe Bénac. Ils peuvent encore l'acquérir." Une préoccupation, d'autant plus vive, que le maire de Sénaillac-Lauzès a rencontré Alice Pazalmar. Cette dernière lui a présenté ses projets. "Nous avons échangé sur le domaine. Nous l'avons interrogée afin de savoir pourquoi elle avait choisi cet endroit et elle nous a répondu, en gros, que pour elle c'était le paradis. Elle se sentait à l'aise. Elle se sentait bien. C'était la nature et c'était des bâtiments comme cela qu'il lui fallait pour tous ses ateliers." La jeune femme n'a pas caché au passage sa volonté d'attirer plus de 200 personnes sur place et à terme, ravir la mairie.

Mais l'apaisement reste de courte durée. Plusieurs interlocuteurs évoquent la possibilité pour Alice Pazalmar et Sylvain Charles, encore récent actionnaire d'une start-up nantaise spécialisée dans l'immobilier, de se tourner vers d'autres zones de la région. "La situation a affecté nos villages, notre département, mais aussi au-delà, conclut la maire d'Orniac. Nous attendons la suite, mais pour moi l'histoire n'est pas finie.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
polémique société immobilier économie justice