Tarn : y aura-t-il un nouveau projet de barrage sur le site de Sivens ?

L'hypothèse d'un ouvrage sur le site de Sivens ravive les tensions entre pro et anti barrage / © France 3
L'hypothèse d'un ouvrage sur le site de Sivens ravive les tensions entre pro et anti barrage / © France 3

Le projet de territoire, lancé en 2015 suite à l'abandon du projet de barrage de Sivens, arrive au bout de son processus. Les acteurs de ce dossier, visant à répondre aux besoins en eau de la vallée du Tescou, doivent désormais trancher. La possibilité d'un ouvrage sur le Testet ravive les tensions.

Par Sylvain Duchampt avec CR

Le dossier Sivens repart à nouveau dans la polémique entre pro et anti barrage. Le projet de territoire arrive à sa fin. L'installation d'un ouvrage sur le site de la zone humide du Testet pour répondre aux besoins en eau de la vallée est l'option principale. 

"Nous sommes favorables à une solution sur plusieurs sites mais pour nous il est inévitable que Sivens en fasse partie." La position de Laurent Viguier est sans détour. L'agriculteur participe depuis 4 ans au projet de territoire, lancé par l'Etat suite à l'abandon du barrage de Sivens, comme représentant de la FDSEA du Tarn. "C'est un dossier que j'ai abordé sans a priori. J'ai fait table rase du passé, affirme celui qui fut l'un des plus ardents défenseur du barrage de Sivens. Mais il y a quand même des conclusions qui s'imposent.
 

Le projet de territoire arrive au bout de son processus. Le bilan des besoins en eau de la vallée du Tescou semble avoir fait consensus. Reste désormais à trancher la solution qui permettrait d'y répondre : "10 projets ont été étudiés en fonction de ces besoins" assure le tarnais Philippe Jougla, actuel président de la FRNSEA.
 
L'idée d'un nouveau projet à Sivens est loin de faire l'unanimité.
Dans une lettre ouverte, l'association de protection de la nature basée à Lisle-sur-Tarn, APIFERA, fait part de ses craintes concernant l'évolution du dossier. 

L'association estime que certaines des solutions pouvant être retenues pour « mobiliser » la ressource en eau sur le bassin versant comprometteraient la réhabilitation de la zone humide du Testet.

On constate que « les besoins en eau » pour maintenir un Débit objectif d’étiage – bonne qualité de l’eau en aval, - et pour l’agriculture sont surestimés et ne sont pas justifiés.
Les projets agricoles présentés contribuent à renforcer des exploitations de grande envergure, « agriculture intensive pour une majorité », ayant recours aux traitements chimiques.
Dans l’état actuel des discussions, les orientations et les mesures qui favoriseraient les économies d’eau et la préservation de la biodiversité, ne sont pas pour le moment clairement prises.


écrivent Gérard Lanoye et Christian Conrad au nom de l'APIFERA.

Le collectif du Testet s'inquiète, dans un communiqué, plus particulièrement du débit retenu pour les études : " Très curieusement, sont invoquées des raisons "écologiques" pour justifier la nécessité d'augmenter fortement la quantité d'eau qui coule dans le Tescou en été et en automne. (...) Le point de mesure du Débit d'Objectif d'Etiage (DOE) se situe à Saint Nauphary. Actuellement à 100l/s, il est proposé de le porter à 136 l/s dont 130 l/s pour des « raisons écologiques » d’atteinte d’un seuil bas de « débit biologique ». Cette valeur a été retenue par le dernier COPIL 5 (Comité de Pilotage) du Tescou."
 
 
"Moi je ne suis pas un expert et ce sont justement des experts indépendants qui ont établi le DOE, répond Laurent Viguier. Ceux qui constestent ces analyses le font avec un parti pris idéologique."

Des projets sur la zone humide

Plusieurs rapports et études ont été rendus au cours ces derniers mois pour alimenter la réflexion des participants sur ce projet de territoire. Mais impossible de se faire une idée précise des orientations retenues. Aucun de ces documents ne sont publics.

Seule certitude : toujours très imprégnée de la mort de Rémi Fraissela situation se crispe entre ancien pro et anti-barrage de Sivens. 
 

Contexte de blocage

Ainsi, Christian Conrad assure que son association "veut rompre le silence". "Plusieurs sites ont été identifiés pour répondre aux besoins en eau dont deux solutions sur la zone humide du Testet."  Le botaniste a peur " de devoir manger son chapeau" conscient que son camp pourrait s'avérer minoritaire. 

L'APIFERA est claire. Un éventuel projet sur la zone de l'ancien site de Sivens serait un Casus belli "En aucun cas nous ne validerons la réalisation d’un ouvrage de quelle contenance qu’il soit sur le site de la zone humide du Testet" peut-on encore lire dans la lettre ouverte. Ses auteurs annoncent que l'association se retirera du processus en cours si ces propositions étaient retenues. 

L'instance de co-construction doit se réunir d'ici la fin du mois de juin pour émettre un souhait. Sans consensus, le projet de territoire pourrait rapidement se trouver dans un contexte de blocage.

Contacté, le préfet du Tarn n'a pas souhaité communiquer sur ce dossier sensible. 

En 4 ans les différents protaganistes du "dossier Sivens" ont réussi à se parler et à se mettre d'accord sur certains points comme le besoin d'eau mais force est de constater que le choix du site reste le point de divergence.
 

Sur le même sujet

Les + Lus