TEMOIGNAGES. Flouter les images des visages des policiers, la question divise toujours en Occitanie

Sera-t-on bientôt obligé de flouter les visages des policiers avant de diffuser les images ? La mesure qui figure dans l’article 24 du projet de loi sur la sécurité globale fait débat. Elle sera examinée à l’Assemblée Nationale mardi 17 novembre.
Manifestation des Gilets Jaunes à Toulouse en septembre dernier
Manifestation des Gilets Jaunes à Toulouse en septembre dernier © Auriane Duffau, F3 Occitanie
« C’est l’une de nos revendications depuis longtemps. On a même été les premiers à le demander » assure David Leyraud. Et le secrétaire régional adjoint d’Alliance Police de rappeler une réunion entre ses collègues de l’Hérault et Jean-Pierre Grand en décembre 2019. 

Le sénateur Les Républicains avait alors déposé en commission des lois un amendement à la proposition de loi de "lutte contre la haine" sur internet. « Initiative qui avait fait le buzz mais avait aussi attiré les foudres de pas mal de monde sur lui» se souvient le syndicaliste policier.

Une atteinte à la liberté


La nouvelle version du texte ne semble pas mieux passer notamment auprès de la Ligue des Droits de l’Homme. « Nous observons depuis quatre ans maintenant les policiers sur la voie publique et on filme » explique Marie Toustou. « On va continuer à le faire. On était sur la manifestation du 7 novembre à Toulouse. On n’a pas eu de problèmes » assure la membre de l’observatoire des pratiques policières.

« Il y a déjà des lois qui existent en ce sens » précise Jean-Luc Thomas. « Et globalement chacun de nous fait attention » signifie le reporter de C-News. « C’est une fois de plus une atteinte à notre liberté. On commence par là et puis après c’est mettre le doigt dans un engrenage très pernicieux et liberticide » prévient le journaliste de télévision.

Ne pas interdire de filmer

« La question n’est pas d’interdire de filmer l’action des policiers » se défend Didier Martinez. « Il s’agit de ne pas montrer en gros plan les visages. Les images existeront et s’il y a une enquête sur des faits avérés de dérapage des forces de l’ordre, elles seront données à l’Inspection Générale de la Police Nationale » argumente le délégué régional de SGP Police FO.

« L’IGPN, c’est un peu la famille » souligne avec humour Marie Toustou. « Nous avons nous-mêmes été victimes de violence et avons porté plainte . Et pour l’instant, rien ne bouge » atteste cette militante des droits de l’homme.

Des policiers ciblés

Mais pourquoi les policiers et leurs syndicats tiennent-ils absolument à cette mesure ?
« De plus en plus souvent, nous sommes menacés durant notre travail mais aussi dans notre vie privée. Il y a eu es affaires à Narbonne ou Béziers où les noms de policiers ont été affichés sur des murs » rappelle David Leyraud.

Et le syndicaliste de rappeler que certains de ses collègues avaient été filmés puis diffusés sur les réseaux sociaux alors qu'ils intervenaient dans une manifestation en civil à Perpignan. Clairement identifiés, ils avaient alors engagé une action en justice. "Ils avaient été déboutés mais parce que cette loi n'existait pas. Aujourd'hui si elle est votée, ça changera tout".

« Magnanville a été le cas le plus terrible, mais il y a beaucoup d’autres histoires de policiers identifiés et pris à partie, au restaurant ou pendant qu’ils font leurs courses en famille » explique Didier Martinez. « Des policiers qui habitent de plus en plus loin de leur lieu d’affectation et dont le voisinage ne connaît pas toujours la profession » rajoute-t-il.

Ne pas confondre réseaux sociaux et journalistes

Dans le viseur des défenseurs de cette loi : les réseaux sociaux. « Ils nous confondent avec ces personnes qui viennent filmer sur les manifestations et qui ne savent pas ce qu’est le droit à l’image» explique Jean-Luc Thomas. 

Pour le journaliste « on ne peut pas laissé à ces seules personnes le droit de filmer et de diffuser ce genre d’images. D’autant qu’il est difficile ensuite de remonter jusqu’à elles. »

Un an de prison et 45 000 euros d'amende

L’article prévoit jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Une sanction que la Ligue des Droits de l’Homme trouve « très lourde » comme elle l’exprime dans une lettre-pétition adressée aux députés pour s’opposer à la loi sécurité.

« Pour moi, ça crée du désordre plutôt que la sécurité » confie Marie Toustou. Et la membre de l’observatoire des pratiques policières de se demander si cette loi ne risque pas de se heurter à d’autres lois, européennes notamment.

« Et quand il y aura une manifestation de policiers devant le commissariat, comment fera-t-on » s’interroge pour conclure Jean-Luc Thomas. « On ne filmera que leurs pieds ? ». « Je ne suis pas corporatiste mais si cette loi passe, il va vraiment falloir qu’on se bouge » insiste le reporter.
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