Parrainage pour la présidentielle : pas envie, pas le moment..les élus locaux croulent sous les demandes des futurs candidats

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Écrit par Catherine Eme-Ziri
Les maires des petites communes représentent 30 000 signatures potentielles
Les maires des petites communes représentent 30 000 signatures potentielles © Alexandre Marchi Est Républicain Maxppp

Pour être candidat à l’élection présidentielle, chaque candidat doit déposer au conseil Constitutionnel le parrainage d’au moins 500 élus. Cette année, le système semble en panne. Formule de bon sens pour éviter des candidatures fantaisistes ou anti-démocratiques ?

De Mélenchon à Zemmour, des candidats en difficulté ?

Un vent de panique souffle-t-il sur le monde politique ? Si les « petits » candidats à l’élection présidentielle ont l’habitude de se battre pour obtenir les fameuses 500 signatures, même des « gros » rencontrent des difficultés cette année. Marine Le Pen, Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon semblent en difficulté pour convaincre les maires de leur apporter leur parrainage.

Le jeudi 6 janvier, sur Europe1, Éric Zemmour a demandé à l’AMF, l’Association des Maires de France, de constituer des « pools de signatures » de ses adhérents afin d’atteindre les 500 parrainages.

Jean-Luc Mélenchon, candidate de la France Insoumise a demandé lundi 10 janvier, lors d’une conférence de presse, une réforme rapide du système des 500 parrainages. Il estime que ce "filtre est devenu un couperet".  

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement National, constate : «  Nous galérons car le système est totalement grippé. On devrait plutôt passer du temps et de l'énergie à présenter nos programmes » disait-elle le 12 janvier sur RMC et BFMTV.

De plus, son camp accuse celui de Valérie Pécresse, candidate Les Républicains, d’inciter les élus LR à apporter leurs parrainages à Éric Zemmour. Si Éric Zemmour est toujours dans la course, il « siphonnerait » les voix de la droite de la droite et affaiblirait ainsi Marine Le Pen, donnant davantage de chances à Valérie Pécresse d’être qualifiée pour le second tour. Cette affaire de parrainages, c’est aussi très « tactique ».

Si habituellement, un tiers des élus concernés joue le jeu en accordant à un futur candidat leur parrainage, en 2022, ils pourraient être moins nombreux. Désintérêt ? Peur des représailles ? Volonté de rester « non-politique » ? Pas dans leurs préoccupation en ce début d’année ? Un peu tout ça, en fait…

Parrainages, une loi plusieurs fois revue et corrigée

La loi prévoit qu’un citoyen doit recueillir au moins 500 signatures d’élus, rendues publiques par le Conseil Constitutionnel, pour avoir le droit de se présenter à l’élection présidentielle. Ce dispositif a été mis en place pour « éviter les candidatures farfelues ». Peuvent signer : les 36 000 maires, les conseillers des communautés de communes, des départements et des régions, les parlementaires, au total 42 000 personnes.

Parrainages, tout commence en 1962

Ce système de parrainages date de la première élection présidentielle au suffrage universel, en 1962. Oui, instauré par le Général de Gaule. Au début, c’était seulement 100 signatures puis leur nombre est monté à 500, en 1976. Jusqu’en 2017, 500 d’entre elles étaient tirées au sort et rendues publiques. Pour les « petits » candidats, tous leurs soutiens, ou presque, étaient donc connus. François Hollande a décidé de les faire toutes publier. Le président de la République en 2016 a répondu à une préconisation du Conseil Constitutionnel qui datait de … 1974 !

C’est en effet le Conseil Constitutionnel qui recueille les parrainages, vérifie leur conformité et les publie.

En 1974, le passage de 100 à 500 signatures a fait que Jean-Marie Le Pen, candidat pour le Front National, n’a pas réussi à obtenir le nombre de parrainages nécessaire. Il n’a pas participé à l’élection présidentielle.   

Parrainer pour cette présidentielle : "Pas dans nos préoccupations" disent les maires

Pour le moment, bien que les médias nationaux en aient fait leurs unes, la question des parrainages ne semble pas inquiéter les élus en Franche-Comté. Peut-être sont-ils déjà très informés. Les associations d’élus, comme l’AMF (Association des Maires de France) et l’AMR (Association des Maires Ruraux), ont multiplié les courriels d’information. Ou peut-être qu’ils n’ont tout simplement pas la tête à « ça » ! « Ce n’est pas notre sujet de préoccupation majeure.» constate Patrick Genre, maire de Pontarlier et président de l’AMF du Doubs. Même réaction pour Sandrine Gauthier-Pacoud, son homologue pour le Jura et maire de Mesnois, 200 habitants qui poursuit : «On est déjà très pris par la gestion de la crise Covid, les écoles… Mais on va devoir s’y mettre ! » En Haute-Saône, le président des maires ruraux, Jean-Paul Carteret est quelque peu ironique dans ses propos : « Là, en ce moment, on pense à nous, les maires ruraux. Les candidats savent qu’on existe. On représente le plus gros vivier de signatures possibles pour les parrainages : on est au moins 30 000 maires de communes rurales sur les 36 000… Entre temps, on est peu sollicités, voire peu considérés ! »   

Les élus locaux croulent sous les demandes de parrainage

Ils disent tous la même chose, en effet : ils croulent sous les sollicitations de parrainages. Au moins 40 candidats potentiels (voir ici la liste de tous les candidats en lice) sont sur la ligne de départ. Alors, forcément, par courrier, mail, et, même téléphone, les soutiens des « futurs » candidats font le forcing… Pas la peine de démarcher Patrick Genre.

Je veux garder mon indépendance

Patrick Genre

Le maire de Pontarlier annonce la couleur : « Je n’ai jamais apporté mon parrainage à un candidat. Je tiens à mon indépendance par rapport aux partis, je ne suis pas encarté, et les 4/5ème de mon équipe n’ont aucune appartenance politique. Ce n’est donc pas un sujet de discussion »… et de discorde ! En effet, certains élus se font reprocher leurs parrainages car les citoyens confondent souvent le parrainage et le soutien. Un maire d’une petite commune du Doubs avait, il y a quelques années, apporté sa signature au candidat du Front National. Ce parrainage lui avait coûté cher : le parti de droite ne lui avait pas accordé d’investiture pour les élections départementales suivantes.

Autre moyen de sanction : les subventions. Des présidents d’exécutif, maire, président de communautés de communes ou de département, n’hésitent pas à exercer un chantage : « Si tu apportes ton parrainage à untel, tu pourras toujours courir après tes subventions… » Les maires réfléchissent donc à deux fois, voire davantage, et… peuvent être tentés par cette forme d’abstention. Plus confortable !

Jean-Paul Carteret explique comment il a « utilisé » sa signature à la dernière présidentielle : « En 2017, j’ai donné ma signature à Alexandre Jardin qui voulait parler de la culture dans nos territoires. Il n’a pas obtenu ses 500 signatures mais j’aurais aimé qu’il utilise les deux mois de campagne pour parler de ce thème, qu’il utilise ce temps d’exposition comme d’une tribune. » Cette année-là, Sandrine Gauthier-Pacoud avait « donné » son parrainage à Emmanuel Macron.  

Faut-il changer ce système de parrainage ?

Tous ces responsables d’associations d’élus insistent sur un point : pas de consigne de soutien. Jean-Paul Carteret est catégorique : « Dans le bureau des maires ruraux, toutes les tendances sont représentées, sauf le RN. Pas question donc qu’on donne des consignes. Chacun dans son coin fait ce qu’il veut. Notre parti, c’est la ruralité. »  Patrick Genre s’offusque qu’Éric Zemmour ait demandé, sur Europe1, à l’AMF de constituer des « pools de signatures » pour que les candidats puissent réunir les 500 parrainages. Son président, David Lisnard, a d’ailleurs opposé une fin de non-recevoir au candidat de « Reconquête ». Et il a envoyé à tous les adhérents un courriel mardi 11 janvier pour rappeler le système de parrainage et le rôle neutre de l’association AMF.

«L’AMF entamera une discussion sur ce sujet mais pas question de changer les règles du jeu en cours de partie ! » affirme Patrick Genre qui reprend ainsi les propos du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.  

Quelles solutions pour améliorer le système de sélection ?

L’anonymat a été levé, faut-il y revenir ? Dans un souci de démocratie ? Jean-Paul Carteret n’a pas de réponse toute faite : « Je m’interroge sur notre démocratie. Réinstaurer l’anonymat, pourquoi pas ? Les élus en ont ras le bol de se faire agresser. Forcément, donner sa signature apparaît comme un soutien alors que ce n’est souvent pas le cas. On nous colle une étiquette, vite fait. En même temps, voir qu’Éric Zemmour, que je n’apprécie pas du tout, crédité de 12% dans les sondages, ne réunisse pas les 500 signatures, ce serait inacceptable pour notre système démocratique. » Même position pour Sandrine Gauthier-Pacoud : « Ce serait peut-être pertinent de revenir à l’anonymat. Au moins, ça protégerait les maires. Ce n’est pas une question d’assumer ou pas mais c’est devenu très compliqué avec les habitants… C’est un véritable écueil ces 500 signatures et certains candidats méritent vraiment de se présenter. Soyons républicains ! » Patrick Genre serait pour un système mixte : « Un soutien populaire, comme de nombreuses signatures de citoyens, avec un nombre à déterminer, et une centaine d’élus… Pourquoi pas ? »  

Entre peur de représailles, de leurs administrés ou des détenteurs des subventions, et souci démocratique, il sera intéressant de savoir combien de possibles parrains ont apporté leur signature cette année. Selon le Conseil Constitutionnel, en 2012, 36 % des élus avaient signé, et moins en 2017, seulement 34 %.      

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