JO de Paris 2024 : les métros, RER, bus et tram seront-ils prêts à l'heure, pour juillet prochain ?

Transilien SNCF lance une nouvelle campagne de recrutement. Conducteurs de train, de RER ou de tram, mais aussi des agents de station et de maintenance. La RATP souhaite aussi renforcer ses effectifs. Est-ce suffisant pour absorber les millions de visiteurs attendus pour les Jeux Olympiques ?

"5 300 personnes embauchées d'ici fin 2024", du côté de la RATP. "900 personnes" en plus pour Transilien, cette année. C'est une véritable surenchère de chiffres, ces derniers jours, du côté des entreprises de transport en Île-de-France. Les deux exploitants historiques du métro parisien, du RER, du bus et du tram n'ont cessé de vanter leurs recrutements à venir. Mardi 6 février, Transilien SNCF organise notamment "un forum XXL" de recrutement au Stade de France.

Des offres d'emploi à pouvoir, pour couvrir entre autres plusieurs prolongements avant le début des épreuves : ceux des lignes 11 et 14 du métro, du tram T3b, mais aussi du RER E. Dans le même temps, les syndicats s'inquiètent, de même qu'Anne Hidalgo. La maire (PS) s'est montrée sceptique, à plusieurs reprises. Elle remet notamment en cause la capacité des transports à pouvoir accueillir les "600 000 à 800 000 voyageurs par jour supplémentaires", liés aux Jeux Olympiques.

Il faut ajouter à cela un préavis de grève déposé à la RATP, de février à septembre prochain. La CGT évoque "des mesures salariales insuffisantes". Plusieurs éléments qui questionnent, à 176 jours de la cérémonie d'ouverture des JO sur les bords de Seine. Le compte y est-il réellement, niveau transports en Île-de-France ?

À l'Est, des motifs d'inquiétude

Sur le réseau Transilien, l'heure n'est pas vraiment à l'optimisme. Pour Daoud*, secrétaire du syndicat SUD-Rail Paris Est, la situation est tendue. La région Paris-Est correspond à la ligne E du RER (Paris-Chelles-Gournay/Tournan-en-Brie), P du Transilien (Paris-Meaux/la Ferté-Milon/Provins/Coulommiers) et au T4 (Aulnay-Bondy/Montfermeil) sur le tram-train. Trois lignes qui risquent d'être très fréquentées, pendant les Jeux Olympiques.

Le représentant syndical alerte. "900 personnes recrutées, ce n'est pas suffisant. Même si cela venait à suffire, ce n'est pas réaliste. La preuve, c'est que des mesures ont été mises en place pour les agents actuels de la SNCF, pour qu'ils puissent poser leurs congés ultérieurement, en dehors de la période des Jeux. Ce ne sera pas le cas pour tous, mais on ne connaît pas encore les détails", s'alarme-t-il.

Avec ou sans les JO, on est en souffrance. Pour les conducteurs, ils essaient de recruter, mais ce n'est plus aussi attractif qu'avant.

Daoud

Secrétaire du syndicat SUD-Rail SNCF, région Paris-Est

Première inquiétude : la ligne P, qui dessert la gare de Vaires-Torcy (Seine-et-Marne), l'un des sites olympiques. "Avec le flux de voyageurs, allons-nous aussi être concernés par ces mesures sur les congés ? On est en attente du retour de la direction. Avant 2020, il y avait un régime spécial de retraites, on était au statut. Il y avait une protection, par exemple, du fait de nos horaires différents", souligne Daoud.

Il n'est pas plus optimiste pour la situation du RER E. La ligne dessert la gare du Nord, la gare Saint-Lazare, mais aussi la Défense. Un autre site olympique, du fait de la présence de la U-Arena, où se tiendront des épreuves. "On a beaucoup de doutes sur le fait que le prolongement vers Nanterre soit prêt. On nous dit que c'est prêt, puis en fait ce n'est pas le cas. Il y a des temps de retard, toujours quelque chose qui recule l'ouverture", déplore le cheminot.

La peur du black-out dans les métros et les bus

Sur le réseau RATP, les craintes ne s'estompent pas non plus. Cemil Kaygisiz est secrétaire général du syndicat CGT à la RATP. C'est aussi un des conducteurs de bus de la ligne 70 (Hôtel de Ville-Suresnes-de Gaulle). Il redoute très clairement la période olympique : "L'Hôtel de ville, on ne pourra pas y accéder. La vraie problématique, ce sont toutes les restrictions de circulation. 90% des lignes de bus de Paris vont être concernées par les impacts directs des JO."

"Un vrai risque pèse sur l'offre de transport, avec l'afflux de touristes. Tout a été misé sur le métro et le RER : on risque d'avoir des complications. Castex (NDLR : le président de la RATP) et la mairie de Paris le reconnaissent à demi-mot", plaide le représentant syndical. Le machiniste-receveur redoute surtout les aléas d'exploitation : "Imaginez qu'une ligne de métro connaisse un problème. Tout le reste va aussi être touché, qu'il s'agisse d'un colis suspect, d'un incident technique."

En 2021, il y avait 838 opérateurs de maintenance à la RATP. En 2023, ils n'étaient plus que 755.

Cemil Kaygisiz

Secrétaire général CGT-RATP BUS

Dans ces cas de figure, la RATP met en place des bus de remplacement. Une situation que la régie peut gérer, en temps normal. Le représentant doute en revanche de l'efficacité du dispositif, pendant les Jeux Olympiques : "Chaque centre-bus (NDLR : les dépôts) mobilise des bus de substitution. Lorsqu'on les sollicite, c'est autant de bus enlevés sur l'offre de transport habituelle. La RATP a environ 4 600 bus. En période de JO, il va y avoir une incapacité à absorber la charge, cela ne va pas être possible."

Son analyse se fait encore plus pessimiste. "Entre novembre 2021 et novembre 2023, on a perdu 1 539 machinistes-receveurs. L'entreprise n'arrive plus à embaucher comme avant, sans compter les problèmes de matériel, avec la diminution du personnel de maintenance. La RATP veut recruter 5 300 personnes, dont 1 500 à 2 000 pour le bus. Ce n'est pas à la hauteur de l'effectif et de l'offre de transport. Elle n'est pas revenue à 100% de ce qu'elle était avant le Covid, sur le métro, le bus ou le tramway. On le voit sur les lignes 5 et 13, la 4 aussi, même automatisée", lâche-t-il, acerbe.

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Sollicitée, la SNCF reconnaît qu'il ne s'agit pas de "recrutements spécifiquement liés aux Jeux Olympiques". "Le recrutement se fait sur du long terme, la formation des agents de conduite nécessite 12 mois", précise-t-elle. Ce recrutement sert "à rattraper la période Covid", mais aussi honorer les exigences d'Île-de-France Mobilités. "L'arrivée de nouveaux trains, la mise en place du prolongement de la ligne E du RER et les Jeux Olympiques demandent de nouvelles compétences", ajoute Transilien.

De son côté, la RATP n'a pas répondu nos demandes dans les délais impartis.

* Il n'a volontairement pas souhaité nous préciser son nom de famille.

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