Scolarité et Covid en Occitanie : comment garder ouvert les établissements

Quatre jours après la rentrée, l’inquiétude persiste du côté des enseignants. Pour eux, la sécurité sanitaire n’est pas assurée. Ils réclament une rotation des élèves une semaine sur deux. Le Ministère de l’Education et le rectorat estiment que le protocole actuel est suffisant.
 
© T.Kienzle/AFP

500 élèves dans une cantine, ce n’est pas raisonnable, des collégiens ou lycéens entassés dans des couloirs, ce n’est pas raisonnable ! »  Pierre Priouret, co-secrétaire académique du SNES-FSU 31



Quatre jours après la rentrée des classes Pierre Priouret ne décolère pas. Le co-secrétaire académique du Snes FSU 31 ne comprend pas que le recteur et le Ministre de l’Education « s’arc-boutent sur leurs positions ».

« On ne peut pas continuer dans ces conditions. On ne peut pas se payer le luxe de reproduire les erreurs du confinement passé qui avait donné lieu à des décrochages et à une baisse du niveau d’apprentissage. Pour nous la priorité, ce sont des rotations d’élèves une semaine sur deux pour que le contact soit gardé avec les établissements mais en toute sécurité pour les enseignants, les élèves et leurs familles ainsi que toute la population » réclame le professeur de mathématiques.

"Dans les écoles il y avait eu un gros travail dès septembre pour limiter le brassage des élèves" explique Marion Lalane de Laubadère adjointe en charge de l'éducation à la mairie de Toulouse. "Même en périscolaire et dans les CLAE, ils ont travaillé en sous-groupes stables pour faire remonter facilement les données si besoin par rapport aux cas contacts" rappelle-t-elle. "Il n'y a pas eu de clusters dans nos écoles primaires".

Eviter de renvoyer les élèves à la maison


Les parents d'élèves de la FCPE, eux, en restent persuadés "il faut plus d'enseignants pour des classes à effectif réduit" et éviter à tout prix de renvoyer les élèves à la maison, même une semaine sur deux. "On a bien vu le retard scolaire que certains ont accusé au printemps dernier. Les parents ne veulent plus revivre cela" assure Loïc Saillard, secrétaire général de la FCPE 31.

Même constat pour Marion Lalane à la mairie de Toulouse : "les écoles doivent absolument restées ouvertes de même que les centres de loisirs". "Même si le non contact entre écoles et familles a été léger lors du premier confinement, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu de décrochages, il y a des fractures énormes en termes d'équipement numérique" reconnaît l'élue municipale.

Qu’en est-il alors des moyens humains demandés ? « On peut recruter du personnel de vie scolaire et des techniciens d’entretien supplémentaires. On peut aussi embaucher quelques professeurs de plus. Mais quand bien même vous trouveriez des adultes à mettre en face de ces classes dédoublées, il y aura des problèmes de locaux » admet Pierre Priouret.

Les collectivités embauchent


Cela n'empêche pas les collectivités de mettre des moyens supplémentaires. "Rien que pour le mois de juin, le surcoût en personnel pour la mairie a été d'un million d'euros" témoigne Marion Lalane de Laubadère. La mairie de Toulouse  travaille avec une agence d'intérim à la fois pour remplacer les agents mis en septaine mais aussi ceux dont la fragilité de santé autorise l'absence. "Les cent personnes contractuelles que nous avions recrutées en juin ont été prolongées" signale également l'adjointe en charge des écoles toulousaines.

Carole Delga promet, elle, l’embauche de 80 personnes équivalent temps plein dans les lycées d’Occitanie. Lors d’une visioconférence de presse, la Présidente de Région l’a assuré ce mercredi après-midi : « Parmi les agents régionaux des lycées, il y a des absences parce que nous avons des personnes fragiles qui ne peuvent pas être en présentiel. Nous avons lancé une grande campagne de recrutement, 500 personnes y ont répondu ». 

Côté parents d'élèves, on relève aussi un manque de personnel. "Les agents techniques de restauration notamment sont en nombre insuffisant" commente le secrétiare général de la FCPE 31. "On voit aussi des établissements, notamment des collèges, qui veulent restreindre les récréations" affirme même Loïc Saillard.

La Présidente socialiste de Région partage la position des enseignants et des parents sur le fait qu’un retour à l’enseignement à distance pour les lycéens n’est pas souhaitable. Carole Delga, qui est en charge de l’équipement des lycées, demande aussi au ministère de l’Education Nationale qu’une demi-journée soit laissée libre la semaine prochaine pour que les personnels de chacun des 225 lycées publics de la région puissent s’organiser. 

Des aides à la flourniture de masques


Enfin répondant aux demandes des syndicats de l’éducation mais aussi de la FCPE, la Région fournira aussi à compter de la semaine prochaine deux masques à l’ensemble des élèves d’Occitanie (de l’école au lycée). Masques à retirer dans les transports scolaires, les maisons ou les hôtels de Région. La mairie de Toulouse étudie aussi de son côté une aide en ce sens pour les parents d'écoliers.

"Nous saluons ces initiatives. Jean-Michel Blanquer considérait à la rentrée les masques comme des fournitures scolaires, ce n'est pas normal" relève Loïc Saillard. "Nous avons beaucoup de questions des parents sur le masque, notamment chez les plus petits".

Des frais liés à ce protocole sanitaire qui ont également un coût pour les collectivités. "Rien que les essuies mains et le savon, cela représente  500 000 euros à l'année" annonce Marion Lalane de Laubadère. "Est-ce que l'Etat va aider les villes" s'interroge l'adjointe au maire de Toulouse. "Il y a beaucoup de questions à ce niveau-là. Combien de temps va durer le protocole et qu'est-ce que je réduis ailleurs pour le financer ?"

La CGT demande la fermeture des écoles


Maintenir à tout prix les établissements ouverts malgré la flambée de l’épidémie et un reconfinement partier, ce n’est pas l’avis de tous. La CGT Haute-Garonne, pourtant co-signataire d’un communiqué demandant plus de moyens humains avec la FCPE et les syndicats de l’enseignement, s’y oppose.

Face à la quasi saturation des services de réanimation et ce qu’elle qualifie de « politiques meurtrières qui sacrifient en premier lieu les travailleurs et leurs familles », elle demande la fermeture des écoles.

Myriam Martin conseillère régionale Ensemble-La France Insoumise veut que les établissements restent ouverts mais demande notamment d'avantage de personnel d'entretien et des cours en demi-groupe. "Si ces mesures ne sont pas adoptées, on risque d’observer rapidement une explosion de la pandémie dans les établissements scolaires, dans les collèges et les lycées en particulier" prévient-elle.

Politique du moyen terme dénoncée


Le président du département de Haute-Garonne a tiré la sonnette d’alarme le jour de la rentrée. Pour Georges Méric « on a un confinement light qui n’est pas celui du mois de mars ». « Vous verrez qu’il mettra beaucoup plus de temps à inverser les courbes et peut-être que Noël vous le passerez chez vous enfermer » confiait-il lundi à nos confrères de France Bleu Occitanie.

A la question « faut-il fermer les établissements scolaires ? » il répond qu’il « faudra y réfléchir à un moment donné, oui ». « Le moyen terme est insuffisant ! » assume ce médecin de profession. 
 

Soyons clair, cette pandémie, elle va durer au moins jusqu’en septembre avec plusieurs vagues qui vont se succéder » Georges Méric, Président (PS) du Conseil Départemental de Haute-Garonne.



Réponse du tac au tac du recteur de l’Académie de Toulouse sur le plateau de notre journal régional ce même lundi, pas question de fermer les établissements. « Le confinement généralisé (NDR : celui de mars dernier) a abouti au décrochage scolaire malgré l’investissement de nos enseignants et l’enseignement à distance. Si la situation sanitaire l’exige, notamment dans les lycées, le Ministre de la Santé l’a rappelé, il est possible de fermer. Mais travaillons toujours dans le sens de ne pas fermer » a toutefois nuancé Mostafa Fourar.

Oui mais c’est là où les positions divergent avec les syndicats enseignants. Là où ces derniers demandent une rotation des élèves présents et dénoncent une insuffisance des mesures mises en place, voilà ce que répond le recteur, invité de notre journal régional de lundi : 
 

La mise en place du protocole sanitaire au mois de septembre et octobre a limité largement la propagation du virus. Gestes barrières, lavage des mains, distanciation, c’est tout cela qui nous permettra d’éviter le confinement total et donc la fermeture de nos établissements scolaires » Mostafa Fourar, Recteur de l'Académie de Toulouse.

La menace de la grève


De leur côté, les syndicats enseignants n’excluent pas la grève alors que des préavis avaient été déposés dès cette semaine de rentrée. « On peut comprendre les interrogations. Nous sommes là pour y répondre » expliquait ce lundi le recteur sur notre antenne, « mais je ne crois pas qu’il soit opportun aujourd’hui de faire grève dans un contexte très compliqué ».

"On sent beaucoup de fatigue chez les enseignants qui ont des revendications légitimes" admet Loïc Saillard pour la FCPE. "Il est tout à fait légitime que les enseignants fassent valoir leur droit de retrait ou se mettent en grève, dans de nombreux établissements en France, et dans notre région, comme au collège Georges Sand à Toulouse et au lycée Pierre Mendes Frances à Montpellier" estime Myriam Martin.

« La grève ? On en discute » avoue Pierre Priouret. « Mais si nous en arrivons là, ce ne sera pas pour nous, ce sera pour la sécurité de tous » prévient le représentant du SNES-FSU.
 
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