"Pourquoi ne pas mettre les clients face à leur responsabilité de consommateurs ?" : l'emblématique marque marseillaise Espigas se met au prix libre

Comme d'autres boutiques ou restaurants à Marseille et en France, la marque marseillaise de chaussures Espigas tente en avril l'aventure du prix libre pour une consommation plus raisonnée et solidaire.

Vous avez peut-être déjà vu les fameuses espadrilles couleur marinière, les incontournables de la marque. Les Marseillais et les touristes pourront bientôt acheter ces chaussures (presque) au prix qu'ils veulent. La marque d'espadrilles marseillaise Espigas lance en avril la vente de ses chaussures au prix plancher de 15 euros. Libre aux acheteurs de compléter la note au tarif "juste" pour leur portefeuille et pour la qualité proposée. Ce système d'accord entre acheteur et vendeur se répand peu à peu en France, et a pu déjà être observé à Marseille au Restaurant solidaire Le République, où le même menu est servi à tout le monde et chacun paye en fonction de ses capacités financières.

Un "prix juste et conscient, libre et conscient"

Pour Bérangère Perret, cofondatrice de la marque, "on a des valeurs assez fortes quand même derrière cette histoire, derrière ces chaussures". "Et pour une fois, pourquoi pas mettre les clients face à leur responsabilité de consommateurs ? En se disant que ce sont eux qui vont définir le prix".

Parfois, dans sa boutique, la créatrice voit des acheteurs potentiels qui se résignent à ne pas acheter face au prix élevé des chaussures fabriquées en France et avec des matières de qualité. "Cela a un coût de fabrication, donc c'est ce que l'on va aussi expliquer aux clients, pour qu'ils comprennent tout le processus de fabrication". Ils fixeront ainsi le "prix juste et conscient, libre et conscient".

"Une artiste a créé un petit panneau qui reprend un peu nos valeurs de sourcing, de fabrication locale", détaille Bérangère Perret.

L'idée a germé grâce à une rencontre. "On a beaucoup discuté avec la dame qui fait des jus l'été, plage des Catalans à Marseille, Balls & Juice Marseille, elle ne fixe pas de prix minimum, mais elle nous a convaincus en nous expliquant que lorsque le consommateur n'est pas obligé par un prix, il y a un respect du travail, de l'effort et des produits, les gens fixent le prix en fonction de leurs moyens, mais personne n'abuse", explique Bérangère Perret.

"Tu serais surprise de voir comme les gens finalement, sont, quand on ne les traite effectivement pas comme des moutons", lui avait indiqué la vendeuse de jus frais.

A l'heure où le site de mode à bas coût chinois Shein est dans le viseur des parlementaires, Espigas se veut à l'inverse de la "fast fashion". "Nos chaussures n'ont pas de durée de vie dans le sens où ça ne périme pas et donc c'est plus dans une démarche éducative, presque, du consommateur", précise la co-fondatrice de la marque marseillaise.

Pas de soldes mais des opérations solidaires

La marque de chaussures marseillaise ne pratique pas les soldes, mais tente des expériences solidaires. L'an dernier, deux opérations solidaires avaient été lancées, comme les paires de chaussures suspendues : lors de l'achat d'une paire par un client, une autre était offerte aux plus démunis. "Etant près du Vieux-Port, on a souvent des gens pieds nus qui viennent nous voir pour nous demander des chaussures, c'est comme ça qu'on s'est dit que la paire suspendue avait tout son sens", explique Bérangère Perret.

Tout comme lorsque Espigas avait proposé aux étudiants des paires de chaussures à 20 euros en échange de la présentation de la convocation aux examens. Une manière de rendre accessible à certains un produit. "Nous ne sommes pas dans une démarche de déstockage, car nos paires sont intemporelles, on le fait vraiment pour voir ce que cela peut donner et si le concept plaît", détaille Bérangère Perret.

Des expériences similaires dans des magasins de bricolage ou des restaurants

À Marseille, une autre expérience du "prix libre" a vu le jour récemment, dans une pizzeria, Mia Pizza, inspiré du modèle du restaurant Le République. C’est la même équipe qui est derrière cette nouvelle initiative, avec Sébastien Richard. Le concept est le même, un prix de un euro minimum, et ensuite les clients règlent en fonction de leurs moyens.

Le concept commence à se développer dans notre région, comme dans le restaurant de Georgiana Viou  Rouge, à Nîmes. Avant de s'installer dans le Gard en 2021, la cheffe béninoise du restaurant Rouge s'est fait connaître par sa cuisine goûteuse et généreuse à Marseille. Georgiana Viou, cheffe 1 étoile au Michelin, propose aussi le "libre prix" depuis le 13 mars dernier.

Dans certaines régions de France le concept se développe plutôt bien, comme en Bretagne par exemple. À Brest, un magasin de bricolage à "prix libres" s'est installé. Aucun prix n'est affiché sur les produits, que ce soit des pots de peinture ou de la visserie : les vendeurs consultent leurs valeurs sur internet, échangent avec les clients et se mettent d'accord sur un prix raisonnable. C'est le principe de ce magasin à prix libre. À Rennes, c'est une boulangerie solidaire qui s'est implantée. L'association Phylia vend du pain au kilo à trois prix différents : le prix mini, le prix juste et le prix solidaire.

Favoriser l'inclusion

La marque marseillaise entend aussi favoriser l'inclusion. Espigas confie la création de ses chaussures à un établissement d'aide par le travail (ESAT). "Nous associons au façonnage de nos espadrilles des personnes en situation de handicap. Cet engagement nous a permis de prouver malgré les difficultés qu'il est possible de produire en France avec des personnes en situation de fragilité, des produits de qualités".

L'inclusion est de plus en plus plébiscitée également dans la restauration, comme à Aix-en-Provence, avec Chez Pierres et les pierres précieuses, dans ce restaurant, des "pierres précieuses" sont au service et en cuisine. Ces fameux joyaux, ce sont les employés, porteurs d’un handicap mental. Plus récemment à Marseille, un autre établissement dans le même style a ouvert, Le Café Joyeux, ce Café Joyeux emploie 11 personnes dont sept en situation de handicap mental et cognitif, depuis le 11 mars, place du général De Gaulle à Marseille. Au République, qui pratique aussi les prix libres, des "repas dans le noir" sont organisés. Et ce sont des personnes malvoyantes ou aveugles qui servent de guides.