Lozère : Dragon 63 reste en Auvergne, un hélicoptère de la gendarmerie pour rassurer les secours cet été

Le transfert de l'hélicoptère Dragon 63 affecté en Auvergne vers la Lozère pour la saison estivale a finalement été annulée par l'Etat ce mardi. Une décision qui fait suite à une polémique qui a éclaté chez les élus auvergnats. Un hélicoptère de la gendarmerie devrait le remplacer pour la saison. 

L'homme a été transporté au CHU de Lapeyronie par Dragon 34 - juillet 2020
L'homme a été transporté au CHU de Lapeyronie par Dragon 34 - juillet 2020 © Jean-Marc LOOS / MaxPPP
Cela a été annoncé mardi 30 juin par le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner : l'hélicoptère de la Sécurité civile de l'Auvergne, le Dragon 63, qui devait remplacer le Dragon 48 habituellement affecté en Lozère l'été, restera dans sa base d'Aulnat et ne sera pas transféré. Un hélicoptère "Choucas", le nom donné aux engins de la gendarmerie, le remplacera.
 

Une réorganisation qui intervient suite à la polémique survenue après la contestation de nombreux élus auvergnats, dont le président du Conseil départemental du Puy-de-Dôme, Jean-Yves Gouttebel, qui déploraient la perte de ce moyen de secours pour leur département, également montagneux et plébiscité par les touristes l'été.
 

Un hélicoptère "bleu" pour remplacer le "blanc"

Le Dragon 48, affecté à l'année à Nîmes, s'est écrasé le 2 décembre dernier dans les collines du massif de la Nerthe, au nord de Marseille lors d'une mission de renfort, provoquant la mort de ses trois occupants. Cet été, alors que la saison touristique débute en Lozère, c'est un hélicoptère de la gendarmerie (dit "bleu") qui remplacera finalement le Dragon de la Sécurité civile (dit "blanc"). 

Les touristes et les Lozériens pourront-ils bénéficier du même niveau de secours qu'avec le Dragon ? À priori oui, puisque l'appareil aura bien les mêmes carractéristiques qu'un Dragon, selon la présidente du département de la Lozère, Sophie Pantel, reçue mardi au ministère de l'Intérieur. Il devrait dont pouvoir effectuer les mêmes missions, notamment de secours en milieux périlleux et montagneux, de transport médicalisé, de recherche de personnes, du repérage de feu... 
 

L'appareil de type "écureuil" qui nous est affecté sera bien basé à Mende cet été, il pourra voler au-dessus des villes, de nuit si besoin et se poser au centre hospitalier et dans les CHU ainsi que de réaliser des opérations d'hélitreuillage.

Département de la Lozère (communiqué)

Les élus de la Lozère demandent une réforme globale

Si cette solution est privilégiée pour la saison touristique 2020, la question des moyens aériens attribués en Lozère devra-t-il se poser chaque année? 

Interrogé par nos confrères de La Montagne la semaine dernière, le Directeur général de la sécurité civile, Alain Thirion, expliquait que la perte de deux hélicoptères, l'un en décembre 2019, l'autre le 6 juin dernier dans les Pyrénées-Atlantiques, constituait une situation inédite. "Cela nous a obligés à réagir très vite et à prendre des décisions qui ont pu paraître précipitées", développait-il alors que le transfert était toujours prévu. Suite à ces évènements, l’État aurait commandé deux hélicoptères neufs qui devraient être livrés l’année prochaine.

Mais les élus locaux veulent aller plus loin. Devant l'annulation du transfert du Dragon 63, la présidente du Département avait dénoncé une "rupture d'égalité" entre les citoyens des différents départements dans un communiqué.
 

Force est de constater que depuis des années, les Lozériens n'ont pas les mêmes chances de survie, sous prétexte qu'ils ne sont pas assez nombreux et n'ont pas assez de représentants au niveau national. Personne ne s'émeut que nous n'ayons aucune couverture aérienne à l'année alors même qu'une perte partielle de la couverture aérienne en Auvergne provoque un tollé. Une vie en Lozère a-t-elle moins de valeur qu'une vie en Auvergne ?

Sophie Pantel, présidente du Conseil départemental de la Lozère


L'élue demande qu'une réforme d'ampleur soit mise en place, avec une couverture nationale héliportée entièrement revue. Elle demande ainsi qu'un hélicoptère soit affecté à l'année dans le département.

Un hélicoptère à l'année : trop cher ?


Une position qui n'est pas partagée par le député Pierre Morel-A-l'Huissier, qui estime, en tant qu'ancien rapporteur du budget de la sécurité civile, que le besoin n'est pas là. "Un hélicoptère à l'année, pour 78.000 habitants, ça coûte cher. Il faut compter l'achat, ou la location, l'entretien, mais aussi l'équipe médicale dédiée 24h/24, sans compter la réorganisation qui serait nécessaire dans les services de l'hôpital de Mende...", énumère-t-il.

Pour l'élu, un audit auprès de tous les services de secours (pompiers, gendarmerie...) serait nécessaire afin de comprendre les besoins en période de tension. Mais surtout, selon lui, "il ne faut pas tout attendre de l'Etat", et la solution doit se trouver au niveau global. Il demande notamment à la Région Occitanie de faire un effort.
   

L'annulation du transfert, on peut le regretter, mais ce n'est pas nous qui décidons. La situation est tendue au niveau de la sécurité civile, il y a moins de moyens cette année. Plutôt que de désorganiser un dispositif local, il faut que la solidarité soit globale. Il faut que tous les acteurs se mettent autour de la table pour éventuellement cofinancer ; Etat, Région, Département, communes...

Pierre Morel-A-L'Huissier, député de la Lozère

Pour la présidente du Conseil Départemental, l'achat notamment par le Département d'un appareil serait inéquitable. "Si nous devions arriver à cette solution pour garantir la sécurité de nos concitoyens alors même qu'il s'agit d'une compétence régalienne de l’État, cela signifierait qu'il n'y a plus de République, puisque certains territoires seraient dotés ou surdotés gratuitement, et que d'autres devraient payer pour survivre et se soigner !", selon Sophie Pantel.

Une pétition va être lancée pour un hélicoptère à l'année en Lozère et une réforme des moyens héliportés sur l'ensemble du territoire national.
 
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