Guerre en Ukraine : l'incroyable récit de victimes de Tony Peillon, faux militaire mais vrai escroc du Tarn

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Info France 3. Deux volontaires français ont eu affaire avec Tony Peillon, dans un camp à la frontière de l'Ukraine et de la Pologne. L'arnaqueur et mythomane s'y faisait passer pour un ancien militaire. Depuis, il a été arrêté et condamné pour avoir en sa possession des chargeurs de mitraillette. Témoignages.

"J’achetais des costumes à Paris pour environ 300 balles. Je vendais ces costumes là en enlevant les étiquettes originales et en remettant de fausses étiquettes que l’on faisait ici. Je les revendais 7000 balles." Alors que Tony Peillon, 26 ans, continue son récit de l’une de ses escroqueries, trois hommes se placent juste derrière lui. L’un d’eux lui tape sur l’épaule, "Police. Levez-vous". L’escroc n’a pas le temps de prendre son portable en main pour envoyer un message qu’il lui est aussitôt retiré. "Le téléphone, on le met de côté" assène un membre de la brigade anti-criminalité (BAC) du commissariat du XIIIe arrondissement de Paris, comme on peut le voir sur cette vidéo.

durée de la vidéo: 00 min 33
Arrestation Tony Peillon ©Vidéo amateur

Ce dimanche 20 mars 2022, l’arnaqueur d’Albi vient de tomber dans un piège. Julien (nom d’emprunt), chef d'entreprise d’une société de sécurité, a décidé de prendre rendez-vous avec lui à Paris, dans un Mac Do du XIIe. Depuis plusieurs jours, Tony Peillon se faisait passer pour un membre de son entreprise dans le camp de réfugiés ukrainiens de Medyka en Pologne. Sous couvert d’une fausse identité d’ancien militaire, le jeune homme aurait tenté de revendre des munitions et des chargeurs. C’est en proposant ce matériel de guerre à un ancien légionnaire que la supercherie a été révélée. Lors de son interpellation, 4 chargeurs de mitraillettes sont d’ailleurs retrouvés avec lui. Ce sont ces armes qui lui valent trois jours plus tard d’être condamné à 8 mois de prison pour détention, acquisition, importation et transport d’armes.

Les remords du volontaire à l'origine de sa venue

Le passage de l’escroc tarnais à la frontière ukrainienne a laissé des traces, jetant le discrédit vis-à-vis des Français présents à Medyka.  Patrick a du mal à étouffer ses sanglots lorsqu’il évoque l’affaire : "Je suis vraiment triste vis-à-vis de la merde que cela a foutu dans les équipes et de la peur que cela a provoqué auprès des réfugiés. Je présente toutes mes excuses à la mairie de Medyka, que ce soit aux organisateurs du camps, aux réfugiés qui ont quitté une zone de guerre et se sont retrouvés devant un mec, en militaire comme ça. C’est inadmissible. Foutre la merde sur un camp de réfugiés, c’est pas possible. Si je le croise, je le broie ce type."

Si l’émotion de ce bénévole français en Pologne est si forte, c’est qu’il est en partie responsable de la venue de Tony Peillon en Ukraine. "Je m’en veux énormément vis-à-vis des réfugiés, vis-à-vis de mon équipe, vis-à-vis de toutes les personnes qui ont côtoyé cette personne à cause de moi, je m’en veux. C’est très grave. C’est mal ce qu’il a fait. Nous, nous sommes venus pour faire du bien au gens."

Il y a environ un mois, le Marseillais de 36 ans, touché par le conflit en Ukraine se décide à agir. Il créé un groupe sur les réseaux sociaux pour apporter une aide humanitaire aux réfugiés ukrainiens. Un certain Tango lui propose alors ses services : "il a pris contact se présentant comme un ancien légionnaire avec une équipe qui était prête à nous aider." Celui qui se fait passer pour un ancien militaire affirme être en mesure de monter sur place un camp, le temps que Patrick arrive à la frontière polonaise.

Un ancien militaire, nommé Tango, rencontré sur le web

"Il m’a demandé d’affréter des tentes. Lui, assurait être en mesure de sécuriser et de garder le camp afin qu’il n’y ait pas de problèmes." Patrick ne se pose pas de questions. L’aubaine est trop belle.

Thierry Paul Valette, non plus. Lui aussi a rencontré Tony Peillon via les réseaux sociaux. " Nous étions tous pressés d’aller là-bas et nous n’avons pas pris la peine de rencontrer et de vérifier l’identité des personnes avec qui nous partions. Comme il se faisait passer pour un militaire, on ne voyait pas sa photo de profil. Il utilisait des codes. Lui c’était Tango. Moi c’était Delta. Il était équipé comme un militaire, utilisait le même langage. Il avait son treillis. Son matériel. C’est vrai que l’on y a vu que du feu, je n’ai pas vu des incohérences. Il m’a rassuré." Le Gilet jaune rejoint le groupe de Tango/Tony Peillon pour l’Ukraine.


" On était six personnes au total. Je n’avais rien à voir avec eux. Mes lives leur donnaient du crédit et éventuellement une couverture" estime-t-il. Sur place, Tony Peillon met en avant sa supposée appartenance à une société de sécurité française. Il ne quitte pas son uniforme. Son visage est constamment caché par un masque relevé jusqu’aux yeux. " Ils faisaient peur aux gens, raconte Thierry Paul Valette. Lorsqu’on l'interrogeait sur les raisons de cet accoutrement, il répondait : "c’est normal. Il y a des caméras. Nous sommes d’anciens militaires et on ne peut pas faire ce que l’on fait, donc on cache notre visage."

Accusé de proposer à la vente des munitions de Famas et de Kalachnikov

Encore en France, Patrick reçoit de multiples coups de fil, inquiets. " On m’explique qu’il se ballade dans le camp avec le gilet porte-plaque et la cagoule sur le nez. Qu’il embêtait un peu les gens alors que c’est interdit d’être en militaire sur la zone humanitaire. Il ne fallait tout simplement pas qu’on le reconnaisse, estime Patrick. Avec une photo, il aurait été identifiable très rapidement sur internet. Il n’enlevait sa cagoule que le soir."

Mais Tango ne s’arrête pas là. Selon plusieurs témoignages, il n’aurait pas hésité à passer la frontière pour vendre des munitions de Kalachnikov et de Famas, mais aussi des chargeurs. "Nous, on faisait des rondes pour sécuriser le camp pour lutter contre les proxénètes, décrit Thierry Paul Valette. Moi je pensais que c’était pour la société de sécurité française dont se réclamait Peillon. Lui, il prenait le 4x4 BMW qu’il avait acheté en France pour aller un peu plus loin, pour voir comment cela se passe. Je suis persuadé qu’en réalité il allait certainement effectuer ses trafics. L’Otan envoie des armes en Ukraine. Certaines disparaissent et se retrouvent sur le marché noir. Lui a voulu profiter de cela." 

Une version à laquelle ne croit pas Maître Claire Daubrey, l'avocate de Tony Peillon lors de l'audience du 23 mars : "Il a bien acheté quatre chargeurs de mitraillette en Ukraine, ce qui lui a valu sa nouvelle condamnation. C'est extrêmement facile à faire là bas. Mais en revanche, le reste, la proposition de vente de munitions et d'autres chargeurs, tout cela c'est encore une fois une affabulation de mon client. Il n'a jamais été en possession de ce matériel. Il voulait s'inventer une vie. On peut sûrement reconnaître qu'il devrait redescendre sur terre." 

"Quelqu'un de bien ayant fait des bêtises"

Des gilets tactiques, matériel qu’il vend 600 euros, sont aussi proposés aux membres du camp.  "Il a essayé de m’en vendre et il m’a escroqué de 500 euros, continue Thierry Paul Valette. C’est vraiment quelqu’un de psychologiquement très malin, très rusé, avec un sang-froid extraordinaire et un aplomb extraordinaire pour son âge." Mais pas au point de duper tout le monde. Un ancien militaire révèle la supercherie et sa véritable identité.

"Là, il nous a tout avoué, notamment ses précédentes condamnations, raconte Patrick. Il nous dit "j’ai en effet fait des bêtises, mais je suis rentré dans la Légion pour redorer mon blason. Je suis quelqu’un de bien." Thierry Paul Valette lui accorde le bénéfice du doute. "Tout était rassurant. Tout était crédible. Quand on lui posait des questions. Il n’y avait jamais de faille dans ses réponses."

Mais la situation devient insoutenable. Lorsque Patrick pose le pied enfin en Pologne, Tony Peillon s’est envolé pour retrouver Julien, le patron de la société de sécurité, à Paris où il sera arrêté. La colère et l’amertume se mélangent après cet épisode. "Il nous a mis dans un salle situation. C'est du gâchis" se désespère Patrick. Lui, comme Thierry Paul Valette, appelle désormais ceux qui veulent aider l'Ukraine à se rapprocher d'associations humanitaires et à ne pas prendre, seuls, d'initiatives. "Là bas, il y a trop de gens qui profitent de la situation. Ce sont des dealers de mort" conclut le Gilet jaune.