Témoignages. Législatives 2024. "Entre inquiétude et espoir" : il est au Chili, elle est en Chine, frère et sœur, ils voteront

Publié le Écrit par Anne Le Hars et Sébastien Lemaire

Les 18-24 ans se sont abstenus à 60 % lors des élections européennes, le 9 juin dernier. Clément lui a voté, sa sœur Chloé ne l'a pas fait. Mais au vu des résultats de ce scrutin, ils le feront tous les deux pour les élections législatives anticipées les 30 juin et 7 juillet. Un geste citoyen à distance : il étudie au Chili et elle, en Chine.

Au soir des élections européennes, on apprenait que le candidat du Rassemblement national Jordan Bardella arrivait en tête chez les électeurs âgés de 18 à 34 ans avec 32 % des suffrages, là où la liste de Valérie Hayer (Renaissance) ne recueillait que 5 %, à égalité avec celle des Républicains.

Au sein de cette catégorie d’âge, Manon Aubry (LFI) tire son épingle du jeu avec 20 %, soit deux fois plus que Raphaël Glucksmann pour le PS (10 %).

Près de 2 jeunes sur 3 n'ont pas voté aux élections européennes. Pour Pierre Latrille, chef de groupe à Ipsos interrogé par le Nouvel Obs., ce qu’il faut retenir des élections européennes au niveau du jeune électorat, c’est "la très forte abstention".

D’après l’institut de sondage, celle-ci s’est mesurée à 60 % pour les 18-24 ans, et 65 % chez les 25-34 ans.

Toutes tranches d’âge confondues, l’abstention lors de ces élections s’est élevée à 48,5 %.

Clément et Chloé, sont frère et sœur. Originaires de Nice, ils poursuivent leurs études supérieures à l'étranger. Loin des urnes de la Métropole : elle est en Chine, il est au Chili. France 3 Côte d'Azur leur a demandé, à distance, leurs motivations pour les élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet. 

L'aîné, Clément, étudie l'urbanisme et le développement durable (5ᵉ et dernière année d'école d'ingénieur). Il est à Valparaiso au Chili depuis 4 mois. Sa sœur, elle, est en deuxième année d'école d'ingénieur en Chine.

  • Comment avez-vous suivi les dernières élections européennes le 9 juin ? 

Clément, 22 ans : "je me suis beaucoup intéressé aux élections européennes. Mes expériences, notamment suite à un séjour d'étude Erasmus en Autriche, m'ont permis de comprendre l'importance de l'Union européenne et son intérêt. C'est pourquoi, je me suis déplacé jusqu'à Santiago (120 Km séparent Valparaiso de la capitale chilienne, NDLR) afin de faire une procuration, cela me tenait à cœur. Si je ne l'avais pas fait, je sais qu'à la vue des résultats des Européennes, je m'en serais voulu.
Au lendemain de la journée de ce scrutin, les nuages ont décidé de recouvrir Valparaiso ! Je ne suis pas sorti et au regard des résultats définitifs en ligne sur mon ordinateur, entre mes cours sur l'environnement et le développement durable, mon cœur n'est pas à la fête. Je ressens depuis de l'anxiété."

Chloé, 20 ans : "j'ai été inondé d'informations sur les résultats du vote européen sur Instagram et sur TikTok ainsi qu'avec les gens que je connais, ceux qui prennent position dans leur story sur les réseaux sociaux."

  • Et vos amis, qu'en pensent-ils ? Vous parlez politique ? 

Clément : "avec mes amis, on n'hésite pas à en parler. Je constate que ce sentiment est partagé. Nous débattons des résultats, mais notre consternation et notre colère dominent dans nos discussions sur le 30 juin. Nous avons un seul mot à la bouche : faire une procuration. Il faut nous mobiliser.
Je suis déjà passé avec mon passeport au consulat pour faire ma procuration. C'est ma grand-mère à Biot qui pourra porter ma voix. Le consul m'a fait remarquer, que dès le début de semaine, il y a eu deux fois plus de personnes venues faire une procuration que sur toute la période avant le 9 juin. Une trentaine de demandes en une matinée, quand il n'a fait que 15 en tout pour les élections européennes !

Dans la file d'attente au consulat, j'ai rencontré beaucoup d'étudiants, mais aussi des routards en voyage, ayant pris le temps de s'arrêter pour pouvoir voter.

Si je devais décrire l'atmosphère, je dirais : un mélange d'inquiétude, mais aussi d'espoir.

Cela fait du bien de voir qu'autant de personnes, beaucoup de jeunes de notre âge, qui ne s'étaient pas forcément intéressées au dernier scrutin, se sentent plus que jamais concernées.

Clément, 22 ans.

Chloé : "parmi mes amis que je connais en Chine, rares sont ceux qui ont voté pour les Européennes. Quelques-uns veulent faire une procuration pour les législatives, mais, ce n'est pas la majorité."

  • Comment l'agitation politique en France vous parvient-elle ? 

Clément : "à l'université, de nombreux étudiants chiliens me demandent ce qui se passe actuellement en France. Ils ont vu les images des manifestations sur les réseaux sociaux.
Il faut dire que mes comptes sont, eux aussi, inondés de vidéos sur le sujet : extraits de discours des politiques, extraits de débats télévisés, partage de nombreux posts prenant parti sur les comptes de mes amis. J'ai l'impression de vivre ce moment comme si j'étais en France. Cela traduit un désordre certain, et ce n'est pas rassurant.

Mon entourage est constitué principalement de personnes engagées et sensibles aux questions environnementales et sociales. Pour être franc, nous avons une très mauvaise opinion du président Emmanuel Macron et de ses deux quinquennats. Nous n'avons certainement pas voulu d'un second mandat de sa part, bien qu'en 2022 la situation ne nous ait pas laissé le choix que de laisser un vote en son nom.

C'est pourquoi l'idée d'un front populaire de gauche nous fait espérer. Nous savons qu'avec ces élections législatives, notre avenir est une nouvelle fois remis en jeu.
Je pense que ma génération a envie de s'engager. Je pense cependant que comme moi, elle ressent de la frustration de ne pas être écoutée, ce qui peut expliquer le fort taux d'abstention dimanche dernier. Nous observons souvent les jeux et les batailles des politiques, tout en voyant notre avenir se dégrader et en étant impuissants. 
Alors même si mes amis et moi sommes loin de la France, nous avons conscience de l'importance de ces nouvelles élections et voterons les 30 juin et 7 juillet.

Nous suivrons les résultats avec attention, peur et espoir."

En Chine, on nous a vivement déconseillé de parler politique... La seule fois où j'ai beaucoup entendu parler de Macron ici, c'est quand le président chinois est venu en France et les Chinois me disaient : "Macaron ah ah !" Voilà, c'est tout.

Chloé, 20 ans.

Comment voter depuis l'étranger ? 

Le Quai d’Orsay a publié, ce 14 juin, les modalités de vote pour les Français de l’étranger. Il sera possible de voter par internet. Le portail de vote par internet sera ouvert du mardi 25 au jeudi 27 juin pour le premier tour.

Pour le second tour, le portail sera accessible du mardi 2 au jeudi 4 juillet. Il faut d'abord être inscrit sur la liste électorale consulaire. Il est possible de vérifier en ligne si on est bien inscrit.

Les conditions de vote pour les résidents sur le continent américain sont disponibles ici et pour le reste du monde ici.

Lors d'une élection, un mandataire, qui se doit d'être inscrit sur les listes électorales, ne peut accepter que deux procurations, dont une seule établie en France. La 2ᵉ procuration doit être établie à l'étranger, au consulat.

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