Taxe américaine sur les vins : "Un sale coup de plus" pour les viticulteurs en Occitanie

Mauvaise nouvelle pour la viticulture: après les avoir suspendu, les États-Unis maintiennent les taxes sur les vins français. 25 % de droits de douanes supplémentaires, de quoi pénaliser encore plus une filière déjà affaiblie par la crise sanitaire, dans toute la région Occitanie.  

Une grappe de raisin, dans l'Aude
Une grappe de raisin, dans l'Aude © I.Bris/FTV

L’information est tombée dans la nuit de lundi à mardi : les douanes américaines ont annoncé qu'elles commenceraient à prélever à partir de ce  mardi 12 janvier des droits supplémentaires sur des produits européens, comme les vins français : soit une majoration de 25% des droits de douane.

Cette taxe dite « Trump   -annoncée le 31 décembre puis suspendue par Washington- sera donc maintenue, sans que l’on sache réellement pourquoi, Joe Biden le nouveau président américain, ne s'étant pas exprimé sur le sujet.

Un litige lié à l’aéronautique

Au départ, cette sanction américaine avait été décrétée dans le cadre d'un litige vieux de 15 ans avec l'Europe en raison des aides publiques accordées à Airbus.

Depuis octobre 2019, les États-Unis imposaient déjà un droit de douane de 25% sur les vins « tranquilles » ( non pétillants)  de moins de 14 degrés, vendus en contenants de moins de deux litres.

Cette taxe de 25% va désormais s'étendre à l'ensemble des vins tranquilles, y compris en vrac.

« C’est un sale coup de plus » déplore Gilles Contrepois. Ce vigneron audois, qui fait partie des pionniers du vin nature dans le département, vendait jusqu’à présent 15 % de sa production aux Etats-Unis.

Avec cette nouvelle taxe, notre vin sera forcément vendu plus cher aux consommateurs américains, il faut s’attendre à une baisse des commandes… 

Gilles Contrepois, vigneron audois

 Sur leurs onze hectares de vigne, Gilles et sa femme Séverine produisent en moyenne 15.000 bouteilles par an. Leur production haut de gamme est vendue sur place, aux cavistes, aux restaurants et à l'étranger. 

« La situation économique est déjà compliquée en ce moment avec la fermeture des restaurants et des salons. Le grand salon du millésime bio de Montpellier, où nous réalisons d’habitude 80% de nos affaires, a été annulé. Il aura lieu en ligne à la fin du mois de janvier, mais le problème pour nous, producteurs de vin nature, c’est que d’un millésime à l’autre, le vin change , il faut donc que les acheteurs goûtent . Et envoyer un échantillon aux USA, cela nous coûte déjà près de 100 euros la bouteille ! ».

Un manque à gagner d’un milliard d’euros pour la filière française

Les États-Unis étant l'un des marchés les plus importants au monde pour les vins et spiritueux, c’est un désastre qui s’annonce pour la filière. Selon les calculs de la fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS), les exportations vers les États-Unis devraient chuter d'un milliard d'euros par an.

 

C'est comme si on rayait de la carte la production viticole de toute l'Occitanie !

César Giron, président de la FEVS

 

"Cela me désole ! Cette hausse des taxes va encore profiter au vin espagnol bon marché" s'exclame Jean-Philippe Granier, vigneron et  directeur technique de l'AOC Languedoc.

Jean-Philippe Granier estime que les viticullteurs n'ont pas d'autre solution à l'avenir que de se réorienter, se concentrer sur le particulier, retrouver un marché de proximité et s’ouvrir encore plus au tourisme.

"Je plains les jeunes viticulteurs qui se sont installés récemment ! Après trois  années marquées par le mildiou,  la sécheresse, puis la crise sanitaire, et maintenant une hausse des taxes douanières, ils ne vont plus pouvoir tenir."

Le vignoble du Languedoc est le premier producteur français (8,2 millions d'hectolitres de rouge , 2,8 millions d'hectolitres de blanc et quasi autant en rosé.) 

Il est aussi le premier vignoble bio de France avec 22 000 hectares de vignes en bio, soit un bon tiers du vignoble bio français et 7% du vignoble bio mondial. 

Le vin du Roussillon trinque aussi

De son coté, Stephane Zanella, le nouveau président des Vins du Roussillon (CIVR) se dit scandalisé :

"Nous sommes des victimes collatérales d’un conflit qui ne nous concerne pas ! On nous a mis une première couche avec une taxe sur les vins de moins de 14° en 2019 qui a touché les rosés, là,  ce sont tous les vins qui trinquent, y compris le vrac !"

Le marché des États-Unis ne représente pas d’énormes volumes pour le vin du Roussillon mais cela obère fortement son potentiel de développement, estime de président du CiVR.

20 % des vins de Roussillon sont exportés aux Etats-Unis et globalement, les ventes à l’export globalement représentent 20 % des transactions.

Quelles aides pour le secteur viticole ?

Le ministère de l’économie étudie la possibilité d'accorder des aides aux viticulteurs pour compenser cette hausse des taxes sur les vins français.

Il s’est dit "favorable et ouvert à des compensations et à des mesures d'aides" après la réunion de la semaine dernière avec les représentants de la filière viticole.

Les viticulteurs pourraient être indemnisés à hauteur de 20% du chiffre d'affaires mensuel jusqu'à 200.000 euros, (mesure mise en place fin 2020 pour les entreprises affectées par la crise sanitaire.)

L’Etat envisage aussi de reporter d’un an le remboursement des prêts garantis par l’état, de renforcer son soutien à l'export et de demander à Bruxelles de mettre la main au portefeuille pour aider la filière viticole. 

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