Témoignage. "Si ça ne marche plus, on remballera" : face à la crise du vin, une famille de vignerons prête à tout abandonner

Publié le Écrit par Noëlle Hamez

Le secteur viticole d'Occitanie connaît une crise financière sans précédent. Dans les Pyrénées-Orientales, la famille Bousquet cultive ses vignes depuis près de 30 ans, mais face au manque de clientèle, à la hausse des charges et à la concurrence des exportations étrangères, les viticulteurs craignent de devoir mettre la clé sous la porte.

"Nous, ce qu'on demande c'est juste de vivre de notre métier." Benoît Bousquet est vigneron depuis qu'il a atteint la majorité. Dans son domaine viticole d'Estagel, détenu par la famille Bousquet depuis trois générations, les affaires battent dangereusement de l'aile.

Prix des charges qui explosent, concurrence venue de l'étranger, clientèle qui manque à l'appel... La situation que connaît ce vigneron des Pyrénées-Orientales est représentative de l'état de la filière en Occitanie, qui pousse un cri de détresse depuis déjà plusieurs mois.

La désillusion de la dernière génération

"Si je ramène mon salaire à l'heure, ça me fait seulement 3 ou 4 euros." Benoît a pris le risque de se confronter à sa réalité financière, il ne compte pas réitérer l'expérience. "C'est trop déprimant", assène le vigneron.

Là on va essayer de descendre à 25 hectares, et si ça ne marche plus du tout, on remballera.

Benoît Bousquet, vigneron

Quand il a décidé de reprendre l'exploitation familiale, Benoît travaillait sur une surface de 60 hectares. Aujourd'hui, la cave particulière ne compte plus que sur 35 hectares de vignes. Une désillusion pour le petit dernier de la famille Bousquet, qui songe parfois à tout arrêter. "Au début j'y croyais dur comme fer. Là on va essayer de descendre à 25 hectares, si ça ne marche plus du tout et que rien ne change, on remballera."

Il y a encore quelques mois, Benoît Bousquet pouvait compter sur l'association avec son père, Franck. Mais rapidement, celui-ci a dû chercher un second emploi pour arrondir les fins de mois. "On essaie de se débrouiller en allant voir ailleurs, même si j'aurais préféré être un peu plus avec mon fils. Mais là c'est l'urgence, le métier devient de plus en plus dur, à tous les niveaux", confie Franck, qui essaie de donner un coup de main à son fils dès qu'il le peut.

Des clients absents du marché

André Bousquet, le grand-père de Benoît, a lancé la cave particulière en 1986. Désormais à la retraite, il continue cependant de garder un œil sur l'exploitation. Le constat : tout est plus dur aujourd'hui.

Même quand les vignerons ont une bonne récolte ils se disent « bon maintenant qu'est-ce qu'on en fait ? »... C'est grave d'en arriver là.

André Bousquet, vigneron à la retraite

"Autrefois on avait beaucoup moins de problèmes pour vendre. On voyait des négociants, des courtiers, on vendait le vin en bouteille pour le valoriser... Puis les commandes se sont faites plus rares et maintenant on se demande comment aller chercher les clients", raconte-t-il, en pointant du doigt la concurrence "déloyale" des vins importés, moins chers et soumis à moins de normes. "Même quand les vignerons ont une bonne récolte ils se disent « bon maintenant qu'est-ce qu'on en fait ? »... C'est grave d'en arriver là."

"L'État doit mettre un peu d'ordre là-dedans"

Heureux de voir que sa famille perpétue la tradition du vignoble, André espère cependant que sa descendance puisse travailler dans de meilleures conditions. Pour mettre en évidence la crise du secteur, Benoît a décidé de se rendre à la grande manifestation organisée à Narbonne ce samedi 25 novembre 2023 par les vignerons du Midi.

Il faut que les restaurateurs jouent le jeu et que là-haut ils valorisent la diversité de nos territoires.

Benoît Bousquet

"L'amélioration de notre situation passera par la baisse des taxes et des importations", rapporte l'exploitant. "Que l'on puisse vendre nos produits au moins dans le pays. Mais pour ça il faut que les restaurateurs jouent le jeu et que là-haut ils valorisent la diversité de nos territoires. L'État doit mettre un peu d'ordre là-dedans."

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