Coronavirus: rejet du recours à Marseille pour constituer des stocks de chloroquine

Bataille médicale autour du traitement contre le paludisme chloroquine et son dérivé l'hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19 / © BENOIT DOPPAGNE / MaxPPP
Bataille médicale autour du traitement contre le paludisme chloroquine et son dérivé l'hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19 / © BENOIT DOPPAGNE / MaxPPP

Le tribunal administratif de Marseille a rejeté lundi 6 avril, le recours formulé par deux syndicats de soignants, afin d'obliger les autorités sanitaires à commander des médicaments à base de chloroquine pour tous les malades du coronavirus.

Par Grégoire Bézie

C'est une nouvelle fin de non-recevoir. Le Syndicat des médecins d'Aix et région (Smaer) et les infirmiers libéraux d'Infin'idels avaient déposé la semaine dernière des "référés liberté" devant les tribunaux administratifs de Bastia, Marseille, Paris et Nancy. A Marseille, l'audience se tenait vendredi.

Les deux organisations demandaient à ce que l’Agence régionale de santé (ARS) de Paca commande des doses d’hydroxychloroquine et d'azythromycine, ainsi que des tests de dépistage, en nombre suffisant pour le traitement du nombre prévisible de patients.

Le juge des référés a rejeté leur requête considérant notamment qu'"au regard des effets indésirables graves de l'hydroxychloroquine, des incertitudes pesant encore sur les résultats des études chinoises et de l’IHU  Méditerranée infection", mais aussi des essais cliniques en cours, "il ne peut être reproché à l'Agence régionale de santé de carence caractérisée, dans l'usage des pouvoirs dont elle dispose, constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale".

Les deux syndicats de soignants avaient déjà été déboutés la semaine dernière par le Conseil d'Etat de leurs demandes de commandes de masques de protection respiratoire, de tests de dépistage et de prescription de chloroquine aux "patients à risque".

"On veut que le principe de précaution soit appliqué. Si le traitement, dont les premiers résultats sont bons, est approuvé alors nous aurons des besoins. Il ne faut pas attendre pour faire des stocks et au pire si ce n'est pas efficace, on les revend ou on les donne par exemple à des pays africains pour traiter le paludisme", a réagi Me Choley, avocat de la Smaer.

Une décision a été rendue en ce sens le 4 avril, par le tribunal administratif de Basse-Terre, qui a enjoint l'ARS de Guadeloupe à commander les "doses nécessaires" de ces médicaments.

La chloroquine réservée aux essais cliniques

Le traitement contre le paludisme chloroquine et son dérivé l'hydroxychloroquine ne doivent être utilisés pour traiter le Covid-19 que dans le cadre d'essais cliniques ou de "programmes d'urgence", a averti mercredi l'Agence européenne du médicament (EMA).

Plusieurs pays dans le monde ont ouvert la possibilité d'administrer à des patients atteints par le coronavirus ces médicaments connus pour avoir des propriétés antivirales, sans attendre les résultats d'essais cliniques actuellement menés sur leur efficacité.

Si des études préliminaires en France et en Chine ont conclu à des résultats prometteurs, l'efficacité de la chloroquine et de l'hydroxycholoroquine "reste à démontrer" et ces molécules ne doivent être utilisées qu'en cas d'absolue nécessité, insiste l'autorité de régulation européenne.

En France, le Pr Didier Raoult et son équipe à l'Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) Méditerranée infection de Marseille ont conclu, dans deux publications (sur une vingtaine de patients puis 80), à "l'efficacité de l'hydroxychloroquine associée à l'azithromycine dans le traitement du Covid-19".

Pour et contre s'affrontent toujours

Mais de nombreux scientifiques et l'Organisation mondiale de la Santé pointent les limites de ces études, car elles n'ont pas été menées selon les protocoles scientifiques standards: tirage au sort des patients, médecins et patients ignorant qui reçoit le traitement, résultats publiés dans une revue scientifique à comité de lecture indépendant, etc.

Pour autant, les soutiens se multiplient aussi. Une pétition lancée par l'ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy, co-signée par onze personnalités médicales, a rassemblé en 48 heures plus de 200.000 signatures.

Fabien Calvo, ex-directeur scientifique de l'Institut National du Cancer, Jean-Luc Harousseau, ancien président de la Haute Autorité de santé et Dominique Maraninchi, ancien directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé se sont également dits favorables au traitement proposé par le Pr. Raoult. 
 

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