Quatre ans après la mort d'Adama Traoré, des milliers de manifestants défilent à Beaumont-sur-Oise

Quatre ans après la mort d'Adama Traoré lors d'une interpellation à Beaumont-sur-Oise, des milliers de personnes ont défilé à l'appel du Comité Adama et du mouvement écologiste Aternatiba. Un arrêt a été marqué par le cortège dans la ville voisine, devant la gendarmerie où est mort le jeune homme.
Quatre ans après la mort d'Adama Traoré, des milliers de personnes ont défilé à Beaumont-sur-Oise, dans un contexte nouveau de mobilisation contre les violences policières.
Quatre ans après la mort d'Adama Traoré, des milliers de personnes ont défilé à Beaumont-sur-Oise, dans un contexte nouveau de mobilisation contre les violences policières. © William Van Qui, France 3 Paris Île-de-France
C’est la quatrième marche en hommage à Adama Traoré. Quatre comme le nombre d’années écoulées depuis sa mort, lors de son interpellation par les gendarmes, le 19 juillet 2016, à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise). La "Marche Adama IV", organisée par le Comité Adama et le mouvement Alternatiba, a retenti davantage cette année, alors que la mobilisation contre le racisme et les violences policières est repartie de plus belle dans le sillage de l’affaire George Floyd. Samedi, en tout début d’après-midi, ils étaient déjà nombreux à se presser devant la gare de Persan-Beaumont – point de départ de la marche – pour rendre hommage au jeune homme noir décédé, le jour de ses 24 ans, après son arrestation. Au total, la marche a réuni environ 2.700 personnes selon les gendarmes.

Fait inédit, l'hommage est pour la première fois co-organisé par le Comité Adama et Alternatiba, une des principales organisations du mouvement pour le climat, au nom d'une lutte commune contre les inégalités.
Le cortège s'est élancé peu après 15 heures depuis la gare de Persan-Beaumont.
Le cortège s'est élancé peu après 15 heures depuis la gare de Persan-Beaumont. © William Van Qui, France 3 Paris Île-de-France
 

Arrêt devant la gendarmerie où Adama Traoré est mort

Le cortège est parti de la gare. Premier arrêt significatif, peu après 15 heures : la gendarmerie de Persan où Adama Traoré est mort, allongé sur le ventre, les mains menottées dans le dos. À cette étape du parcours, de nombreux manifestants sont venus gonfler les rangs du cortège qui rassemble alors près de 3.000 personnes, selon notre journaliste présent sur place.

"Laissez-nous respirer" ou "Pas de justice, pas de paix" pouvait-on lire sur des banderoles brandies dans la foule. "Aucun homme, aucune personne ne doit mourir de cette façon-là, à cet âge-là", a déclaré Assa Traoré, soeur du jeune homme et figure du combat mené depuis des années pour voir "la requalification des faits en homicide volontaire".
Depuis plusieurs semaines, les soutiens de la famille Traoré - dont Assa est devenue l’un des principaux porte-drapeaux de la lutte antiraciste en France - ont tenté d’établir un parallèle avec l’affaire George Floyd, Noir américain mort asphyxié sous le genou d’un policier de Minneapolis (Minnesota), le 26 mai dernier.

La marche pour Adama Traoré s’inscrit donc dans un contexte particulier marqué par une mobilisation mondiale contre les violences policières et le racisme. Le 2 juin déjà, alors que de nombreuses manifestations étaient organisées çà et là à travers le monde pour dénoncer les discriminations raciales, Assa Traoré avait appelé à une mobilisation d’ampleur devant le Tribunal de Grande instance de Paris. Appel auquel par moins de 20.000 personnes avaient répondu.
 
Assa Traoré, soeur d'Adama, a pris la parole devant la foule arrêtée face à la gendarmerie de Persan où est mort le jeune homme, en juillet 2016.
Assa Traoré, soeur d'Adama, a pris la parole devant la foule arrêtée face à la gendarmerie de Persan où est mort le jeune homme, en juillet 2016. © William Van Qui, France 3 Paris Île-de-France
 

Fédérer davantage

Dans l’affaire Traoré, la justice ne semble toutefois pas perméable à ces manifestations massives. Le 10 juillet dernier, les juges d’instructions chargés du dossier ont ordonné de nouvelles expertises, nommant quatre médecins exerçant dans la région de Bruxelles pour rendre une nouvelle expertise médico-légale destinée à déterminer les causes de la mort d’Adama Traoré. Après quatre ans d’une véritable guerre des experts, l’enjeu est toujours de savoir si le jeune homme a succombé à une défaillance cardiaque, ou s’il a subi un plaquage ventral ayant provoqué son asphyxie.
"Au lieu de faire tout le temps des expertises à gauche à droite, qu'ils nous disent la vérité", a lancé, émue, Oumou Traoré, la mère d'Adama. "J'ai envie d'avoir la justice avant de mourir".

Avant la marche, les familles de Cédric Chouviat (mort après avoir été maintenu au sol par des policiers lors d'un contrôle routier), Lamine Dieng (mort après une interpellation), Ibrahima Bah (mort à moto lors d'une intervention de police), Babacar Gueye (tué lors d'une opération policière), Gaye Camara (abattu par la police lors d'une intervention) et Sabri (mort dans un accident de moto, à proximité d'une voiture de police), ont pris la parole pour dénoncer la mort de leurs proches, à cause des "violences policières".

Du côté de la famille Traoré, et de leurs soutiens, l’objectif est de maintenir la pression. Les trois précédentes marches en mémoire d’Adama avaient déjà rassemblé entre 1.500 et 2.000 personnes. Cette année, les organisateurs espèrent en fédérer bien davantage. Un festival a d’ailleurs été prévu à l’arrivée de la marche dans le quartier Boyenval, où vit la famille Traoré. Un moment festif auquel plusieurs artistes, dont les rappeurs Youssoupha, Abd al Malik, Hatik et Féfé, ont pris part.
Durant la marche, plusieurs personnalités ont par ailleurs été aperçues.  Parmi elles, le comédien Omar Sy, l'humoriste Malik Bentalha, ou encore DJ Snake.
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